Home Comunidade Hernâni António Cidade : un héros portugais de la Grande Guerre, entre bravoure militaire et grandeur intellectuelleAntónio Marrucho·12 Janeiro, 2026Comunidade On connaît bien, et l’on a beaucoup écrit, sur le soldat Aníbal Milhais, connu sous le surnom de Milhões, considéré comme l’un des grands héros portugais de la participation du Portugal à la I Guerre mondiale. Toutefois, d’autres hommes, tout aussi remarquables, méritent d’être connus, voire reconnus. LusoJornal vient de publier un article sur les prisonniers allemands capturés par les Portugais (lire ICI). L’histoire que nous allons partager s’inscrit précisément dans cette thématique. Il s’agit du parcours d’un officier milicien, le sous-lieutenant Hernâni António Cidade, soldat d’exception qui deviendra, après la guerre, l’un des importants intellectuels portugais du XXᵉ siècle. Origines et formation Hernâni António Cidade est né le 7 février 1887, à Redondo (district d’Évora). Il était fils d’António Bernardino Cidade et de Genoveva Madeira Cidade. Petite anecdote : lors de son baptême, célébré le 20 février 1887, son prénom fut écrit Ernando, une erreur qui dut être rectifiée ultérieurement. Départ pour la guerre et engagement au CEP Il embarque à Lisboa le 15 avril 1917 pour la France, incorporé au Bataillon d’Infanterie n°35 (BI 35) du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP). Il ne rentre au Portugal que le 16 février 1919, après près de deux années marquées par le combat, la captivité et le service actif. Grâce à sa fiche individuelle du CEP, nous savons qu’il fut cité en 1917 pour un acte de bravoure remarquable : ayant constaté que des soldats portugais avaient été faits prisonniers par l’ennemi, il lança une attaque directe contre les Allemands, parvenant à libérer les prisonniers portugais. Premières citations pour bravoure en juillet 1917 Le 11 août 1917, à la demande du lieutenant José Maria Fernandes, Commandant du BI35, Hernâni Cidade est officiellement félicité pour son courage et son dévouement lors de plusieurs actions, et plus particulièrement pour celles menées dans la nuit du 12 au 13 juillet 1917. Il s’était alors porté volontaire pour commander une patrouille de reconnaissance, chargée d’obtenir des informations sur les lignes ennemies. La reconnaissance fut reprise au matin du 13 juillet, avançant avec courage, sang-froid et détermination. L’épisode décisif du 14 août 1917 Le 14 août 1917, se déroule l’action qui marquera définitivement son nom dans l’histoire du CEP. Avec seulement trois soldats, Hernâni Cidade traverse le «no man’s land» sous le feu ennemi et atteint les lignes allemandes afin de libérer des soldats portugais faits prisonniers lors d’un raid. Il fait, par la même occasion, des prisonniers allemands, dont : Jungmichel Gustav 431 Ldw.I.R. 219 Div. ; Miessl Sebastian 431 Ldw.I.R. 219 Div. et Seytler George 431 Ldw.I.R. 219 Div. Toujours sous le feu, il récupère également un soldat allemand blessé et le ramène dans les tranchées portugaises. Pour cet acte de bravoure exceptionnelle, il est décoré de la Croix de Guerre, 3ème classe. La prouesse d’Hernâni António Cidade est indéniable, même si deux versions diffèrent quant au nombre exact de prisonniers portugais libérés, et au nombre de soldats qui l’accompagnèrent. Version du sous-lieutenant Humberto de Almeida Dans ses mémoires, le sous-lieutenant Humberto de Almeida raconte l’épisode du 14 août 1917, qui conduisit à la décoration de Hernâni Cidade. «À l’aube, les Allemands déclenchèrent un bombardement continu et intense du sous-secteur de Neuve-Chapelle, tenu par le BI35, annonçant une attaque imminente. Ce jour-là, ils utilisèrent même un gaz différent. Lorsque l’attaque commença, le signal SOS – une fusée Very-light rouge – fut tiré, déclenchant un feu défensif de l’artillerie portugaise. Les troupes allemandes, fraîches et reposées, venant du front de Russie, attaquèrent avec une violence extrême, parvenant à atteindre la deuxième ligne portugaise, où elles furent finalement stoppées. Lors de leur repli à travers le «no man’s land», elles emmenaient des prisonniers du BI35. C’est alors que Hernâni Cidade, accompagné de trois soldats, sortit de la tranchée et attaqua les Allemands en retraite. En voyant leur officier, les soldats portugais prisonniers se retournèrent contre leurs gardiens, capturèrent l’escorte allemande et la ramenèrent prisonnière vers les lignes portugaises. Par cet acte, Hernâni Cidade transforma ce qui aurait pu être une