LusoJornal | António Marrucho

Le Christ Mort de Nicolau Pinto, une œuvre portugaise au Louvre-Lens

Le temps du Carême 2026 est là. Le Christ crucifié, ressuscitera. Voilà l’un des moments les plus importants du calendrier chrétien, et l’un des plus représentés et symbolisés par les arts.

Au Musée du Louvre-Lens, une sculpture du Christ mort est exposée. Cette œuvre portugaise, d’une grande intensité spirituelle, invite le visiteur à la contemplation et à la méditation.

Pour la Zone C, c’est encore le temps des vacances, pourquoi pas faire une visite à Lens et à son Musée du Louvre?

Le Musée du Louvre-Lens est une antenne décentralisée du Musée du Louvre, créée pour rendre les collections nationales accessibles en dehors de Paris. Il se distingue par sa Galerie du Temps, un vaste espace gratuit présentant les œuvres selon un parcours chronologique continu, offrant une lecture transversale de l’histoire de l’art. Implanté sur un ancien site minier, il participe au renouveau culturel et social du territoire. Son architecture moderne et lumineuse, conçue par l’agence japonaise SANAA, ainsi que sa programmation riche en expositions et activités, en font un musée innovant, accessible et ancré dans son territoire.

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Le Christ Mort : de l’exposition gothique à la Galerie du Temps

Entre le 24 septembre 2024 et le 24 janvier 2026 s’est tenue au Musée du Louvre-Lens l’exposition 1.000 ans d’art gothique, au sein de laquelle le Christ Mort portugais figurait parmi les œuvres présentées.

Depuis, la sculpture a rejoint la Galerie du Temps. Nous avons ainsi redécouvert la galerie et contemplé le Christ Mort, œuvre hautement symbolique et profondément émouvante.

Il convient de souligner la remarquable mise en valeur des œuvres dans la Galerie du Temps. Afin d’éveiller la curiosité – notamment des plus jeunes – une question accompagne chaque pièce exposée. Pour le Christ mort, il est demandé : «Pourquoi ce personnage saigne ?»

La réponse, accessible et pédagogique, précise que «ce personnage a l’air de dormir paisiblement, mais si tu regardes bien, il a du sang sur le corps. C’est le Christ, fils de Dieu dans la religion chrétienne. Il est mort après avoir été cloué sur la croix ; c’est pourquoi il a des trous dans les mains et les pieds».

Une manière simple et efficace d’introduire à la compréhension du mystère de la Passion.

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Une œuvre portugaise du XVIIIème siècle

Datée autour de 1780, cette sculpture religieuse en bois polychrome représente le Christ allongé, marqué des stigmates de la Passion : traces de la flagellation, plaies des clous, blessure du flanc, couronne d’épines.

Elle est attribuée au sculpteur portugais Nicolau Pinto, avec une polychromie associée à José António de Carvalho.

Mesurant 36x175x55 cm, cette œuvre en bois polychrome a été acquise en 1938 par le Département des Sculptures du Musée du Louvre (R.F. 2493), auprès du sculpteur et peintre Henri Laffite, alors établi au Portugal.

Des recherches récentes, menées par Pablo Cano Sanz, ont permis de préciser son origine. Henri Laffite indiquait que la statue provenait d’un couvent de religieuses d’Águas Boas, près de Lisboa, supprimé vers 1910. Les religieuses l’auraient auparavant apporté de Grenade. L’œuvre serait plus anciennement issue du couvent de Santo António da Convalescença, à Lisboa.

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Ce que l’on voit : un réalisme saisissant

La sculpture frappe d’abord par son réalisme. Le Christ est allongé horizontalement, comme déposé sur un linceul. Le corps est d’un naturalisme impressionnant : côtes apparentes, muscles relâchés, peau marquée par la souffrance. Les plaies – mains, pieds, côté – sont accentuées par un rouge vif, des gouttes de sang renforcent l’effet dramatique et le visage, aux yeux fermés, exprime le repos après la souffrance.

Ce réalisme puissant s’inscrit dans la tradition de l’art religieux baroque, cherchant à susciter l’émotion, la compassion et la méditation.

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Lecture symbolique de l’œuvre

1. Le corps allongé. Le Christ est représenté dans la réalité de sa mort : son humanité est totale. Mais la posture paisible annonce déjà la Résurrection.

2. Les plaies visibles. Les stigmates rappellent le sacrifice et la Passion, Ils sont les signes de la souffrance, mais aussi, pour les croyants, les marques de la rédemption.

3. Le réalisme intense. Typique du baroque portugais, il vise à toucher le fidèle. Il ne s’agit pas seulement de voir, mais de ressentir la douleur du Christ.

4. Le linceul blanc. Symbole de pureté, il préfigure le tombeau vide et la victoire sur la mort.

5. Les yeux fermés. Ils évoquent le sommeil : dans la foi chrétienne, la mort n’est pas définitive.

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Une invitation à la méditation

Cette sculpture n’est pas qu’une représentation anatomique. Elle place le spectateur face au corps du Christ comme s’il participait lui-même à la mise au tombeau.

L’œuvre invite à réfléchir sur la souffrance, le sacrifice, la compassion et l’espérance de la Résurrection.

En ce temps de Carême 2026, la contemplation de ce Christ Mort exposé au Musée du Louvre-Lens prend une résonance particulière. Elle nous rappelle que la Passion n’est pas la fin du récit chrétien, car au-delà de la croix se tient la promesse : le Christ crucifié ressuscitera.

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