Frédéric Dumoulin a cherché son arrière-grand-père portugais pendant 43 ans: 108 ans après, il reçoit sa photo et ses médailles

Six mois après avoir retrouvé son arrière-grand-père portugais, Frédéric Dumoulin a découvert bien plus qu’un nom: une famille. Une photographie envoyée en 1918 depuis la France, les médailles d’un officier portugais et un voyage au Portugal ont transformé une quête de 43 ans en une histoire humaine qui continue de s’écrire.

Il y a quelques mois, LusoJornal racontait l’incroyable histoire de Frédéric Dumoulin (lire ICI), parti pendant 42 ans à la recherche de son arrière-grand-père portugais.

Une recherche qui semblait presque impossible: Frédéric ne connaissait ni son prénom, ni son nom, ni son régiment, ni même son visage. Il savait seulement qu’un officier portugais du Corps Expéditionnaire Portugais avait rencontré son arrière-grand-mère dans le Pas-de-Calais pendant la I Guerre mondiale.

La recherche d’une aiguille dans une botte de foin

Pendant 43 ans, Frédéric Dumoulin a des moments de doute, toutefois il n’abandonne pas, et le 9 janvier 2026, grâce à l’ADN et à une rencontre génétique providentielle, le nom de son ascendant portugais apparaît: António Baptista de Carvalho, né en 1888 à Ponte de Sor, officier portugais devenu plus tard, Général de brigade.

Cette découverte aurait pu être la fin de l’histoire, elle n’était en réalité que le début d’une nouvelle aventure.

Après ces années de recherches, Frédéric Dumoulin s’est rendu au Portugal au mois de mai, il voulait bien sûr marcher sur les traces de son arrière-grand-père, découvrir les lieux où il avait vécu, notamment à Lisboa et à Ponte de Sor, et se recueillir sur sa tombe au cimetière d’Ajuda (Lisboa).

Le voyage n’est pas seulement un voyage généalogique, il y a désormais des cousins portugais, des hommes et des femmes dont il ignorait totalement l’existence quelques mois auparavant et qui, grâce à l’ADN, étaient soudain devenus des membres de sa famille, une rencontre avec une partie de sa propre histoire, restée au Portugal pendant plus d’un siècle.

Cette rencontre allait lui réserver de très belles surprises.

Le plus beau des cadeaux: une photographie de 1918

Parmi les cadeaux reçus de ses cousins portugais, il y en a un, envoyé en juin par Ana Adegas et sa mère Gabriela, qui possède une valeur toute particulière: une photographie, envoyée de France le 9 mars 1918, un mois juste avant la Bataille de La Lys, par António Baptista de Carvalho à son père, vivant à Ponte de Sor. Sur le cliché, l’Officier portugais apparaît à gauche, au côté de son aide de camp, le Lieutenant Pereira dos Santos.

À l’époque, personne ne pouvait imaginer que cette photographie allait traverser trois générations et revenir un jour en France. Cent huit ans plus tard, elle a fait le chemin inverse, elle est désormais chez Frédéric. Ce simple cliché est devenu l’un des objets les plus précieux de son histoire familiale. «Mes cousins portugais m’ont fait le plus beau des cadeaux d’anniversaire», raconte-t-il.

Cette photographie est probablement l’une des rares images datant de la I Guerre mondiale permettant aujourd’hui à Frédéric de regarder le visage de cet homme qu’il a cherché pendant plus de quatre décennies

De la photographie aux médailles

Mais les cousins portugais ne se sont pas arrêtés là. Après la photographie, Frédéric a reçu les médailles de son arrière-grand-père, offertes par sa petite-fille, Isabel. Le symbole est puissant. Pendant des décennies, Frédéric n’avait rien, pas de photographie, pas d’objet ayant appartenu à António Baptista de Carvalho, pas de souvenir transmis directement de cette branche portugaise, aujourd’hui, les médailles sont dans sa maison et elles ont une place particulière. «Je suis vraiment gâté par mes cousins portugais!», confie-t-il. Il suffit de regarder la photographie prise avec le cadre entre les mains de Frédéric pour comprendre l’émotion.

António et Marie enfin réunis

Il y a aussi, dans cette histoire, un détail particulièrement émouvant. La photographie et les médailles d’António Baptista de Carvalho ont désormais trouvé leur place dans la maison de Frédéric, non loin de la photographie de sa fille Marie, grand-mère de Frédéric Dumoulin, celle qui était née en 1919 sans père déclaré, celle qui n’avait jamais connu son père biologique, elle qui avait vécu avec ce secret familial et qui est décédée en 1986, bien avant que son petit-fils ne puisse résoudre l’énigme.

Frédéric écrit aujourd’hui: «Six mois après avoir enfin découvert mon arrière-grand-père portugais, António Baptista de Carvalho, le voici désormais en bonne place dans ma maison, non loin de sa fille Marie». Cette phrase résume peut-être mieux que tout autre témoignage le chemin parcouru. Père et fille ne se sont jamais connus, mais 108 ans après, leurs photographies sont enfin réunies.

L’ADN a permis de retrouver un nom, mais ne peut raconter toute l’histoire.

Frédéric le disait déjà dans son premier témoignage: même après avoir identifié António Baptista de Carvalho, il ne saura probablement jamais exactement quelles furent les circonstances de sa rencontre avec Julienne, son arrière-grand-mère. Était-ce une relation brève? Une histoire d’amour? Une rencontre de quelques jours? L’Histoire a gardé ce secret et peut-être est-ce aussi ce qui rend cette quête si particulière, car Frédéric n’a pas seulement retrouvé un ancêtre, il a dû accepter qu’une partie de l’histoire resterait à jamais inconnue, mais désormais, il possède autre chose: des traces concrètes, une famille qui grâce à l’ADN s’est élargie.

Et des souvenirs qui peuvent être transmis aux générations futures.

Une nouvelle famille après 108 ans de silence, c’est sans doute la plus belle surprise de cette aventure.

Frédéric était parti à la recherche d’un homme… il a découvert une famille.

Ses cousins portugais ne sont plus seulement des correspondances génétiques sur un écran d’ordinateur, ils sont devenus des personnes avec lesquelles il partage des souvenirs, des émotions et désormais une histoire familiale commune.

Le voyage de mai a permis de donner un visage à ces liens et peut-être aussi de transformer définitivement ce qui n’était au départ qu’une recherche généalogique.

Des milliers de soldats portugais sont venus combattre en France, la grosse majorité est repartie au Portugal après la fin de la guerre, certains, comme António, ont peut-être laissé derrière eux une descendance dont ils n’ont jamais eu connaissance. Plus d’un siècle plus tard, l’ADN permet parfois de faire ressurgir ces histoires.

«Il ne faut jamais abandonner»?

Frédéric aurait pu abandonner, après dix ans, après vingt ans, après trente ans, même après la mort de sa grand-mère, il aurait pu considérer que l’histoire était définitivement inaccessible… Il a continué et aujourd’hui, lorsqu’il regarde la photographie de son arrière-grand-père ou les médailles qu’il a reçues de ses cousins portugais, il peut mesurer le chemin parcouru.

Cette histoire est aussi une leçon de patience, elle démontre que certaines énigmes familiales peuvent sembler insolubles pendant des décennies avant qu’un nouvel indice, une nouvelle technologie ou simplement une rencontre permette de tout faire basculer.

Il faut donc parfois continuer à chercher, comme quoi, certaines histoires ne disparaissent jamais vraiment. Elles attendent simplement que quelqu’un ait la patience, le courage et la persévérance pour les retrouver.

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