Le Condor qui s’est écrasé à Amareleja (Alentejo) : quand la II Guerre mondiale frappait le Portugal neutre

Le Portugal est souvent présenté comme un pays resté à l’écart des combats de la II Guerre mondiale grâce à sa neutralité. Pourtant, le conflit s’est parfois invité sur son territoire. L’un des épisodes les plus marquants s’est déroulé dans l’Alentejo, à l’aube du 15 juin 1941, lorsqu’un bombardier allemand Focke-Wulf Fw 200 «Condor» s’est écrasé près d’Amareleja, faisant six victimes.

Ce quadrimoteur de la Luftwaffe, appartenant à l’unité KG 40, revenait d’une mission au-dessus de l’Atlantique. Surnommé par les Alliés le «Fléau de l’Atlantique», le Fw 200 Condor était redouté pour ses attaques contre les convois maritimes reliant l’Amérique à la Grande-Bretagne. Au cours de cette mission, l’appareil aurait été gravement endommagé lors d’un affrontement aérien à l’ouest de Gibraltar avec un hydravion Catalina de la Royal Air Force.

Une tentative d’atterrissage qui tourne au drame

Aux premières heures du 15 juin, plusieurs habitants de Beja, Serpa et Moura aperçoivent un avion volant à basse altitude, manifestement en difficulté. Le pilote tente vraisemblablement de rejoindre le petit terrain d’atterrissage d’Amareleja, situé à quelques kilomètres de la frontière espagnole. Mais il n’y parvient jamais.

Vers cinq heures du matin, l’appareil explose en plein vol avant de s’écraser dans la Herdade da Tapada, à quelques kilomètres du village. Les six membres d’équipage trouvent la mort sur le coup. Selon les témoignages de l’époque, les débris sont dispersés sur plusieurs centaines de mètres. Les bombes transportées par l’avion, heureusement munies de dispositifs de sécurité, ne détonnent pas, évitant une catastrophe qui aurait pu toucher la population locale.

Les victimes sont le commandant Erich Westermann, Günther Kunert, Gerhard Singer, Walter Reiser, Erwin Hildebrand et Fritz Grotstollen. Leurs corps sont récupérés par les pompiers de Beja puis transportés à Moura. Malgré la neutralité du Portugal, les autorités organisent des funérailles avec les honneurs militaires, avant leur inhumation au Cimetière de Moura, où leurs tombes sont encore visibles aujourd’hui. En reconnaissance de leur intervention, les pompiers de Beja reçoivent une coupe en argent offerte par la représentation diplomatique allemande.

Ce récit est confirmé tant par les archives portugais qu’allemands.

La guerre aux portes du Portugal

Cet accident n’est pas un cas isolé. Quelques mois plus tôt, en février 1941, un autre Condor allemand avait réussi un atterrissage d’urgence près de Moura. En 1942, c’est un appareil britannique qui sera contraint de se poser dans la région de Serpa. Ces épisodes rappellent que, même si le Portugal demeurait officiellement neutre, son espace aérien et ses côtes se trouvaient au cœur des opérations menées dans l’Atlantique.

Aujourd’hui encore, le crash d’Amareleja demeure l’un des témoignages les plus saisissants de cette guerre vécue aux portes du Portugal. Dans le calme de la campagne alentejana, les vestiges de cette tragédie rappellent qu’en 1941, le conflit mondial n’était jamais très loin.

Deixe uma resposta

Your email address will not be published.

Não perca