Du 15 octobre au 8 novembre, le château de Vincennes (*) se transforme en un parcours nocturne où lumière, vidéo, mapping et patrimoine dialoguent. À la direction artistique de cette édition de la «Nuit de Lumière», l’artiste franco-portugais De Jésus Baptista imagine, avec son collègue Régis Clouzet, une expérience réunissant une quinzaine d’artistes et plusieurs installations contemporaines.
Pour LusoJornal, il revient sur la genèse du projet, son travail de création et la place de ses origines portugaises dans son parcours artistique. C’est une nouvelle manière de découvrir le château de Vincennes!
Après avoir participé à différents projets artistiques liés à la lumière, De Jésus Baptista franchit une nouvelle étape avec la «Nuit de Lumière», dont il assure la direction artistique aux côtés de Régis Clouzet: «là, c’est plus qu’une participation. J’assure la direction artistique. C’est porter le projet depuis le début, l’imaginer, le concevoir», explique-t-il.
Le projet prend ainsi une dimension particulière. Il ne s’agit plus seulement de présenter une œuvre, mais de construire un véritable parcours artistique dans lequel les créations de différents artistes dialoguent entre elles et avec l’architecture du château.
Une quinzaine d’œuvres seront ainsi installées dans la cour et les espaces du château de Vincennes. Le public sera invité à déambuler librement entre les différentes propositions artistiques avant de découvrir, en point final du parcours, plusieurs créations de mapping.
Le studio Haaskr dirigé par Jésus Baptista avec son collègue Amadeo Savio, a été notamment chargé de réaliser un mapping historique consacré au château, intitulé «De D’Artagnan à Joséphine Baker».
Quand le patrimoine devient écran
Pour l’artiste, le mapping est bien davantage qu’une prouesse technologique: «Pour moi, le mapping, c’est une sorte de cinéma étendu. C’est de la vidéo étendue. On sort du format écran pour interagir dans l’espace et créer un langage qui a du sens avec l’espace où il est projeté», explique-t-il.
Dans le cas du Château de Vincennes, le choix du support prend donc tout son sens. Les murs ne sont pas simplement utilisés comme écrans, ils deviennent les témoins de leur propre histoire.
Le mapping «De D’Artagnan à Joséphine Baker» parcourt ainsi plusieurs siècles d’histoire du Château à travers différentes grandes figures qui y sont associées: D’Artagnan, Saint Louis, Diderot, Napoléon ou encore Joséphine Baker.
Cette création, d’une durée d’environ quinze minutes, est accompagnée d’une narration en voix off, tandis qu’une seconde installation développée par l’artiste complète le travail du studio Haaskr.
Pour parvenir à un résultat aussi précis, le travail technique est considérable. Le bâtiment est scanné puis reproduit en trois dimensions. Cette modélisation permet ensuite d’adapter chaque image à l’architecture du monument, «au centimètre près», afin que la projection épouse parfaitement les formes du bâtiment.

Réinventer un château qui n’a cessé de changer
Le fil conducteur de cette édition de la «Nuit de Lumière» repose notamment sur les notions de cycle, de répétition et de transformation.
Le Château de Vincennes a connu plusieurs vies, plusieurs fonctions et plusieurs époques. Rois, prisonniers, écrivains et personnalités historiques s’y sont succédés: «Il s’est toujours réinventé, d’une certaine manière. On l’a toujours réinventé. Et l’idée ici, c’est un peu ça: nous, on prend place, mais on va aussi le réinventer avec une nouvelle forme».
Cette volonté se retrouve dans les œuvres présentées. Parmi elles, celle de Bruno Ribeiro, artiste franco-portugais et colombien, occupe une place particulière. Son installation «48 Pillars», présentée au pied des contreforts de la Sainte-Chapelle, joue notamment sur la répétition de modules, les ombres et les projections.
Pour De Jésus Baptista, cette œuvre constitue une parfaite illustration de l’esprit du festival: une création contemporaine qui entre en résonance avec l’architecture patrimoniale.

