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Ici, la neige est tombée un 21 mars, jour de printemps, à son rythme, lent voire solennel, pour ne demeurer au sol que furtivement, comme si l’hiver résistait un dernier jour au printemps, comme si l’hiver avait encore quelques derniers reproches à nous faire. Les flocons, petits mais téméraires recouvrent doucement les bourgeons, les menaçant à peine, comme pour les cacher peut-être d’un ultime assaut de l’adversité hivernal, pour mieux les protéger?

L’hiver finit, donc, vaincu pour la énième fois par le souffle printanier naissant, sauf dans la vie et le cœur de nombreux demandeurs d’asile, mal cachés sous les derniers flocons… La belle promesse de la devise républicaine «Liberté, Égalité, Fraternité», incarnée par le sésame d’un premier récépissé puis d’un titre de séjour provisoire se trouve gelée par la honte du déni d’hospitalité grandissant.

En ce début du XXIème siècle, le pays des droits de l’Homme a peur, peur des réfugiés de tout horizon et de toute sorte, des «vrais» demandeurs d’asile à identifier et à reconnaître dans leur pleine intégrité, peur des migrants économiques, des exilés de diverses origine ou nature et, dont les noms se confondent pour se noyer dans nos têtes en préjugés faciles et injustes. Quid de notre vieux continent européen, jadis berceau de civilisation, d’humanisme et d’universalité? Nous le savons, l’Europe les a laissés à la Turquie d’Erdogan…

Peur bleue de 100.412 demandes d’asile en 2017 qui, pour une majorité d’entre elles relèvent d’une migration économique, ignorant d’autres vagues migratoires passées impressionnantes comme celle de l’ordre de cinquante à soixante mille entrées annuelles concernant seulement les clandestins portugais entre 1964 et 1968; 110.614 mille autres arrivés en 1969, 135.667 en 1970 et 110.820 en 1971, puis 1972 et 1973 (1) encore une soixantaine de milliers d’arrivants du Portugal. Aujourd’hui, nous savons bien tout le mal que ces européens de la première heure ont fait à la France.

Ici, où il neige un jour de printemps, beaucoup sont venus chercher asile sincèrement, portés par l’espoir d’une vie meilleure depuis les montagnes et les villages des Balkans, du Kosovo et plus récemment de l’Albanie.

Après un voyage indigne qu’ils ne raconteront peut-être jamais, combien parmi ces malheureux courageux restent dans l’attente, des années durant d’un premier titre de séjour, transhumés d’hôtels en foyers? Combien restent sans papiers, après avoir été déboutés de toutes les procédures et de tous les recours? Combien de chefs de bureaux et d’autres mains débordées sont chargés d’instruire ces milliers de demandes en souffrance? Suffisamment, pour ne pas se gausser de la République? Les flocons sont-ils tombés en Préfectures de France pour geler définitivement leur cœur?

Face à ce drame humain, point de naïveté car la complexité de la situation est telle, ici, en France comme en Europe, que cela en serait indécent. Les chemins du mal, bien dessinés pour profiter de ces vies fragiles qui tiennent à un fil, ceux élaborés par des passeurs cupides ou autres vendeurs de faux eldorados, prêts à troquer organes humains autant que des vies humaines entières contre quelques billets de banque sont à éradiquer définitivement.

Maisons hypothéquées là-bas, vies hypothéquées, ici, exigent néanmoins de nous humanité et lucidité. Qui, «nous»? Citoyens, bénévoles, associations, administrations de l’État, collectivités territoriales, élus, nous devons agir, coordonnés sur nos territoires pour sortir de l’immense hypocrisie ambiante qui aide à fermer lâchement nos yeux sur le combat incroyable, quotidien et kafkaïen de ces personnes dans leur démarche légitime à obtenir le droit de vivre, ici, libres et égaux.

Selvete et Bujar sont arrivés, à Metz, il y a presque 5 ans. Les derniers flocons du 21 mars les tiennent cachés après plusieurs refus au séjour. Au préalable, deux récépissés provisoires dans le cadre d’une PMA (2) contre un bébé qui n’est pas venu, n’étant pas le bienvenu, de toute façon. OQTF (3). Ils entrent en clandestinité. Là-bas, point de salut au village d’origine. Ici, dans les limbes du droit commun. Mais il faut bien manger. Travail «au noir». Dissimulé, dit l’Autorité publique. OQTF immédiate et interdiction de territoire. Combien de Selvete et de Bujar, en France? Combien d’OQTF laissent dangereusement des vies suspendues au drapeau bleu, blanc et rouge à l’en déchirer?

Eh, Marianne, où es-tu partie te cacher, toi aussi? C’est la fin de l’hiver, reviens pour Selvete et Bujar et tous les autres qui demandent tes bras.

Fin d’hiver, fin d’exil?

 

«(…) Rose, portière de l’année.

Comme la rose furtive à la joue,

La neige qui s’efface avant de toucher le sol,

Bienfaisante». (4)

 

Notes:

(1) Baganha, Maria Ioannis (1994), “As correntes emigratórias portuguesas no século XX e o seu impacto na economia nacional”, Análise social, XXIX (128), pp. 959-980

(2) Procréation Médicale Assistée

(3) Obligation de Quitter le Territoire de la France

(4) Philippe Jaccottet, in Œuvres. La Pléiade

 

 

Bataille de la Lys

 

 

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