LusoJornal | António Borga

Discours de la Maire de Paris Anne Hidalgo lors de l’inauguration du Jardin Mário Soares


La Maire de Paris, Anne Hidalgo, a présidé, ce samedi, à l’inauguration du Jardin Mário Soares, dans le 20ème arrondissement de la capitale, en présence de la famille de l’ancien Président de la République – notamment sa fille Isabel et son fils João Soares – ainsi que de beaucoup de personnalités de la Communauté portugaise.

Voici le discours d’Anne Hidalgo, tel qu’il a été prononcé, d’improvisation, en gardant son oralité.

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«Très chère famille,

Cher João, chère Isabel, chère Lilah, et toute la famille de Mário Soares ici présente,

Monsieur l’Ambassadeur,

Monsieur le Maire du 20ème arrondissement,

Mesdames et messieurs les élus,

Je ne vais pas lire mon discours parce qu’en fait vous avez toutes et tous évoqué aussi l’histoire, les moments très importants de la vie de Mário Soares.

Je voudrais vous dire plusieurs choses.

D’abord, nous sommes ici une communauté humaine, beaucoup de gens de Gauche, disons-le, le Parti Socialiste, j’en suis, le Parti Communiste, présent aussi, des femmes et des hommes qui se reconnaissent dans ce parcours extraordinaire de Mário Soares, parce que Mário Soares c’était le courage, la résistance, la détermination, les valeurs des lumières qu’il portait en lui, la connaissance et le livre, la place du livre dans sa vie, dans son engagement. La Résistance, malgré tout, la prison, privé de sa famille, privé de ses enfants, la torture et malgré tout, malgré tout, un homme qui a continué à parler, à à se tenir debout, à écrire et à inspirer.

Et ce type de parcours, ce parcours de Mário Soares, doit nous inspirer.

Nous, les femmes et les hommes de Gauche, nous, les femmes et les hommes démocrates, progressistes, ce parcours, au moment où nous nous parlons, doit continuer à nous inspirer. C’est un héritage. Mais un héritage n’est pas quelque chose que l’on met de côté. Un héritage doit être une véritable langue vivante. Surtout un héritage démocratique et un héritage de combat, comme celui de Mário Soares.

J’ai été très heureuse d’être aux côtés de Manuel Pizarro pour la dernière campagne électorale à Porto. Et voilà… ce n’était pas cette fois-ci, ça sera la prochaine, de toute façon. Je sais que des hommes comme Manuel et beaucoup de celles et ceux qui sont ici, savent que le combat politique, c’est un combat avec des idées, des projets, des collectifs, des équipes. Et c’est ça qui nous porte. A un moment ou à un autre, prendre les risques, c’est prendre les risques, mais sans renier ce que l’on est. Je veux dire, Manuel, qu’on a vraiment… j’ai été très, très, admirative de ce que tu as fait.

Je veux aussi invoquer une autre personnalité pour laquelle j’ai beaucoup, beaucoup, d’admiration, c’est António Costa, qui aurait pu être là aujourd’hui, mais qui avait malheureusement des obligations. Mais je sais combien Mário Soares, pour António Costa était aussi cette référence absolue. Et peut-être, en voyant le rôle qu’il accomplit aujourd’hui au sein du Conseil européen, nous voyons comment cet héritage est aussi, pour des personnalités telles qu’António Costa, une langue vivante.

Alors, nous nous retrouvons ici dans le 20e arrondissement, un arrondissement populaire, un arrondissement de Gauche, un arrondissement dans lequel se sont brassées toutes les migrations. Les migrations nées de l’exil, de l’exil politique, comme pour Mário Soares, comme pour – et tu y as fait référence tout à l’heure aussi, João – tous ces Républicains espagnols. Et moi, je suis issue d’une famille de Républicains espagnols, socialistes aussi. Et pour nous – vous l’avez très bien dit – Paris, pour tous ces exilés, ces exilés d’Europe qui connaissaient le fascisme, évidemment, bien sûr le Portugal ou encore l’Espagne, Paris était vraiment le lieu de la lumière, le lieu de la liberté.

J’ai le souvenir, moi aussi, étant enfant, de comprendre que, par exemple, la Légion d’honneur, le chant de la Marseillaise, étaient des chants de ralliement pour les démocrates du monde entier, et notamment dans notre Europe, qui étaient meurtris par la présence encore de ces Gouvernements fascistes, notamment dans le sud de l’Europe.

