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Voilà 72 ans qu’un des plus emblématiques journaux portugais est édité: il s’agit d’un hebdomadaire, le Jornal do Fundão. Un journal régional mais avec une projection nationale, voire internationale.

Il est probablement l’un de ceux qui font presque l’unanimité: il dénonce, il politise, toutefois à tous il donne la parole. Nous dirons que Jornal do Fundão est l’une des pépites de la presse portugaise.

Le premier numéro du Jornal do Fundão a été édité le 27 janvier 1946. Le nom du Directeur: António Paulouro Junior. Homme de convictions, qui pendant plus d’un demi-siècle a dirigé le respecté journal.

Dans la première page de la première édition du journal on pouvait lire: «Vem aí o 2  centenário do Concelho», un autre titre «Casa para todos».

Nous traduisons ici quelques phrases du premier éditorial qui avait pour titre «Rumo»: «L’affirmation de la présence de notre journal traduit, est, de soi-même, un programme qui dispense de plus larges explications. Il est vrai que chercher, en cette heure de divisions ouvertes, de haines refoulées, le chemin difficile qui mène à l’accomplissement de devoirs simples, à l’amour de la terre Mère, à la solidarité que nous devons à l’Homme notre frère, est une tâche non sans difficultés et fatigues… à notre place, nous serons, avec ceux qui travaillent et ceux qui souffrent, dans une compréhension fraternelle qui n’est pas d’aujourd’hui, mais de toujours».

Pour la petite histoire, le prix du journal: $50.

Nous sommes en plein salazarisme, à la sortie d’une guerre à laquelle le Portugal n’a pas participé mais dont elle souffrira; il suffit de nous rappeler les dires de nos parents et remémorer la fameuse phrase de Salazar: «Je vous livre de la guerre, mais pas de la faim».

Il en fallait du courage pour défier ainsi par l’écriture le pouvoir en place, en prenant la défense des pauvres, des travailleurs et d’une des régions des plus pauvres du Portugal: l’intérieur.

Région d’agriculture et de textile, qui verra, dans les décennies qui vont suivre, bonne partie des gens en âge de travailler s’en aller à l’étranger… fuir Salazar… fuir la pauvreté…

António Paulouro, bien plus qu’un Directeur, bien plus qu’un écrivain, était un bienfaiteur, un défenseur des causes les plus difficiles, un lanceur d’alertes. Encore de nos jours Jornal du Fundão se prépare dans la rue qui a pris son nom, rua Jornal do Fundão. Son premier Directeur surveille, au fond de la rue une statue lui est dédiée. Assis, devant lui une table… comme qu’un Jornal do Fundão ouvert.

Le logo du premier journal est encore celui de l’actuel Jornal do Fundão.

Alors que nous étions encore étudiants et que nous écrivions des petits articles sur le thème de l’émigration et tout spécialement sur l’émigration portugaise dans le Nord de la France, nous l’avons rencontré à l’entrée de son journal. Tout de suite il nous a invité à boire un café dans l’Avenida da Liberdade et a profité pour me donner des conseils. J’étais intimidé par quelqu’un qui, pour moi, était un exemple et pourtant aussi proche des gens.

Qu’il n’a pas été simple toutes ces années: la censure était active pendant les années de la dictature, il fallait toute la ruse pour faire passer des messages, des informations.

Un journal du peuple et pour le peuple, mais aussi un journal avec des grands noms qui l’on rejoint en écrivant des chroniques et en développant des thèmes d’une très grande qualité littéraire.

C’était le journal, c’est le journal qu’on attend pour avoir des nouvelles du pays, de la région, du village, de ceux qui travaillent mais aussi de ceux qui nous quittent.

Encore de nos jours, il est au centre de tout ce qui se déroule dans la région; en organisant manifestations, colloques, en représentant la région à l’étranger. Il a toujours donné la parole à ceux qui sont loin de la région, loin du Portugal.

C’est avec une certaine fierté que nous avons fait publier le 24 juin 1983 une interview que nous avions faite, avec l’ami regretté João Fonseca, à Amália Rodrigues, pour une émission que nous animions dans radio Boomerang, à Roubaix. Que de souvenirs…

Ayant perdu le journal avec cette interview, nous avons demandé de consulter les archives du journal, nous l’avons retrouvé. Notre curiosité nous a amené à consulter le journal de notre naissance… j’ai mis une date sur un événement qu’on évoquait souvent dans mon village d’Alcaria: la nécessité de construire un pont vers l’autre rivage du Zézere. Dans le journal de la première semaine de 1958 on y relatait la noyade de plusieurs personnes, à la suite du renversement du bateau qui traversait d’Alcaria à Dominguiso. Il a fallu attendre quatre décennies supplémentaires pour que le pont se construise. Le Jornal do Fundão… la mémoire d’une région.

Comme d’autres journaux, son port vers l’étranger a pendant des années été minoré, une grande partie des lecteurs étant des immigrés. Depuis, la presse a perdue cette aide. Comme bien d’autres, le Jornal do Fundão se lit, aussi, de nos jours sur internet. Avec ses 10.300 exemplaires papier, il est encore parmi les journaux portugais le plus édité et l’un des plus lus.

Nous avons rencontré il y a de cela deux ans, le Directeur Nuno Francisco, nous l’avons félicité. Nous avons félicité son/notre journal, défenseur qu’il est de l’intérieur du Portugal, le Portugal abandonné, mais qui par ses articles essaye de positiver en mettant en évidence les belles réalisations, en mettant en évidence la qualité de son territoire et de ses gens… gens de luttes… gens qui veulent encore y croire.

Jugez-en. En voici quelques titres du Jornal do Fundão du 1er février: «Altice prévoit de créer 200 postes de travail à Covilhã», «Pour commencer à effacer le manteau de cendres dans la Gardunha: la municipalité de Fundão, l’Institut de conservation de la nature et des forêts et Liberty Seguros vont offrir des milliers d’arbres pour qu’elles soient plantées dans la montagne semi-détruite par les incendies», «Villages du schiste: des chefs nationaux font la promotion de la gastronomie da Beira», «Cova da Beira: les villes misent sur le Carnaval pour attirer les touristes», «Joana Machado Madeira: c’est un humour partagé qu’on peut considérer comme un amour», «D. Duarte Pio a visité la région», «Plantation symbolique de châtaigniers à Carvalhal»…

À tous ceux qui ont fait Jornal do Fundão, à tous ceux qui font Jornal do Fundão, bon anniversaire, restez un exemple, défendez votre/notre intérieur. Longue vie.

 

 

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