108 ans après sa mort, une famille retrouve la trace de son ancêtre portugais à Richebourg

Une photographie de famille, une histoire longtemps restée mystérieuse et, finalement, une tombe retrouvée 108 ans après la mort d’un soldat portugais. L’histoire d’Albino José de Sousa Gonçalves illustre à la fois la mémoire familiale et les destins encore méconnus de milliers de Portugais engagés dans le Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) pendant la I Guerre mondiale.

Albino José de Sousa Gonçalves est né le 30 mars 1895 à Outeiro, Telões (Vila Pouca de Aguiar), au Portugal. Fils d’António José Gonçalves et de Miquelina Rosa de Sousa, il embarque à Lisboa le 22 avril 1917 pour rejoindre les forces portugaises envoyées en France.

Quelques mois plus tard, le 9 octobre 1918, il est admis à l’Hôpital Portugais n°8, à la suite de blessures provoquées par un accident. Il meurt quatre jours plus tard, le 13 octobre 1918, des suites de ses blessures. Il est alors âgé de seulement 22 ans.

Dans un premier temps, Albino José de Sousa Gonçalves est inhumé au Cimetière d’Herbelles, tombe n°8. Des photographies prises entre le printemps et l’automne 1918 témoignent d’ailleurs de la présence de l’armée portugaise à Herbelles et de l’activité de l’hôpital.

Après son exhumation, ses restes sont transférés au Cimetière militaire portugais de Richebourg, où il repose désormais dans la partie C, rangée 11, tombe 18 (C-11-18).

C’est là que se trouve aujourd’hui la réponse à une question que sa famille se posait depuis des générations : où Albino José de Sousa Gonçalves avait-il été enterré ?

Une tombe retrouvée après plus d’un siècle. Pour la famille, cette découverte revêt une dimension particulière. Pendant longtemps, on savait seulement qu’un membre de la famille était mort alors qu’il était soldat. Les circonstances précises de son décès et surtout le lieu où il reposait étaient restés incertains.

108 ans après sa mort, sa famille sait désormais où se trouve sa tombe.

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Mais cette redécouverte est aussi accompagnée d’un constat préoccupant. La pierre tombale d’Albino José de Sousa Gonçalves est aujourd’hui dans un état d’usure très important. Les inscriptions qui devraient permettre d’identifier le soldat ne sont plus visibles, le temps a effacé les informations gravées dans la pierre. Le remplacement de cette pierre apparaît donc nécessaire, comme cela semble malheureusement être le cas pour des centaines d’autres tombes de soldats portugais. Préserver ces sépultures, c’est aussi préserver les noms et les histoires de ceux qui sont morts loin de leur pays.

Pour la famille Ferreira, la découverte de la tombe est le résultat de recherches entreprises à partir d’une simple photographie conservée dans une maison familiale au Portugal.

C’est Philippe Ferreira, qui nous parle de son grand-oncle, oncle de son père, Albino José de Sousa Gonçalves : «À chaque fois que je passais devant, je me demandais qui était cette personne».

Mais faisons connaissance avec Philippe Ferreira :

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Philippe Ferreira pouvez-vous nous présenter brièvement votre parcours ? Où vivez-vous et quelle est votre métier ?

Je suis originaire de Pézenas, dans l’Hérault. Je suis né ici et je travaille aujourd’hui comme employé de Mairie.

Vos parents sont originaires du Portugal. Ce sont eux qui sont venus s’installer en France ?

Oui, ce sont mes parents qui sont venus habiter en France. Mon père est arrivé en 1974, juste avant que la dictature au Portugal ne tombe.

Depuis combien de temps l’histoire de, Albino José de Sousa Gonçalves, vous intrigue-t-elle ?

Cela fait très longtemps. On a une photo de famille au Portugal, affichée dans le couloir. À chaque fois que je passais devant, je me demandais qui était cette personne et ce qui lui était arrivé. Un jour, on m’a raconté une partie de son histoire. On savait qu’il était mort, mais pas forcément à la guerre. On disait simplement qu’il était mort à l’armée, et puis, cette année, je me suis vraiment intéressé à cette photographie. Grâce à Internet et à l’intelligence artificielle, j’ai réussi petit à petit à remonter dans son histoire.

Et vos recherches vous ont ensuite permis de retrouver d’autres informations, jusqu’à son lieu d’inhumation ?

Oui, exactement. Et grâce à vous aussi, j’ai pu retrouver tout le reste.

La maison familiale dans laquelle votre grand-oncle a vécu existe-t-elle toujours ?

Oui, elle existe encore, elle est juste à côté de la nôtre. Et il y a encore de la famille qui y vit.

Dans quel village se trouve-t-elle ?

Le village s’appelle Outeiro.

Avant cette année, vous ne saviez donc pas vraiment ce que représentait cette photographie. Savez-vous comment elle est arrivée dans la maison ? Comme Albino est habillé en soldat, est-il possible qu’elle ait été envoyée de France au Portugal ?