Un public qui devient lui aussi acteur
Si le spectateur est invité à déambuler librement dans le parcours, il n’est pas seulement considéré comme un observateur. Plusieurs installations sont interactives. Avec «Seconde peau», de Candela 550, le public peut interagir directement avec un mapping.
Le collectif néerlandais AlexP propose également des œuvres permettant aux visiteurs de dessiner avec une lampe torche des formes lumineuses sur le bâtiment. Une autre expérience leur permet de se prendre en photo et d’intégrer leur propre image dans l’univers visuel du château.
Avant même l’entrée dans le parcours, l’installation «Painting Mirror», de Maxime Touroute, invite, elle aussi, les visiteurs à participer. Les photographies réalisées avec le dispositif mis en place par l’artiste sont ensuite retravaillées et projetées sur les murs du château, le visiteur devient ainsi, à son échelle, une partie de l’œuvre.
Une création qui demande des mois de travail
Derrière les quelques minutes de projection visibles par le public se cachent des mois de préparation. Le mapping historique pour De Jésus Baptista a commencé dès janvier: recherche, écriture, conception visuelle, modélisation, réalisation et enregistrement de la voix off se sont succédé pendant plusieurs mois.
L’installation personnelle de De Jésus Baptista, quant à elle, représente également plusieurs mois de réflexion et de fabrication: «Pour l’installation, ça fait trois ou quatre mois qu’on est dessus. Et même un peu plus, parce qu’il y avait la réflexion plastique, quelle forme faire», précise-t-il.
Cette installation monumentale, d’environ 15 mètres sur 15 mètres et trois mètres de hauteur, utilise des miroirs mis en mouvement pour questionner l’identité, cette réflexion sur l’identité constitue d’ailleurs un fil rouge important dans le parcours artistique De Jésus Baptista.

«Je me considère comme franco-portugais»
L’identité occupe également une place particulière dans la vie de l’artiste, De Jésus Baptista. D’origine portugaise, il se définit comme franco-portugais et revendique cette double appartenance dans son parcours professionnel.
Le choix d’inviter Bruno Ribeiro à participer au festival s’inscrit notamment dans cette volonté de donner une visibilité à la création artistique liée au Portugal: «l’idée, c’est de toujours continuer à mettre en avant le Portugal, d’une certaine manière. Je me considère comme franco-portugais, je le mets toujours en avant», affirme-t-il.
Son parcours artistique l’a d’ailleurs déjà conduit au Portugal. Il a notamment eu l’occasion de présenter son travail à Lisboa et de participer à des événements artistiques au Portugal. Il évoque également avec enthousiasme son souhait de développer à l’avenir davantage de projets dans le pays.
Parmi ses projets personnels figure notamment une maison qu’il a rénovée au Portugal, avec le rêve, à terme, d’en faire une résidence pour artistes: «J’aimerais à l’avenir pouvoir développer d’autres projets. J’ai cette maison là-bas. Mon rêve serait de devenir une résidence pour artistes», confie De Jésus Baptista
Le Portugal, une influence artistique
Cette relation avec le Portugal ne se limite donc pas à une origine familiale. Elle nourrit également son rapport à la création et son désir de créer des passerelles entre les deux pays.
Son travail cinématographique «Treze de Maio» (lire ICI) que nous pourrions aussi intituler «Le Salto à l’envers» a notamment été présenté à Lisboa, dans le cadre du festival de cinéma «Triste Para Sempre» ainsi que dans une exposition d’art contemporain.
De Jesus Baptista souhaite poursuivre cette dynamique et donner davantage de visibilité à son travail au Portugal.

Une nuit pour apprendre… et pour prendre du plaisir
Au-delà de la technologie et de la dimension spectaculaire des projections, De Jésus Baptista souhaite surtout que la «Nuit de Lumière» laisse une impression durable aux visiteurs: «Je veux qu’ils ressortent de là en ayant découvert et appris des choses, mais en s’étant amusés aussi», résume-t-il.
Pour lui, l’art doit à la fois solliciter l’intelligence, provoquer des émotions et offrir un moment de plaisir, dans un contexte où l’actualité est souvent anxiogène, cette dimension de plaisir et d’évasion lui paraît particulièrement importante.
Le parcours est payant et les billets sont disponibles en ligne sur le site officiel de la «Nuit de Lumière» (voir ICI). Des espaces d’accueil, de restauration et une boutique permettront également aux visiteurs de faire une pause au cours de leur déambulation, l’objectif affiché est d’accueillir environ 1.500 visiteurs par soir.
Et après Vincennes?
Alors que toute son énergie est actuellement consacrée à la mise en place de la «Nuit de Lumière», l’artiste pense déjà à la suite. Une nouvelle installation est notamment prévue en février au festival Experimenta, à Grenoble (du 4 février au 7 mars 2027), à la suite de deux années de résidence au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA): «dès que j’aurai fini Vincennes, je me mettrai à travailler dessus», explique-t-il.
La «Nuit de Lumière» 2026 constitue pour De Jésus Baptista une nouvelle étape dans un parcours où vidéo, lumière, architecture, patrimoine et questionnement identitaire se rencontrent.
Au Château de Vincennes, l’artiste franco-portugais ne se contente pas de projeter des images sur des murs historiques, il cherche à faire dialoguer deux temporalités: celle d’un patrimoine chargé d’histoire et celle d’un art numérique en perpétuelle évolution: «une invitation, finalement, à regarder autrement un monument que l’on croyait déjà connaître».
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(*) Le festival accueillera le public du 15 octobre au 8 novembre, quatre soirs par semaine, du jeudi au dimanche. Les horaires seront de 19h30 à 23h00 en octobre, puis de 18h30 à 22h00 à partir du changement d’heure.







