Diana da Conceição, Maire de Mons-en-Baroeul : entre héritage social et engagement de terrain

Élue le 15 mars dernier Maire de Mons-en-Barœul (59), près de Lille, avec une majorité nette dès le premier tour, Diana da Conceição incarne à la fois la continuité d’un projet municipal engagé depuis plusieurs années et une trajectoire personnelle profondément ancrée dans les réalités sociales (lire ICI). Issue d’une famille d’origine portugaise, ayant grandi à Roubaix et forgé son engagement dans le monde associatif puis politique, elle porte une vision attentive aux parcours de vie, aux inégalités et au quotidien des habitants. Quinze jours après sa prise de fonction, Diana da Conceição, revient sur son histoire, ses motivations et ses priorités pour la ville, dans cette interview à LusoJornal.

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Diana da Conceição, vous êtes issue d’une famille d’immigration portugaise. En quoi cette histoire personnelle nourrit-elle votre engagement politique aujourd’hui ?

Quand j’étais enfant, mes parents ne parlaient pas bien le français. J’ai grandi en apprenant deux langues et deux cultures. J’avais le sentiment de ne jamais être à ma place : en France j’étais la Portugaise et au Portugal la Française. C’est plus tard que j’ai compris que la double nationalité c’était l’inverse : je suis Française d’origine Portugaise et Portugaise de France. Je dirai que ça nourrit mon engagement, il est essentiel d’être au clair avec ses origines comme avec le pays dans lequel on vit. On n’a pas à choisir.

Vos parents venaient de milieux modestes et travaillaient dans le textile : est-ce cela qui vous a orientée vers les questions sociales ?

Sans aucun doute cela m’a amenée à mesurer ce qu’est la précarité, la fragilité de situations sociales, la solidarité également entre les membres d’une même communauté professionnelle ou culturelle.

Comment vos parents ont-ils réagi sur votre engagement ? Étaient-ils réticents ou vous ont-ils encouragé ?

Ni l’un, ni l’autre. Pas d’encouragement ni de réticence. Mon père est décédé en 2006, j’avais 36 ans. Je militais déjà au Parti Socialiste, mais je n’étais pas encore élue. Dans la famille, l’engagement n’était pas forcément politique, on avait plutôt la culture du travail. Je crois que mon père observait cela de loin, malade, il m’a juste demandé si j’allais faire ‘quelque chose de bien dans la politique’. Et il m’a dit de faire attention à moi. Ma mère a elle beaucoup plus assisté à l’évolution de mon engagement, elle est décédée en juin dernier. Je pense qu’elle était parfois préoccupée par la charge de la combinaison d’un emploi à temps plein et d’un mandat électif. La phrase que j’ai le plus entendue est ‘trabalhas muito, minha filha’, mais elle était aussi très fière.

Avez-vous encore des contacts avec le Portugal et la diaspora portugaise de la région ?

Ni l’un ni l’autre. En revanche, Il est important pour moi de faire découvrir le Portugal à mon fils de 15 ans et de partager avec lui cette culture, nous y sommes allés à plusieurs reprises, la dernière fois en octobre dernier.

Vous avez grandi à Roubaix, une ville populaire. Quel regard cela vous donne-t-il sur les inégalités actuelles ?

Cela me donne l’impression d’un éternel recommencement. Évidemment, il y a plus de dispositifs de soutien, il y a la mémoire et plus de filets de sécurité que lorsque j’étais enfant, le RSA, la CMU n’existaient pas, les associations étaient moins nombreuses (exemple : Les Restos du Cœur…). Dans les années 80, les luttes pour l’égalité des droits étaient très fortes, comme par exemple SOS Racisme… beaucoup d’efforts ont été faits pour les quartiers, notamment sur la politique de la ville et pourtant ces dernières années, l’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’est encore plus creusé tandis que la présence de l’Etat par ses services publics a reculé. Cela me conforte dans ma détermination à ne pas lâcher…

Vous avez commencé dans le monde associatif. À quel moment avez-vous décidé de franchir le pas vers la politique ?

