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1914-1918: Raisons extérieures et intérieures de l’entrée en guerre du Portugal

Malgré la déclaration solennelle d’entrée en guerre du 7 août 1914 du Congrès, réunissant les deux chambres constituées, et la guerre sans nom en Afrique, contraint et forcé, le Portugal a mis deux années à s’investir sur le front français contre les Allemands (2). Elles ont manqué, d’ailleurs, à la préparation militaire du Corps Expéditionnaire Portugais. Qui sait s’il s’était entrainé, n’eut-il moins souffert dans les Flandres?

Deux jours après, le 9 septembre 1914, l’Angleterre, la vieille alliée séculaire, par télégramme, s’en est étonnée («Oh! Schocking!») (3), préférant plutôt évoquer «le manque de préparation des troupes portugaises».

Il est vrai que les combats menés dans les colonies africaines n’étaient point comparables à ceux de la guerre européenne. En fait, le gouvernement britannique voulait décider seul du destin des colonies portugaises dans de futures négociations de paix ayant même secrètement quelques velléités de les posséder. D’ailleurs, les Allemands et les Anglais avaient déjà eu l’intention de se les partager comme en font foi leurs traités de 1898 et 1913.

Force est de reconnaitre que la société portugaise a également vécu au rythme des avancées de ses courageux découvreurs et des dérobades des nostalgiques d’un temps révolu qui attendaient indéfiniment les décrets du destin. Il est vrai que certains répétaient souvent «Si Dieu le veut! Peut-être!…» («Se Deus quizer!… Talvez!…»).

Nous avions ainsi les «Vasco da Gama», inventeurs de toutes sortes de Chemins maritimes des Indes, et les «Vieillards du Restelo» qui prophétisaient mille et un déboires et malheurs.

L’immense poète Luís de Camões les avait déjà évoqués, il y a plus de cinq siècles, dans l’éblouissante épopée nationale «Les Lusiades», qui est aussi l’autre nom désignant les Portugais (4).

 

Columbano Bordalo Pinheiro, O Velho do Restelo (1904), Musée Militaire de Lisboa (5)

Entretemps, la guerre sans nom en Afrique était permanente. Il y eut, d’ailleurs, le 18 décembre 1914, la Bataille de Naulila, au sud de l’Angola, où les pertes humaines ont été importantes avec 150 morts (6). Elle s’inscrivit, d’ailleurs, dans la mémoire légendaire nationale portugaise au même titre que la Bataille de la Lys. «Naulila et la Lys, ces deux défaites mythiques, portent toujours quelque 100 ans plus tard la célébration des fronts africain et européen (7).

Dans un fado éternel, c’est écrit dans l’âme portugaise de se mesurer à ce qui a été défait et perdu. Ce n’est point par hasard, que la nation portugaise est la seule à honorer au monastère de la Batalha, deux Soldats Inconnus originaires de ces deux fronts africain et français, bien que d’autres pays aient combattu et souffert sur le continent africain.

 

Salle du chapitre du Monastère de Batalha (8)

 

Ses raisons extérieures

Selon l’excellent article rédigé en français «Le Portugal pendant la Grande Guerre», du Professeur Nuno Severiano Teixeira, pour lequel nous nous appuierons largement au sujet des raisons internes et externes, «le Portugal serait entré en guerre pour atteindre deux objectifs: le premier, vague et lointain, la reconquête de la place perdue dans le concert des nations, au niveau européen; le second concret et immédiat, éloigner le danger espagnol dans le cadre péninsulaire» (9).

Après le régicide du 1er février 1908 de Dom Carlos Ier, roi de Portugal, et l’assassinat de son fils, Dom Luís de Bragance, le roi Alphonse XIII d’Espagne avait révélé ses ambitions territoriales tant à la France qu’à l’Angleterre, puis l’implantation de la Première République portugaise, le 5 octobre 1910, ne fit qu’accentuer les velléités hégémoniques espagnoles. Il y eut ainsi à la fin dudit mois d’octobre à leur frontière, trois divisions prêtes à envahir le Portugal.

