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Berceau des navigateurs et des éclaireurs de nouveaux mondes au XVIème siècle, le Portugal et les siens, descendants de migrants nombreux et divers, n’ont jamais cessé de migrer. Aujourd’hui, ce petit pays qui a appréhendé la grandeur de la planète et y a essaimé sa lusophonie, appelle désormais publiquement celles et ceux du monde, vers sa démocratie parlementaire vivante et pourrait – sait-on jamais – inspirer l’autoritarisme vertical du vertigineux arrogant Président Macron.

Si l’Europe humaniste, jadis naguère paladin des Droits de l’Homme fatigue, le Portugal, lui, à chaque tribune, rappelle à la maison tous les siens «anciennement siens» – plus de 6 millions de Portugais de l’étranger sont porteurs d’une carte d’identité ou passeport valides – en invitant tous les migrants même, en quête d’une vie meilleure, à venir vivre au Portugal.

«Là où la terre finit et la mer commence» [2], là où le bleu du ciel habite les cœurs, là où l’austérité des années 2011-2015, post-crise financière sans précédent en Europe, n’a pourtant empêché aucune fête à travers le pays, ni vaincu le sourire de ce peuple «à espera de vez» [3], en tout particulier ce jour du 31 octobre dernier, celui du vote du budget de l’État, annonçant un déficit public ridiculement bas de 0,2 % en 2019, un taux de chômage, lui, à 7% et en baisse constante, pour qu’advienne le «miracle portugais» et son beau corollaire, les Jours Heureux?

Les Jours Heureux, enfin?

A «Gerigonça» [4], l’union de la Gauche (PS, PC, Bloc de Gauche et Verts), inédite et historique, jamais survenue depuis le 25 avril 1974 jusqu’à l’automne 2015, écrit un Programme commun et s’unit, surtout, contre la faux injuste austéritaire prête à piétiner encore les œillets rouges comme les vies des plus fragiles: recette archi-classique d’une droite archi-classique, tout exceptée visionnaire: gel du salaire minimum, des pensions de retraite, augmentation des impôts (IRS à la source), réduction drastique d’aides publiques.

Résultats: déficit budgétaire et taux de chômage haut perchés, explosion de la précarité et de la pauvreté criardes.

Depuis, le «machin» suit sa voie de gauche, mené par le Gouvernement majoritairement socialiste d’António Costa, sans peur des diktats ambiants qui ont pourtant découragé auparavant d’autres pays voisins du sud de l’UE de choisir cette voie, la voie du «ni austérité, ni populisme», par la mise en œuvre d’une politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant.

Rendre la dignité au peuple portugais exigeait d’emprunter une voie de gauche passant par des mesures économiques et sociales qui ciblent les plus fragiles. Le SMIC a donc été augmenté à deux reprises, en 2016 et 2017, évoluant de 505 € à 557 € mensuels, en échange d’une baisse de cotisations sociales de la part patronale de 23 à 22%.

D’autres mesures économiques à vocation sociales sont donc venues soutenir ce pari de relance par la demande. Les petites retraites ont été augmentées, les allocations familiales, le code du travail revu pour pérenniser les emplois, la baisse des impôts pour les salariés les plus modestes. Le choix de l’arrêt net sur l’élan de privatisation de services et d’infrastructures publiques, la revalorisation des salaires de la fonction publique généreusement attaquée et sacrifiée pendant les années aveugles de la faux austéritaire et l’application des 35 heures hebdomadaires, soutenu par un plan de lutte nationale contre la précarité.

Résultats: amélioration de la création d’emplois stables et un PIB de 2,5%, meilleur que celui de la Zone Euro (1,9%) et de la France (1,5%) [5].

Une politique à caractère social volontariste, sans l’aval des conseils bien avisés de Bruxelles qui aura mené à une reprise économique dont les preuves tangibles ne sont plus à démontrer: l’amélioration des conditions de vie générale d’une grande partie de Portugais jadis en grande souffrance.

Plusieurs facteurs sont à considérer: le renouvellement d’industries innovantes tournées à l’export, l’automobile, la fabrication de chaussures, de textiles. Les investisseurs délaissent désormais l’Est de l’Europe pour revenir au Portugal car les coûts salariaux restent avantageux, visant de nouveau la qualité des produits et prêtant attention à l’évolution des pratiques de consommations vers davantage de qualité encore contre la pratique du commerce sur la base du bas prix à toutes les strates de la production.

Le boom du tourisme s’épanouit et le choix de dizaines de milliers de Français désormais installés au Portugal appelle à des projets immobiliers haut de gamme pour répondre à une demande qui va crescendo, à l’interne comme à l’externe.

Le modèle économique et social portugais inventé et rythmé par le «machin», ce Gouvernement dont la note majeure socialiste a rallié ses gauches afin de rendre la dignité piétinée à son peuple, en même temps que certains droits acquis, au travail notamment, est une source d’inspiration pour le reste de l’Europe sociale-progressiste. Quand il y a une volonté, il y a un chemin. António Costa n’était plus attendu à la tête d’un PS en quête de renouvellement, l’Union de la gauche portugaise pérenne non plus, la croissance économique dans un temps de récupération si bref après le désastre austéritaire encore moins…

À l’espoir d’une vie libre et choisie, emprisonné par des taux d’intérêts quelques longues années durant, succède désormais la confiance.

Les Jours Heureux? Sim [6], disent les Portugais. Sim, au Portugal. Sim, à l’Europe, malgré la lenteur de l’accomplissement de ses petits pas, que nous devons sérieusement accélérer…

À la veille d’une campagne électorale majeure, celle de l’Europe où nous vivons inquiets, au commencement d’un XXIème siècle en quête de commun, pour une Europe de toutes les chances, l’invitation à regarder vers le Portugal et ses jours plus heureux prend un air de promesse d’autres Jours plus Heureux pour tous les autres européens.

 

Notes:

[1] Nom du Programme du Conseil National de la Résistance, voté dans la clandestinité le 15 mars 1944.

[2] Luís de Camões. Les Lusiades (1572).

[3] Vers d’un poème du poète portugais Alexandre O’Neill (1924-1986).

[4] Signifie «machin, bidule». Ainsi fut dénommée l’Union de la Gauche inédite par la Droite, au lendemain des élections Législatives du 4 octobre 2015.

[5] https://information.tv5monde.com/info/portugal-un-redressement-economique-et-social-qui-prend-bruxelles-contre-pied-190588

[6] Oui, en portugais.

 

 

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