défaite en une magnifique victoire, libérant près d’une centaine de Portugais». La version du Capitaine Manuel Maia Magalhães Dans une lettre adressée à sa famille, le Capitaine Manuel Maia Magalhães, officier de cavalerie, affecté à l’État-major de la Base du CEP, relate la même nuit : «Dans la nuit du 13 au 14 août 1917, les Allemands menèrent une violente attaque contre nos tranchées, avec des troupes nombreuses et spécialement entraînées pour l’assaut, mais ils furent complètement repoussés, laissant de nombreux morts, parmi lesquels un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant allemands. Parmi les nôtres, se distingue tout particulièrement un sous-lieutenant d’infanterie, milicien Hernâni Cidade, qui, avec seulement dix hommes, se jeta sur un important groupe d’Allemands qui emmenaient plusieurs de nos soldats prisonniers. Il parvint à sauver tous nos prisonniers, à capturer six Allemands, à tuer le lieutenant et le sous-lieutenant allemands, et à mettre les autres en fuite. Et dire que certains prétendent que les miliciens ne valent rien». Décorations, commandement et captivité Hernâni Cidade est décoré de la Croix de Guerre de 3ᵉ classe le 5 novembre 1917. Dix jours plus tard, il prend le commandement du groupement de mitrailleuses légères. Le 26 janvier 1918, il obtient 53 jours de permission, avant de reprendre le service le 20 mars 1918. Il disparaît le 9 avril 1918, lors de la Bataille de La Lys. Il est signalé comme prisonnier à Strasbourg, puis au camp de Breesen. Quatre fiches de prisonnier existent à son nom (PP1284, PP845, PP468 et PP734). Les deux premières indiquent qu’il a été fait prisonnier à La Couture, la troisième, qu’il a été capturé le 9 avril 1918, à Neuve-Chapelle. Par le croisement de données on a, la quasi-certitude qu’il fut capturé à Neuve-Chapelle. Par l’intermédiaire du Comité de Secours de Lausanne, sa famille apprend qu’il se trouvait, au 31 juillet 1918, dans un camp de prisonniers à Strasbourg. Durant sa captivité, Hernâni Cidade organise des conférences littéraires pour les officiers détenus. Retour et carrière intellectuelle Au début du XXe siècle, Hernani António Cidade est le témoin privilégié de l’apparition de la nouvelle génération d’artistes portugais. Ils se réunissent dans les cafés littéraires, comme «Brasileira», à Lisboa. En 1915, Hernani Cidade consacre un chapitre à ce café dans son «Inquérito à Vida Literária Portuguesa». Le 27 janvier 1919, revenu de captivité, il part du P.E. (Pelotão Estafeta), spécialement affecté aux transmissions, pour se rendre au quartier d’artillerie afin d’y récupérer ses bagages. Il quitte la France par voie terrestre le 1er février 1919 et quitte officiellement l’effectif du CEP le 8 février. De retour au Portugal, il entame une brillante carrière universitaire. Dès son retour, en 1919, il devient membre de la Faculté des Lettres de l’Université de Porto, jusqu’en 1930, lorsque le régime de Salazar met fin à ce pôle d’innovation intellectuelle. Invité à rejoindre l’Université de Lisboa, il préfère passer le concours plutôt que de bénéficier d’un passe-droit. Il collabore notamment à la Revue des Centenaires (1939-1940) et à la revue Litoral (1944-1945). Il devient l’un des plus grands spécialistes de Luís de Camões, consacrant sa vie à l’étude de son œuvre, en particulier «Os Lusíadas». En 1995 la Mairie de Redondo, pour honorer sa mémoire, crée un prix littéraire au nom de Hernâni Cidade dont le but est de stimuler la production littéraire en langue portugaise. Distinctions et œuvres Il est successivement Commandeur, Grand Officier, puis Grand-Croix de l’Ordre de Sant’Iago de l’Épée. En 1961, il est élu membre non brésilien de l’Académie brésilienne des lettres. Œuvres principales : – A expansão ultramarina e a literatura portuguesa (1943) – Camões em Lisboa e Lisboa nos Lusíadas (1972) – Portugal histórico-cultural (1972) . Hernâni António Cidade incarne une figure rare : celle du soldat héroïque et de l’intellectuel engagé. Officier milicien injustement sous-estimé par certains de ses contemporains, il fait preuve d’un courage exceptionnel sur le champ de bataille et d’une rigueur intellectuelle remarquable dans sa vie académique. Opposé à la dictature de Salazar, il s’éteint le 2 janvier 1975, moins d’un an après la Révolution des Œillets, avec comme regret que les communistes aient pris le pouvoir au Portugal. Hernani António Cidade laisse derrière lui l’image d’un homme qui a servi son pays les armes à la main et la plume au cœur.