Heureusement, il y eut le 11 septembre 1911, où l’Espagne a reconnu la République portugaise, le même jour que l’Allemagne, l’Angleterre, le Danemark, l’Empire austro-hongrois, l’Italie et la Suède (10). Il s’est avéré qu’elles eurent lieu à la suite de la décision française du 24 août de la même année. Malgré tout, en 1913, le roi Alphonse XIII, qui avait informé Winston Churchill, premier lord de l’Amirauté, qui en était adepte, ses ambitions d’annexer le Portugal et avait même proposé au Président Poincaré d’échanger sa neutralité avec l’entrée en guerre de l’Espagne auprès des Alliés de la France (11).

Dans ce conflit d’intérêts bien particuliers entre les nations allemande, anglaise et espagnole, la France a été la seule à préserver le Portugal contre vents et marées.

Disons aussi dans une Europe monarchiste, il n’y avait à la veille de la Grande Guerre que des républiques française, portugaise, suisse et de Saint-Marin.

Faut-il encore rappeler l’admiration que portait une partie, et non des moindres, de l’élite portugaise à la culture et à l’aura européenne de la Troisième République française.

 

Ses raisons intérieures

Au sujet de l’entrée en Guerre où il était aussi question de «la défense extérieure et intérieure de la République», la société portugaise a été ainsi traversée par de profondes divisions.

À la Droite conservatrice, il y avait les Monarchistes anglophiles ou germanophiles; au Centre et à Gauche, les Républicains qui étaient «radicaux et modérés, francophiles et anglophiles, interventionnistes et anti-interventionnistes» et à l’extrême gauche modérée et excessive, les socialistes et les anarchistes qui étaient pacifistes ou patriotes (12).

En son article intitulé «A Grande Guerra e as relações internacionais de Portugal. Da Monarquia à República» («La Grande Guerre et les relations internationales du Portugal. De la Monarchie à la République»), David Castaño, docteur en Histoire contemporaine, relate qu’au début de l’année 1916, le Gouvernement français avait suggéré à l’Angleterre qu’elle sollicitât le Gouvernement portugais afin qu’il arraisonnât les navires allemands se trouvant dans leurs ports.

Le 2 février de la même année, la demande fut faite à laquelle répondirent les Portugais, trop heureux de l’aubaine, mais à une condition qu’elle soit effectuée au nom de la Triple Alliance (aussi dénommée «des Alliés»).

Le 17 du même mois, la réponse fut transmise à Lisboa et cinq jours après (13), il fut procédé à la capture de 77 navires allemands.

À la suite de la déclaration de la guerre de 1914, il y eut 743 navires qui s’étaient réfugiés dans des eaux neutres. Dans les ports du Portugal et de ses colonies, ils ont été 35 navires allemands à Lisboa; 1 à Porto; 1 à Setubal; 3 à Ponte Delgada et 1 à Horta, aux îles São Miguel et du Faial dans l’archipel des Açores; 8 à São Vicente de Cabo Verde; 3 à Luanda en Angola; 4 à Lourenco Marques, 2 à l’île de Moçambique, 1 au Port de Beira en Moçambique et 5 à Mormugão à Goa en Inde ainsi que 2 navires austro-hongrois, 1 à Lisboa et le dernier à Mormugão (14).

Arraisonnement de navires allemands du 23 février 1916 en baie de Lisbonne (15)

Après 18 mois d’un conflit sans nom en Afrique lusophone, l’outrance de la guerre sous-marine allemande a été à l’origine de l’entrée en guerre du Portugal.

Il a fallu aussi la suggestion de la France à l’Angleterre pour qu’elle demandât à son vieil allié séculaire qu’il arraisonnât les 77 navires allemands qui y étaient accueillis.

Le 9 mars 1916, curieusement 15 jours après, l’Allemagne déclara la Guerre au Portugal. Il ne lui restait plus que de se lancer dans la préparation du Corps Expéditionnaire Portugais afin qu’il soit envoyé combattre sur le front de la guerre, en France.

