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Printemps Littéraire Brésilien : « Nous ne sommes pas un évènement, nous sommes un mouvement »

LusoJornal / Dominique Stoenesco LusoJornal / Dominique Stoenesco

Le lundi 11 mars a eu lieu à la Fondation Calouste Gulbenkian de Paris l’ouverture officielle de la 6ème édition du Printemps Littéraire Brésilien, en présence de Miguel Magalhães, Directeur de la Fondation Calouste Gulbenkian Délégation de Paris et de Leonardo Tonus, Maître de Conférence à la Sorbonne Université et fondateur du Printemps Littéraire Brésilien.

« Nous ne sommes pas un évènement, nous sommes un mouvement », tel est le leitmotiv de ce festival littéraire que Leonardo Tonus et les organisateurs mettent en avant, revendiquant par là même une approche différente de la littérature.

Après la projection d’un court film réalisé par les étudiants de 1ère année de portugais à la Sorbonne, à travers lequel l’accent est mis sur la diversité culturelle et littéraire du monde lusophone, trois écrivaines étaient invitées à la tribune : l’Italienne Igiaba Scego, la Brésilienne Cristina Judar et la Portugaise Patrícia Portela. Elles devaient répondre à deux questions générales qui constituent l’axe de réflexion du Printemps Littéraire Brésilien 2019 : « Quel Brésil ? Quelle littérature ? »

Leurs interventions ont porté surtout sur la question des droits et de la représentation des « minorités » sociales dans la littérature brésilienne. La condition de la femme dans la société brésilienne et la fiction féminine ont été également au centre de leurs interventions.

Pour Cristina Judar, née à São Paulo, auteure de nouvelles, poétesse, scénariste et une des éditrices de la revue d’art et culture LGBT Reversa Magazine, « la situation actuelle au Brésil déstabilise énormément la société et notre littérature finit par absorber tout ce qui se passe autour de nous. Ce qui explique que la scène littéraire brésilienne actuelle soit aussi diverse. Néanmoins, j’aime travailler sur les thèmes expérimentaux qui provoquent des transformations, des révolutions. Par ailleurs, contrairement à ce qu’on dit, mon pays est un des plus racistes du monde, un racisme agressif, qui n’est pas seulement verbal. Ainsi, comme écrivaine et comme lesbienne je me sens très engagée ».

Dans un de ses derniers livres de nouvelles, « Oito do sete », Cristina Judar aborde, entre autres thèmes, celui de la solitude dans le monde urbain, comme à São Paulo, où l’art et la beauté, la laideur et la violence se côtoient.

Écrivaine italienne d’origine somalienne, Igiaba Scego s’intéresse tout particulièrement aux questions liées à la migration et au dialogue interculturel. Sa relation avec le Brésil passe par une histoire d’amour pour la culture, et notamment pour la musique de ce pays, « qui est comme une religion laïque pour moi. Chico Buarque, Maria Bethânia et Caetano Veloso, qui se sont farouchement opposés à la dictature militaire, font partie de mon univers ».

Évoquant la situation dans son pays elle considère que « l’Italie vit un désastre avec ce racisme hérité du colonialisme. Heureusement – ajoute-t-elle – le peuple italien descend de plus en plus nombreux dans la rue pour faire barrage à ce fléau ».

Patrícia Portela est née à Lisboa. Elle est l’auteure de nombreux projets artistiques transdisciplinaires, de performances et d’installations en Europe et dans le monde. « Ma culture, dit-elle en répondant à une question, est faite de voyages et de déplacements dans différents espaces culturels et géographiques ».

Une de ses dernières publications s’intitule « A coleção privada de Acácio Nobre ». Artiste et scientifique à la fois, Acácio Nobre fut un visionnaire attiré par tout ce que l’homme pouvait transformer. Contemporain de Fernando Pessoa et de Herman Melvile, inventeur d’objets les plus étonnants, il tomba en disgrâce avec l’arrivée au pouvoir du dictateur Salazar. Jusqu’à ce que Patricia Portela le récupère et recrée dans son livre, après un très long travail de recherche, l’univers fabuleux de ce « Leonardo da Vinci portugais ».

Évoquant à son tour ses liens avec le Brésil, elle rappelle, outre les liens naturels qui sont linguistiques et culturels, son travail avec des groupes de théâtre brésiliens et avec des artistes connus pour leurs prises de position contre la dictature militaire dans ce pays. Concluant son intervention, Patricia Portela affirme : « Pour moi, le Brésil est comme une métaphore qui nous pousse à nous interroger : comment être dans ce monde ? ».

Le Printemps Littéraire Brésilien se poursuit en France dans différentes universités et autres lieux institutionnels, à travers des conférences, des tables-rondes et des rencontres littéraires. Il s’achèvera le jeudi 21 mars, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, par une rencontre intitulée « Trois regards biaisés sur le monde », avec Abdellah Taïa, Krishna Monteiro et Leonardo Tonus.

Le programme détaillé figure sur le site printempslitterairebresilien.com.

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