Oui, c’est exactement ce que je pense. La photo a toujours été affichée dans la maison depuis qu’on l’a. Ma grand-mère avait acheté cette maison et je pense que la photographie vient de la guerre.

Vous n’avez jamais essayé d’ouvrir le cadre pour regarder s’il y avait quelque chose derrière ?

Si, mais il n’y a rien de marqué derrière.

L’histoire concernant votre grand-oncle s’est-elle transmise dans la famille ?

Pas vraiment. Comme je vous l’ai dit, je savais simplement qu’il était mort par accident. On racontait qu’un soldat portugais l’aurait tué accidentellement. C’est la seule chose que nous savions.

Vous n’étiez donc pas le seul à vous être interrogé sur cette histoire ?

Non. Depuis que vous m’avez aidé à retrouver les informations, j’en ai parlé à la famille au Portugal. Ils m’ont tous dit qu’ils s’étaient intéressés à cette histoire à un moment ou à un autre, mais qu’il était très compliqué de faire des recherches sans Internet. J’ai même une tante qui est venue en France, dans les environs de Paris, elle pensait être dans le bon cimetière et elle a cherché, mais elle ne l’a jamais retrouvé.

Elle était donc venue spécialement à la recherche de sa tombe ?

Oui.

Avant de commencer vos propres recherches, saviez-vous que le Portugal avait participé à la I Guerre mondiale ?

Oui, je savais que le Portugal avait participé, mais je ne savais pas qu’il existait un Cimetière portugais en France.

Vous avez ensuite pu consulter sa fiche dans les archives historiques et obtenir des informations beaucoup plus précises…

Oui, c’est ça. J’ai pu retrouver les dates exactes, des informations sur son départ et sur les circonstances de son accident. C’est vrai que ce document historique est vraiment important pour la famille. «Maintenant, on a son nom complet, sa date de naissance, sa date de décès». Je ne sais d’ailleurs pas si sa mère et son père avaient eu ce document entre les mains à l’époque. Je ne sais pas. C’était peut-être compliqué d’obtenir ce genre de papier.

Votre famille savait donc qu’elle avait perdu un enfant, mais elle n’avait peut-être jamais eu toutes les informations permettant de savoir précisément ce qui lui était arrivé et où il reposait.

C’est ça.

Le fait d’avoir enfin retrouvé toutes ces informations représente quelque chose d’important pour vous et pour votre famille ?

Ah oui, c’est super important ! On avait une image, on avait sa photo, maintenant, on a son nom complet, sa date de naissance, sa date de décès et on sait exactement ce qui s’est passé. C’est super !

Et désormais, vous savez aussi où il repose, à Richebourg, dans le Cimetière militaire portugais.

Oui. C’est vraiment important pour nous.

Y a-t-il encore des choses que vous aimeriez savoir sur lui ?

Moi, je suis passionné par la guerre en général, la Première comme la Seconde Guerre mondiale. J’aurais vraiment aimé savoir exactement ce qui s’est passé. Je pense que ça risque d’être compliqué, mais je vais continuer à chercher pour voir s’il n’y a pas encore quelque chose à découvrir.

Au-delà de votre propre curiosité, à quoi ces découvertes peuvent-elles servir selon vous ?

Les découvertes récentes m’incitent à aller plus loin dans la recherche, découvertes que je transmets à la famille et j’espère un jour transmettre à mes enfants quand ils seront plus grands

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Combien de familles ignorent encore où reposent leurs ancêtres ?

L’histoire d’Albino José de Sousa Gonçalves ne se résume finalement pas à la découverte d’une tombe. Elle raconte la manière dont une photographie dans une maison familiale peut, plus d’un siècle plus tard, permettre de renouer avec une histoire interrompue.

Pendant 108 ans, sa famille a conservé son image sans savoir précisément où reposaient ses restes. Aujourd’hui, Philippe Ferreira connaît le parcours de son ancêtre, soldat du CEP, Albino José de Sousa Gonçalves, les circonstances de sa mort et, surtout, le lieu où il peut désormais venir se recueillir.

Mais combien d’autres familles portugaises se trouvent encore dans la même situation ? Combien de descendants savent qu’un grand-père, un arrière-grand-père, un grand-oncle ou un autre membre de leur famille a combattu en France pendant la l Guerre mondiale, sans savoir qu’il repose aujourd’hui à Richebourg ?

Et combien ignorent encore que les restes de leur ancêtre soldat se trouvent dans ce Cimetière militaire portugais, à quelques centaines de kilomètres des lieux où leur histoire familiale s’est poursuivie ?

La tombe d’Albino José de Sousa Gonçalves nous rappelle enfin une autre urgence : retrouver les noms ne suffit pas, encore faut-il pouvoir les lire et les préserver. Lorsque les inscriptions disparaissent des pierres tombales, c’est une partie de cette mémoire qui risque, elle aussi, de s’effacer.

Pour Albino, la famille Ferreira a retrouvé le chemin de sa tombe. Pour combien d’autres soldats portugais cette histoire reste-t-elle encore à écrire ?

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