Les vidéos de RTP 2, intitulées «Postales da Grande Guerra, Episódios I et II»

Youtube, Defesa National, RTP 2, Postal da Grande Guerra, Episódio I (2 mn 45) – 23 de Fevreiro 1916, Apresamento dos navios alemães www.youtube.com/watch?v=bC5ghAvlAs8

Youtube, Defesa National, RTP 2, Postal da Grande Guerra, Episódio I (3 mn 15) – 9 de março de 1916, Declaraçao de guerra da Alemanha www.youtube.com/watch?v=YTCRDhQS2jY

 

Notas:

 

(1) Câmara de Lisboa, Hermoteca Digital – Illustração Portugesa, 2e série n°443, 17 de agosto de 1914 – Portugal e a Guerra, pp. 218-222 et plus particulièrement la page 222 http://hemerotecadigital.cm-lisboa.pt/OBRAS/IlustracaoPort/1914/N443/N443_item1/P31.html

 

(2) António Telo, Cronologia – 1914, Portugal e a Grande Guerra

www.portugalgrandeguerra.defesa.pt/…/CRONOLOGIA%201914

 

(3) Ibidem…

 

(4) Les Lusiades, Poëme de Camões, traduit en vers par F. Ragon, chez Ch. Gosselin, rue Saint Germain-des-Prés, 9 et L. Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 12, Paris, 1842, Ledit Vieillard du Restelo, Chant IV, pp. 109-110. Gallica: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5849359g

 

(5) Columbano Bordalo Pinheiro, O Velho do Restelo («Le Vieillard du Restelo»), Œuvre de 1904 au Musée Militaire de Lisboa

https://pt.wikipedia.org/wiki/Velho_do_Restelo#/media/File:Velho_do_Restelo_(Columbano).jpg L’artiste en question a été, par ailleurs l’élève du peintre Carolus-Duran en son atelier-académie, 81, boulevard du Montparnasse, VIe arrondissement de Paris. Il y était venu secrètement en 1881 grâce à une bourse du roi Dom Fernando II et de la comtesse d’Edla. Il s’y est présenté avec une lettre de recommandation de leur part. https://fr.wikipedia.org/wiki/Carolus-Duran

 

(6) Marisa Alexandra Santos Fernandes, Doutoranda em estudos estratégicos…, Geopolítica da Alemanha na Primeira Guerra Mundial: o caso do sudoeste africano, Revista de Ciências Militares, Vol. II, nº 1, maio 2014; A Batalha de Naulila: O acontecimento culminante da geopolítica da Alemanha no Sudoeste Africano, pp. 81-83

www.iesm.pt/cisdi/revista/Artigos/R3-3.pdf

 

(7) Persée, Vingtième Siècle, revue d’histoire, n°62, avril-juin 1999 – Nuno Severiano Teixeira, La participation du Portugal à la grande guerre www.persee.fr/docAsPDF/xxs_0294-1759_1999_num_62_1_4522.pdf

 

(8) Historias e viagens – Salle du chapitre du monastère de la Batalha. http://historiaeviagem.blogspot.fr/2013/10/mosteiro-da-batalha-onde-historia.html

 

(9) Idem, Nuno Severiano Teixeira, La participation du Portugal à la Grande Guerre…

 

(10) António José Queirós, As relações luso-espanholas da Primeira Republica à União Europeia (1910-1996); (saississez le titre sur Internet et vous pourrez télécharger le PDF).

 

(11) Scielo Portugal, Relações Internacionais, Centenario da Grande Guerra – David Castaño, Docteur en Histoire contemporaine, A Grande Guerra e as relações internacionais de Portugal. Da Monarquia à República

www.scielo.mec.pt/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S1645-91992014000200005

 

(12) Ibidem, Nuno Severiano Teixeira, La participation du Portugal à la Grande Guerre…

 

(13) Ibidem, David Castaño, A Grande Guerra e as relações internacionais de Portugal. Da Monarquia à República.

 

(14) Rui Manuel Pinto Costa, Docteur en histoire de l’Université de Porto…, Relações externas luso-germanicas: 1916 e o despertar d’um conflito latente.

http://ler.letras.up.pt/uploads/ficheiros/2352.pdf

 

(15) Defesa National, Museu da Marinha de Lisboa – Apresamento dos navios alemães em exposição no Museu da Marinha do 11 ao 30 de marco de 2016

http://www.defesa.pt/Paginas/Apresamentodosnaviosalem%C3%A3esemexposi%C3%A7%C3%A3onoMuseudaMarinha.aspx

 

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