Au moment où Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour de l’élection présidentielle. Je travaillais alors comme secrétaire au Cabinet du Président du Conseil Général, Bernard Derosier, cela a été un choc, pour moi, comme pour beaucoup de monde. Avant cela, je ne me sentais pas concernée par la vie politique, j’ai adhéré, à ce moment-là, au Parti Socialiste.

Certains reprochent aux élus locaux d’être déconnectés du terrain. Vous sentez-vous concernée par ce reproche ?

Franchement non. De nature, je suis plutôt quelqu’un de concret, j’ai besoin de comprendre. Je suis aussi une élue qui pratique sa ville : membre d’une association sportive qui utilise ses équipements, mère et grand-mère d’enfants scolarisés dans la ville qui connaît les écoles et centre aérés… Je me suis engagée dans la politique pour agir sur le quotidien des gens, être Adjointe aux affaires sociales et à la petite enfance c’est être confrontée à des situations sociales ou parentales difficiles, ça permet de rester connectée à la réalité des administrés.

Après 18 ans d’engagement municipal, vous avez encore le courage et la volonté de poursuivre. Dans quel but ?

A la fois cadre dans la fonction publique et élue locale, toute ma vie est dirigée vers les autres, l’action publique, le besoin de ‘faire ma part’… J’aime cette ville, ses habitants et le projet de transformation que nous avons mené avec Rudy Elegeest, le Maire sortant. A l’annonce de son départ, il m’a semblé évident de me présenter pour poursuivre notre action commune et bien sûr pour continuer à faire avancer notre ville. Pourquoi cette volonté de poursuivre ? Sans doute parce que je crois que je peux être utile pour cette ville.

Votre liste a remporté plus de 53% dès le premier tour, malgré la présence de 3 listes. Comment expliquez-vous un tel score ?

D’abord, je suis très reconnaissante vis-à-vis des Monsoises et Monsois pour une telle confiance. Je crois qu’elle est due à la fois à la reconnaissance du travail effectué par la majorité sortante et à l’engagement des élus qui ont toujours été à l’écoute des usagers. Le projet répond aussi aux attentes et besoins des Monsois, nous avons construit ce projet avec eux. L’équipe, elle aussi, est représentative de cette ville, avec un mélange d’expérience et de renouveau. Enfin, plus humblement, je crois que mon équation personnelle, ma relation aux Monsois, a pu être un élément rassurant.

Vous évoquez une «ville bienveillante». Concrètement comment cela se voit ou comment va évoluer cette idée ?

Nous vivons une époque où tout est immédiat, rapide, parfois désincarné… Une ville bienveillante pour moi, c’est une ville où les élus, les services publics écoutent, proposent, échangent, trouvent des solutions et savent parfois dire ‘Non’, en l’expliquant, car chaque citoyen, chaque habitant, chaque usager est important à nos yeux.

Parmi les 50 propositions que vous avez soumis au suffrage, quelle est la mesure qui symbolise le mieux votre projet ?

Plus qu’une proposition, je reviendrai sur la méthode avec laquelle nous entendons travailler. «Mons, Pour vous avec Vous !», le nom de notre liste, n’est pas un slogan, c’est un engagement fort en direction de tous les Monsois, faire évoluer notre ville avec eux, parmi nos priorités, la jeunesse. Il est évident que le projet que nous avons élaboré et allons faire vivre pendant le mandat sera de bâtir avec elle pour tenir compte de la diversité de ses besoins d’insertion professionnelle, de formation, de loisir, de citoyenneté…

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À travers son parcours personnel et son engagement de longue date, la nouvelle Maire de Mons-en-Barœul, Diana da Conceição, dessine une ligne claire : celle d’une action publique ancrée dans le réel, attentive aux habitants et tournée vers l’avenir. Entre fidélité aux valeurs qui l’ont construite et volonté d’adapter la ville aux défis contemporains, Diana da Conceição entend poursuivre une dynamique collective, en plaçant l’écoute et la co-construction au cœur de son mandat. Une ambition résumée dans une conviction simple : «faire de Mons-en-Barœul une ville toujours plus proche de celles et ceux qui la vivent».

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