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Le 18 octobre dernier, c’était la Journée nationale de la Culture et des communautés caboverdiennes expatriées.

Cette Journée annuelle est attachée à la naissance de Eugénio de Paula Tavares (1867-1930), notre Poète de référence. Elle fut d’autant plus importante cette année qu’elle commémorait en même temps les 150 ans de la naissance du maître incontestable de la Morna.

 

Républicain, nativiste et panafricaniste

Quel grand homme, quel poète monumental! Toute sa vie fut enveloppée de mystère et de légende. Mais le poète formidable que l’on vénère maintenant, ce fut un homme banni et malmené de son vivant, pour n’être reconnu qu’au crépuscule de sa vie.

Pourquoi donc? Parce que Eugénio Tavares, brillant autodidacte de rare érudition, n’était pas uniquement le prince de la Morna, le charmant gentleman qui faisait tomber le cœur des femmes en musique. Journaliste chevronné, peut-être le plus remarquable de sa génération, chroniqueur et polémiste parmi les plus audaces, il fut de tous les combats de la pensée, de toutes les nobles causes. Prenant fait en cause pour les idéaux de la République naissante, il était de ceux qui ne mâchait pas ses mots pour exprimer ses idées, fussent-elles pour s’opposer à l’infamie du Code de l’Indigénat ou à l’odieuse émigration des «contratados» pour S. Tomé et Príncipe pour ne pas mourir de faim. Son combat pour l’adjacence le désigne comme un nativiste convaincu, puis un paladin des débats panafricanistes de son époque. Le respect de l’homme capverdien primait en lui et son manifeste politique était sans appel: «Portugais frères, d’accord, portugais esclaves, jamais! Nous aurons notre Monroe. L’Afrique aux Africains!».

 

L’acharnement et l’exil

L’idolâtrie n’est pas dans ma nature, mais Nhô Eugénio est mon idole! Pour son génie, mais aussi pour son courage et sa résilience face à ses détracteurs. Ceux-là mêmes qui, rongés par la jalousie, le firent accuser, à tort, de péculat en tant que trésorier public à Brava, son île natale. Et le poursuivirent jusqu’à le pousser sur la route de la terra-longe! Dans la nuit du 6 avril 1900, Nhô Eugénio, craignant un verdict inéquitable couru d’avance, s’embarquait, la mort dans l’âme, pour les Etats Unis… travesti en femme pour tromper les policiers qui venaient lui signifier son arrestation!

Etait-ce, en réalité, une affaire de trésorerie, ou bien de jalousie face à un homme intègre qui en dérangeait plus d’un? Tantôt admiré tantôt jalousé pour sa plume et sa verve littéraire, ses idées et son franc-parler lui valurent d’être persécuté par les politiques et autres esprits chagrins. Les envieux se dissimulant souvent parmi les admirateurs, c’est bien connu, l’auditeur même de son procès lui conseilla de fuir pour ensuite l’accuser d’avoir… déserté son poste!

 

Retour en (dis)grâce

En août 1900, à Massachusetts, Eugénio Tavares donne naissance à «A Alvorada» (l’Aurore), le premier journal paru dans l’émigration. Son âme est restée à Cabo Verde, avec ses amis les plus fidèles, les vrais (dont le poète José Lopes), qui le défendirent à l’unisson dans la presse, clamant son innocence et blâmant les manœuvres visant à salir son nom pour faire taire sa parole.

Juin 1907: blanchi, preuves à l’appui, des accusations pesant sur sa personne, le Poète peut enfin regagner son pays… mais sans emploi puisqu’il aurait, soi-disant, abandonné son poste! Et ses détracteurs qui ne le lâchent toujours pas: en avril 1912 l’affaire refait surface et le poète lyrique est envoyé derrière les barreaux! Il en ressortira fort démuni, dépossédé de ses biens pour régler ses frais d’avocat… mais les barreaux passeront derrière lui!

 

La revanche

Ayant enfin réglé ses comptes avec la justice, il lui restait encore à laver son honneur, un combat qu’il poursuivit sans relâche, épaulé par ses fidèles amis. En 1921, à l’issue de son procès à Praia, le voilà enfin blanchi de toutes charges. Acclamé par la foule à la sortie du tribunal, l’attendait le gouverneur Magalhães Maia en personne pour une promenade en calèche à travers les rues de la capitale. Quelle belle revanche sur les puissants des îles et les esprits chagrins qui avaient juré sa perte!

Décédé en 1930, à l’âge de 63 ans, Nho Eugénio vit à tout jamais dans ses Mornas en créole et dans le cœur de son peuple reconnaissant. L’histoire ne parle pas des jaloux ni des hommes de pouvoir qui ont voulu cloîtrer un poète franc-parleur dans le ténébreux silence d’une cellule!

 

 

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