Livros: «Chronique d’une désertion. Portrait d’un pays» de Fernando Mariano Cardeira


Avec «Chronique d’une désertion. Portrait d’un pays», de Fernando Mariano Cardeira, traduit par Dominique Stoenesco et publié en décembre 2025, les Éditions Pétra s’enrichissent d’un nouveau titre consacré à un auteur du monde lusophone.

Fernando Mariano Cardeira est né dans le village de Fanhais, près de la ville de Nazaré (Portugal), en 1943. Après des études secondaires, il entre à l’École Militaire, puis à l’Institut Supérieur Technique de Lisboa, en 1965. Opposé à la politique coloniale, en 1968 il démissionne de l’École Militaire. En avril 1969 il doit interrompre ses études d’Ingénieur. Ayant reçu l’ordre de mobilisation pour la guerre coloniale en Guinée-Bissau, il décide de déserter, avec un groupe d’autres officiers du contingent et passe la frontière «a salto» – clandestinement – par les montagnes du Gerês, au nord du Portugal, le 23 août 1970, avant de demander l’asile politique en Suède.

Le témoignage passionnant de Fernando Mariano Cardeira, nous entraîne au cœur des évolutions de la société et de l’armée au Portugal qui ont abouti à la chute du régime salazariste le 25 avril 1974 et mis fin à près de cinquante ans de dictature et à la guerre coloniale qu’elle menait dans ses possessions d’Afrique depuis 1961.

Ce récit permet de suivre dix jeunes officiers qui eurent le courage de déserter en août 1970 et les quatre années d’exils en Suède de six d’entre eux. Au fur et à mesure de la prolongation d’une guerre sans issue et de moins en moins légitime, on vit se multiplier les refus d’incorporation, les absences lors de la mobilisation et une minorité, notable, de désertions. Ce témoignage est précieux car pendant longtemps et encore aujourd’hui, rares furent les acteurs qui décidèrent de témoigner. En suivant les étapes de l’évolution personnelle de Fernando Mariano Cardeira, nous comprenons l’étouffement politique et culturel de la dictature et les refus du régime et de la guerre coloniale.

Le monde villageois de l’enfance de l’auteur était le Portugal pauvre et traditionnaliste, celui de la grande majorité du pays figé dans un XIXe siècle économique et social sans espoir. Puis le jeune élève-officier et étudiant à Lisboa, découvre le monde urbain et universitaire d’un Portugal très différent et qui, malgré la censure et la répression de la police politique (PIDE), était traversé par tous les courants d’un monde occidental en pleine évolution, autour des espoirs de 1968 et des oppositions à la guerre au Vietnam.

Au Portugal, le refus de la guerre coloniale se retrouvait à tous les niveaux de la société, sous des formes diverses. Ce fut une des causes de l’accélération de l’émigration et de l’exil de nombreux jeunes, réfractaires, insoumis et déserteurs. Mais les cas de désertion de jeunes militaires déjà incorporés, comme l’auteur et ses camarades, ont été plus rares. La désertion s’avéra pleine d’incertitudes et leurs années d’exil furent remplies de contradictions, d’espoirs et de déceptions, de solidarités amicales et internationales dans toute l’Europe avec l’organisation de comités d’aide aux déserteurs et aux réfugiés politiques, en particulier en Suède qui leur accorda le refuge politique.

L’auteur put ébaucher une vie familiale, avec sa femme et leur bébé, mais qui restait pleine d’incertitudes, avec leur correspondance sous la surveillance de la PIDE.

Fernando Mariano Cardeira rentra au Portugal au lendemain du 25 avril et il fut au cœur de la Révolution dans les services de la radio-télévision aux moments les plus «chauds» de 1975, jusqu’au renversement des forces politiques après le 25 novembre.

Le livre «Chronique d’une désertion. Portrait d’un pays» fera l’objet d’une rencontre-débat, en présence de l’auteur, et en partenariat avec l’Association Mémoire Vive, le mercredi 25 mars, à 18h30, à la Maison du Portugal André de Gouveia (Cité Internationale Universitaire de Paris).

.

Marie-Christine Volovitch-Tavares

Dominique Stoenesco