Et c’est vrai que Paris était cette ville, ce repère où on pouvait se reconstruire, on pouvait continuer à penser, à parler, à rayonner. Et bien sûr, pour tous les exilés, c’est vrai pour tous les pays, et vous l’avez si bien dit pour Mário Soares, l’exil est un moment d’une vie où on est heureux de trouver la main tendue et de trouver le lieu pour pouvoir continuer à se tenir debout et apporter ses combats et ses combats démocratiques.

Mais l’exil n’est pas une fin en soi, et si la possibilité est donnée aux exilés de revenir dans le pays qui leur a donné la vie, pour, justement, y accomplir leur dessein et leur destin démocratique, alors c’est le choix immédiat du retour pour construire en démocratie. C’est le choix qu’avait fait Mário Soares.

Il était – vous l’avez dit – l’ami des plus grands, il a été le compagnon de route, il a été l’inspirateur de beaucoup de dirigeants socialistes européens. Bien sûr, aussi avec François Mitterrand, qui le définissait comme ‘son ami’, comme un ami proche, c’est ce qu’il disait de Mário Soares.

Cet homme inspirant, aujourd’hui, doit nous permettre de nous élever, de nous élever et de nous dire, parce que le monde a bien changé, la vie a bien changé, la vie politique a bien changé, le monde politique est devenu plus un théâtre, parfois avec de très mauvais acteurs, qu’ils feraient mieux de prendre des cours avant de vouloir être acteurs, mais disons des gens qui jouent, qui jouent.

Quand on a la vie qu’a eue Mário Soares – et vous, ses enfants, vous l’avez vu, vous étiez avec lui – on sait que ce n’est pas un jeu, ça n’est pas un jeu. Risquer sa vie, ce n’est pas un jeu. Risquer sa vie, c’est prendre un engagement pour des idées, des valeurs et construire un autre monde.

Et peut-être, sans aller sur trop de gravité, je pense que nous devrions nous inspirer aussi de cette gravité-là.

Quand on est dans la vie politique, on ne joue pas. Quand on est dans la vie politique, on s’engage pour essayer d’améliorer la vie des gens qui nous entourent, avec nos convictions et nos valeurs comme boussole.

Et on n’a pas le droit de jouer, c’est trop grave. Parce que les décisions que nous prenons comme femmes et hommes politiques, elles ont des conséquences très concrètes pour la vie de nos concitoyens.

Et par ailleurs, nous le savons aussi, c’est ce que nous apprend ce message de Mário Soares, si nous laissons les valeurs de côté, pour considérer que nous ne sommes là que pour jouer, faire des belles phrases, des bons mots, aller passer sa vie sur les plateaux de télévision pour insulter les autres et montrer combien on serait fort. Où est le courage là-dedans ? Nulle part. Ce n’est pas du travail, ça.

En revanche, je crois que nous pourrions nous en inspirer pour nous dire là où nous sommes en responsabilité politique, nous sommes là pour agir. Et parfois agir, ça nécessite de prendre des risques. Parfois agir, ça ne plaît pas toujours parce que les décisions qui sont prises ne sont pas toujours comprises ou entendues, mais elles partent de cette idée et de ces valeurs qui nous constituent, ces valeurs démocratiques et ces valeurs européennes.

Alors je crois que ce message, aujourd’hui, ici, dans cet arrondissement, dans ce beau jardin du 20e arrondissement, ce message doit rester très vivant et nous devons continuer à le cultiver et à le porter.

Vous avez eu cette très, très jolie phrase : il aimait les arbres. Je pense que les hommes et les femmes qui aiment la vie, qui aiment leurs prochains, qui s’engagent pour eux, au risque même de leur propre vie, aiment aussi la nature. Je pense que c’est quelque chose d’assez naturel, en fait, que de se sentir bien aussi au milieu des arbres.

Et je ne me voyais pas terminer mon mandat de Maire, mon deuxième mandat, et comme je ne me représente pas, je ne me voyais pas terminer ce mandat sans passer par cet honneur, cet hommage que nous voulions rendre à Mário Soares.

Parce que nous lui devons tant et parce que je pense que la langue qu’il parlait, cette langue, ces messages puissants, doivent rester notre langue vivante.

Alors pour que vive la démocratie, pour que vive l’héritage de Mário Soares, pour que vive cette vie qu’il avait rêvée, qu’il a portée aussi dans son pays, nous, ici présents, debout, nous devons faire en sorte que cela ne reste pas simplement un message, mais bel et bien notre langue vivante.

Merci beaucoup à vous».