LusoJornal | António BorgaDiscours de l’Ambassadeur du Portugal en France lors de l’inauguration du Jardin Mário SoaresCarlos Pereira·Comunidade·1 Fevereiro, 2026 Francisco Ribeiro de Menezes, Ambassadeur du Portugal en France, a participé ce samedi, à l’inauguration du Jardin Mário Soares, dans le 20ème arrondissement de Paris, par la Maire de la capitale Anne Hidalgo. Voici le discours, en français, de l’Ambassadeur portugais en poste en France, tel qu’il a été prononcé, en gardant son oralité. . «Madame la Maire de Paris, Chère Isabel Barroso Soares,Cher João Barroso Soares, Chers amis tous les deux, avec cette merveilleuse et nombreuse famille, Chère Consule-Générale Monica Lisboa, Autorités, élus, collègues, chères invitées, chers invités, On se retrouve ce matin dans cet endroit tranquille de la ville Lumière pour évoquer un nom, une figure, un père, un grand-père, l’époux d’une femme extraordinaire, dédiée, talentueuse – Maria Baroso Soares, si belle dans ce portrait – un homme d’État qui a marqué une époque et qui a apporté une contribution immense à la redéfinition du destin de son peuple et de son pays. Mário Soares aura à Paris, à partir d’aujourd’hui, un nom de jardin. Un jardin portera son nom. Cet hommage, auquel je m’associe avec honneur et émotion, est le fruit du lien profond que Mário Soares – o Presidente Soares – a entretenu avec Paris tout au long de sa longue et fructueuse vie – on vient de l’écouter – à partir de l’époque en particulier où il a vécu ici, au début des années 70, enseignant à Vincennes, Sciences Po, jusqu’à ce que le 25 Avril, la Révolution des Œillets lui ouvre la porte – la grande porte – pour retourner au Portugal. Je n’ose pas prétendre être une connaissance très proche de Mário Soares, mais je peux vous dire que je garde des souvenirs détaillés de chacun de nos entretiens. Le plus long a été lorsque je lui ai rendu visite à sa Fondation, en 2010, avant de partir pour Stockholm en tant qu’ambassadeur. Nous avons parlé d’Olof Palm, un autre homme d’État exceptionnel, qui a payé de sa vie pour sa vision. Plus tard, à Madrid, j’ai vu comment toute une Espagne a pleuré la mort de Mário Soares, en janvier 2017, visitant notre Ambassade dans un flux continu pendant trois jours. Trois jours pour nous offrir leur vrai sentiment. En novembre 2023, en tant qu’Ambassadeur en Allemagne – c’est une histoire assez longue – j’ai eu le privilège d’accompagner sa fille, Isabel Soares, et, alors, le Secrétaire-Générale du Parti, António Costa, à Bad Münstereifel, la ville où Mário Soares et un noyau de militants, ont fondé le Parti Socialiste, avec l’appui, on l’a dit, de Willy Brandt et après de Helmut Schmidt. Le destin de Mário Soares a toujours croisé celui de l’Europe, je le crois, avec son regard tourné vers la France, pour laquelle il avait une grande passion, et là où il cherchait l’inspiration. Mário Soares a également beaucoup contribué à rapprocher les deux pays et à faire découvrir à des générations de Portugais, ce que la France représentait et représente en tant que moteur inévitable de l’intégration européenne, l’intégration européenne qu’il souhaitait et qu’il a réalisé pour le Portugal. La France – disait-il avec bonne humeur – de ‘mon ami’ Mitterrand. Je remercie Paris, pour ma part, avec un peu de sang français dans mes veines et avec la perception lointaine d’un enfant de deux ans, arrivé ici en 1967, et qui a entendu, sans le comprendre, le bruit de mai 68. Cela ne m’étonne pas que Mário Soares ait choisi Paris en 1970. Il était animé par le désir de modernité qu’il cherchait pour le Portugal, ainsi que par un autre désir, le revers de la médaille, de retourner dans son pays pour bâtir une démocratie aux plus hauts standards dont il rêvait. Il est curieux que tant d’autres Portugais, penseurs, politiciens, artistes, musiciens – on vous a écouté, cher João – aient cherché en France, à Paris, ce qu’ils n’ont pas pu trouver au Portugal. Tous, cependant, étaient presque obsédés par le retour dans leur patrie. Je pense à Eça de Queiroz – et Jacinto, dans Cidade e as Serras e 202 Champs-Élysées, qui ne s’est retrouvée qu’à Tormes – je pense à des noms comme António Nobre, Mário Sá Carneiro, décédé ici, Amadeu de Sousa Cardoso, plus tard José Mário Branco, Sérgio Godinho, ou même mon prédécesseur et cofondateur du Parti Socialiste, António Coimbra Martins. Il y a, pour moi, un lien entre ces noms et ce qu’ils ont chacun poursuivi à sa manière, comme ce fut le cas pour Mário Soares, avec le succès et la résonance historique qu’il méritait. Avant de retourner au Portugal, tous voulaient absorber la modernité française et l’inspiration humaniste d’un avenir meilleur, un avenir ancré dans les valeurs qui étaient, après tout, celles de la Révolution française, la Révolution fondatrice d’autres révolutions, dans d’autres milieux, la Révolution de la liberté, l’égalité et la fraternité. Des valeurs qui, traversant des bouleversements et des guerres, et aujourd’hui d’autres menaces inattendues, forgent et défendent nos sociétés et notre foyer commun, l’Europe. Tout cela se retrouve, à partir d’aujourd’hui, dans ce jardin Mário Soares, dans cette ville que j’aime moi aussi, dans ce coin vert, où je tâcherai de revenir dès que je pourrai, pour arroser les souvenirs de cette histoire qui est la nôtre et qui est la mienne. Vive le Portugal, vive la France, vive l’amitié entre nos deux peuples, l’amitié entre nos villes ouvertes au monde, l’amitié que Mário Soares voulait tant approfondir. Merci beaucoup. Muito obrigado».