Norberto Figueiredo Salgueiro : captivité, troubles mentaux et mémoire d’un officier portugais de la Grande Guerre

Grâce au manuscrit de Mário Silvio Ribeiro de Menezes (lire ICI et ICI), on sait que le lieutenant Norberto Figueiredo Salgueiro présentait des signes d’aliénation mentale pendant sa captivité en Allemagne.

Parmi les officiers français emprisonnés figurait le Capitaine «De Meunesses», le plus gradé des officiers détenus dans le camp, qui demanda la libération du Lieutenant Norberto Figueiredo Salgueiro en raison de son état mental préoccupant.

La captivité et ses conséquences psychologiques

Pendant la I Guerre mondiale, l’Allemagne a détenu plus de 2,5 millions de prisonniers de guerre (français, russes, britanniques, belges, italiens, etc.) dans un vaste réseau de camps.

On sait qu’il y eut des suicides et de nombreux cas de troubles mentaux parmi les prisonniers, bien qu’il soit difficile d’en déterminer le nombre exact, même si certaines institutions furent ouvertes en France pour accueillir ces soldats à leur retour.

La durée indéterminée de la captivité, les conditions de vie extrêmement dures dans certains camps (froid, faim, promiscuité), les humiliations, les punitions disciplinaires ainsi que le choc psychologique du combat constituaient un terrain propice au développement de troubles psychiques.

Sources et contradictions documentaires

Lors de la consultation des informations concernant les prisonniers portugais pendant la I Guerre mondiale, certaines données apparaissent parfois contradictoires.

Concernant Norberto Figueiredo Salgueiro, quatre fiches de captivité sont connues : PP 1048, PP 470, PP 1285 et PP 1289.

L’une d’elles indique qu’il est capturé à Armentières, tandis qu’une autre précise une capture le 9 avril 1918, jour de la Bataille de La Lys, à Neuve-Chapelle. C’est bien à Neuve-Chapelle qu’il a été fait prisonnier. Notons toutefois que sur certains récits de l’époque, au lieu de nommer Bataille de La Lys, on évoque le nom d’Armentières.

Ces fiches mentionnent le grade du prisonnier, son Régiment d’appartenance, sa date et son lieu de naissance, ainsi que le nom de ses parents.

Il est établi que le 29 mai 1918, le Lieutenant Norberto Figueiredo Salgueiro était interné au Camp de Stendal, camp principal pour soldats, situé dans la province de Saxe, au nord de Brandebourg.

De là, il fut transféré vers le camp de Breesen, réservé spécifiquement aux officiers.

À la suite d’une demande familiale, le Comité de secours de Lausanne informe la famille, en date du 12 janvier 1919, que Norberto Figueiredo Salgueiro est hospitalisé pour raison d’«aliénation mentale».

Cependant, dans la liste des prisonniers portugais du Camp de Parchim (Mecklembourg), situé non loin du Camp d’Havelberg, au sud-ouest de Schwerin, à environ 20 km de la Baltique, il est indiqué qu’il est hospitalisé pour des troubles liés à une colostomie à la même date.

Parcours militaire et captivité

Norberto Figueiredo Salgueiro est né le 3 février 1888 à Espírito Santo de Nisa. Il est le fils de José Maria Salgueiro, officier d’administration du canton, et d’Emília Figueiredo.

Marié à Maria Angelina Dinis Figueiredo Salgueiro, le couple résidant Praça da República, à Abrantes.

Il quitte Lisboa relativement tardivement, le 11 janvier 1918, par voie terrestre. Lieutenant au RI 22, il se présente à Paris aux représentants du CEP le 21 janvier, rejoint les écoles du CEP pour instruction, puis intègre le BI 22 le 6 mars.

Le 27 mars, il est hospitalisé à l’ambulance n°3, en sort le lendemain avec une autorisation de six jours de convalescence, puis rejoint le BI 10 le 5 avril.

Le 9 avril 1918, il est engagé dans la Bataille de La Lys. Blessé par des éclats de grenade, il est fait prisonnier.

Il est hospitalisé dans un Camp allemand à Strasbourg début septembre 1918, puis arrive au Camp de Breesen le 23 septembre.

Par recoupement de données, il semblerait que Norberto Figueiro Salgado ai passé successivement par les camps de prisonniers de Stendal, Strasbourg, Breesen et Parchim.

Libération, rapatriement et suites médicales

Libéré le 5 avril 1919 du camp allemand, arrivé en France il est transféré au Casualty Clearing Station (hôpital d’évacuation britannique) le 17 avril, avant de rejoindre le HBI le 28 avril.

Il y est alors conclu que Norberto Figueiredo Salgueiro doit être rapatrié au Portugal et hospitalisé dans un établissement psychiatrique. Cela prendra un certain temps.

Après plusieurs hospitalisations, il embarque finalement le 25 juin 1919 à bord du navire Gil Eanes de Cherbourg, arrivant à Lisboa le 29 juin.

Présenté devant une commission hospitalière le 1er juin, il se voit attribuer 50 jours de permission.

Mémoire publique et reconnaissance

L’«Ilustração Portuguesa» du 18 août 1919 évoque les «Fêtes de la Paix» à Castanheira de Pêra et à Niza, précisant que «les fêtes de la paix célébrées à Niza et à Castanheira de Pêra étaient simples, mais d’une grandeur inhabituelle».

L’article décrit des chants patriotiques, des distributions de repas aux soldats et à 120 pauvres, ainsi que la présence de soldats expéditionnaires lors des cérémonies. Parmi eux figure le sous-Lieutenant Norberto Figueiredo Salgueiro, fait prisonnier par les Allemands lors de la Bataille du 9 avril 1918. C’est à Norberto Figueiredo Salgueiro qu’on demande de décorer de la Croix de Guerre, le soldat José Maria Quintino, devant une foule nombreuse et enthousiaste.

Le lieutenant Norberto Figueiredo Salgueiro meurt le 29 septembre 1949, à l’âge de 61 ans.

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Le parcours du lieutenant Norberto Figueiredo Salgueiro illustre de manière poignante les conséquences humaines et psychologiques de la captivité durant la I Guerre mondiale. Entre blessures de guerre, détention prolongée, troubles mentaux et reconnaissance publique contrastée, son histoire met en lumière une réalité souvent occultée : celle des séquelles invisibles laissées par le conflit. À travers les archives, les témoignages et la mémoire collective, se dessine le destin d’un officier marqué à jamais par la guerre.