À Roubaix, le portrait créé par Vhils n’est plus qu’un souvenir

Dans le cadre d’un inventaire de la présence artistique portugaise dans les Hauts-de-France, une visite au 57 rue Marie-Buisine à Roubaix s’imposait. C’est là qu’en 2017, l’artiste portugais Vhils avait réalisé une œuvre singulière dans le cadre de l’exposition «Street Generation(s)», portée par «La Condition Publique». Aujourd’hui, l’œuvre a disparu: les maisons ont été abattues et le 57 n’est plus qu’un terrain vague. Seule une chaise abandonnée occupe l’emplacement, un terrain vague évoquant pour nous… une chanson de Renaud, «Laisse béton»: «T’as des bottes, mon pote / Elles me bottent / J’parie qu’c’est des Santiags / Viens faire un tour dans l’terrain vague».

Cette disparition brutale rappelle la nature même du street art. Depuis deux à trois décennies, cet art urbain s’approprie les murs de nos villes, investissant fréquemment des façades ou des maisons à l’abandon. En choisissant la rue comme galerie, l’artiste accepte le contrat implicite de l’éphémère: son travail est voué à subir les dégradations du temps, le recouvrement ou la démolition. L’œuvre devient presque jetable, inscrivant son existence dans un cycle court où la trace prime sur la pérennité.

Une œuvre atypique dans le parcours de l’artiste

Alexandre Farto, dit Vhils, né en 1987 au Portugal, s’est fait connaître internationalement par une technique de soustraction: au lieu de peindre, il creuse le mur au burin, au marteau-piqueur ou à l’acide pour révéler des visages à travers les couches de matière. Son credo: détruire pour créer.

À Roubaix, Vhils avait pourtant dérogé à sa méthode habituelle. Sans burin ni acide, il avait utilisé l’aérosol directement sur le mur de briques rouges. Le portrait apparaissait en négatif, composé d’une multitude de traces blanches donnant l’illusion d’une surface grattée, une œuvre qui sort, née dans la brique. En ajoutant de la peinture, il recréait l’effet visuel de la matière retirée, offrant une réflexion sur le fragment, l’effacement et la mémoire.

La mémoire d’un mur

Installée au cœur du quartier du Pile, haut lieu du passé textile et industriel roubaisien, cette fresque résonnait fortement avec l’histoire locale. Le mur n’était pas un simple support, mais un composant à part entière du portrait.

Si la brique et le visage ont aujourd’hui laissé place au vide, la démarche de Vhils conserve toute sa cohérence. En acceptant que la ville se transforme et efface ses créations, l’artiste portugais rappelle que l’art urbain est un organisme vivant. L’œuvre du 57 rue Marie-Buisine n’existe plus physiquement, subsiste-t-il dans la mémoire collective du quartier? À cartographier comme un bien disparu?

Le street-art questionne. Vhils a commencé par faire des graffitis dans les années 2000, et, à seulement 21 ans, en 2008 il est invité par Banksy au Cans Festival à Londres. Son portrait sculpté à même le mur, exposé à côté d’une œuvre de Banksy, fait la une du journal The Times et lance sa carrière mondiale.

Au quartier du Pile à Roubaix son œuvre n’est plus là, bien d’autres s’affichent sur des murs se mélangeant parfois à des graffitis. Où s’arrête l’un pour devenir l’autre? Des bouts de murs séparant les deux Allemagnes sont exposés, ont été vendus à prix d’or. Le bout de mur du 57 rue Marie Buisine à Roubaix ne mériterait pas d’être conservé et exposé?

Avec la disparition de l’œuvre de Vhils, tout le street-art portugaise à Roubaix n’a pas disparu, il en reste un portrait gigantesque réalisé par João Samira dont nous avons publié l’article (lire ICI) et une peinture encore plus impressionnante, de 35 mètres sur 15 mètres, de Pantonio, objet d’un futur article.

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