Dans le cadre de la 27ème édition du festival «Les Enchanteurs», organisé entre le 27 février et le 16 avril par l’association Droit de Cité, qui a pour but de rendre la culture accessible partout dans les Hauts-de-France, la lusodescendante Mathilde s’est produite à guichet fermé dans la salle Owens, à Angres.
J’en ai encore les joues toutes rouges, d’émotion, de sourires, voire de rires, mais aussi de claques. On ne sort pas indemne d’un tel spectacle ; on en prend pour son grade, au spectacle de Mathilde. Pourtant, on nous avait prévenus (lire ICI).
Un festival à la programmation éclectique : chanson française, rock, rap, électro, musiques du monde, artistes émergents et artistes confirmés qui, souvent, ne passent ni sur les ondes radio, ni à la télévision. À l’exemple de la lusodescendante Mathilde. Et pourtant, les salles sont remplies. Le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux, cela fonctionne.
Première date, premier spectacle du festival, le vendredi soir, 27 février, avec Mathilde.
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Un début puissant : «Souveraine»
Il est 20h21 lorsque tout commence avec «Souveraine» :
«Par-delà les montagnes
Par-delà les contrées
S’étend tout mon royaume
Conquête inachevée
Ici, les chevaliers
Portent tous mon visage
Ils portent tous mon nom
Ils portent tous ma rage
Par-delà les remparts
…
Bienvenue dans ma forteresse
J’y vis cachée pour que personne ne me blesse
Au royaume dont je suis souveraine
J’ai banni la peur et la peine
Bienvenue dans un nouveau monde
…»
Le ton est donné… le voyage commence.
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Une artiste engagée et généreuse
Mathilde, entourée de ses musiciens, et en duo avec Christelle Livet, alias Chansignelle, qui chante en langue des signes pour les malentendants, impressionne dès la première chanson par la puissance remarquable de sa voix.
Les chansons s’enchaînent. Entre chacune d’elles, la chanteuse distille des messages, souvent avec humour – beaucoup d’humour – des mots sur des maux, les maux de femmes, majoritaires dans la salle.
Mathilde a une voix pour tous les styles. Elle admire Callas, elle a commencé sa carrière par le jazz. «Au temps du jazz, on était plus nombreux sur scène que dans la salle… Là, vous me comblez en vous voyant si nombreux», dira-t-elle.
Mathilde, femme, le revendique. Josh, le guitariste, assume le partage depuis 14 ans, chante, parfois, en duo avec elle : belle harmonie lorsqu’ils unissent leurs voix.
Sont également présents sur scène Juliette Boyer (basse), Mégane Thibert (claviers) et Lewis Whittington (batterie).
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«Nuit-Jour» et l’émotion à fleur de peau
Mathilde interprète ses nouvelles chansons, tirées de son album «Nuit-Jour». Chantée sur scène, pour la première fois… cela parle de l’univers… à capella, elle se lance… À la fin, un léger silence… les applaudissements sont encore plus nourris, le public approuve – ouf ! Une larme brise la carapace de la femme sur scène… à l’image d’autres chansons, le poing levé, là-haut, sur scène, en bas, dans le public. On le fait pour la chanson, pour ce qu’elle revendique, pour ce qu’elles revendiquent.
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«Libre» : un cri partagé
«Je vous conduis vers l’anarchie… là où il y a tout de même des règles… À la radio, on ne me donne pas le micro, car ils savent ce que je vais dire…»
«Libre» est chanté en unisson avec le public :
«Je suis une graine d’anarchiste
Mais oui, une bobo gauchiste !
Une féministe hystérique
Y’a pas que mes poils qui piquent !
Bien sûr je dessers ma cause
Mon dieu mais comment ? Elle ose ?
Nan mais, c’est quoi cette allure ?
Viens, on l’aura à l’usure !
Arrête de parler trop fort
Ça risque de te porter tort
Et puis c’est pas ça l’problème
Les féministes, toutes les mêmes !
Arrête de jouer les victimes !
L’important, c’est ceux qui briment
Mais surtout, l’avis des gens !
Mais pourquoi tu perds ton temps ?»
Mathilde dira : «On est bien, on peut dire du mal… Je suis Mathilde, on va faire la révolution ensemble…» avec l’aide, notamment, de sa productrice Barbara Elfassy, à qui le public et Mathilde ont chanté «Joyeux anniversaire» pour son demi-siècle.
Quelques politiciens en prennent pour leur grade, à l’exemple de Villepin : «De gauche, Villepin ?»
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Un final bouleversant : «À la gloire des femmes en deuil»
Le spectacle se termine. Le rappel, la ramène, ainsi que ses musiciens à nouveau sur scène. La fin arrive avec une chanson née pendant le Covid, à la suite d’une perte familiale. «À la gloire des femmes en deuil». Une chanson qui devait rester dans la sphère privée, pour et dans la famille. 800.000 vues en décident autrement, elle appartient désormais au public, à son public. «Quand est-ce que tu la sors, nous la chantes en public ?»
Elle finira par sortir en peu de jours de studio… Et là, à Angres, à capella, le public chante, la fait vivre… nous avons la chair de poule.
«Je chante aujourd’hui
À la gloire des femmes en deuil
Je chante leur courage
Du don de vie jusqu’aux cercueils
Je chante aujourd’hui
À la gloire des femmes dignes
À la gloire des femmes sorores
Unies jusque devant la mort
Je chante aujourd’hui
À la gloire des femmes tristes
Je chante leur douleur
Qu’elles perdent mère ou perdent fils
Je chante aujourd’hui
À la gloire des femmes vaillantes
À la gloire des femmes en or».
Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes… La tournée de Mathilde ne fait que commencer (lire ICI).
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Échos du public
Presque une journée s’est écoulée depuis. Mes joues sont moins rouges, mais les messages, importants et parfois à contre-courant, résonnent encore.
Mathilde, merveilleuse chanteuse, femme de cœur, femme de courage.
Sur les réseaux sociaux on lit «Hier soir, j’ai été emportée par ta voix, tes textes et ton énergie. Un concert qui donne de la force !»
«J’ai amené des collègues qui ne te connaissaient pas, elles ont adoré. Ta voix, tes textes et surtout ton humour, moi je suis fan. Des frissons garantis. Reste comme tu es, tu es magnifique».
«Merci pour ce concert exceptionnel».
«Merci Mathilde pour ce merveilleux concert. Je suis venue avec ma fille de 15 ans, c’était son premier concert. Elle en a pleuré, de joie, de bonheur. Elle se retrouve dans tes chansons. Enfin, nous nous retrouvons dans tes chansons !»
«Merci Mathilde ! Pour ta présence sur scène, ta générosité, tes textes, ta voix, ta profondeur d’âme… Merci d’être TOI ! C’était une soirée extraordinaire».
«En venant à ton concert, je m’attendais à passer une bonne soirée… Mais c’était bien au-delà de ça… J’aime ta force, j’aime ta sensibilité. Avec toi, j’ai ri et pleuré… C’était un concert inoubliable».
«Merci d’avoir nourri nos cœurs et nos âmes hier. Tu nous as donné un nouveau souffle».
Mathilde ne laisse pas indifférent. Elle bouscule, elle émeut, elle rassemble. À travers ses mots (maux), ses combats et sa voix puissante, elle offre bien plus qu’un concert: un moment de vérité, de partage et de sororité.
On n’en sort pas indemne – mais profondément vivant.







