À l’occasion de la Journée de Solidarité et du Patrimoine de la Culture Bissau-Guinéenne, organisée à Roubaix, ce samedi 26 septembre et qui marque à la fois la proclamation de l’indépendance, le 24 septembre 1973 et la reconnaissance par le Portugal le 10 septembre 1974, LusoJornal a rencontré Umaro Darama, journaliste et secrétaire général de l’Association Guinée-Bissau de Solidarité, à l’initiative de l’évènement.
Umaro Darama, installé en France depuis 2016, continue à travailler dans le domaine de la communication et œuvre également à l’accompagnement des ressortissants bissau-guinéens et, plus largement, des communautés lusophones.
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Umaro Darama, parlez-nous de votre parcours avant d’arriver en France.
Je suis arrivé en France en 2016. Avant cela, j’avais déjà une activité professionnelle à Guinée-Bissau dans le domaine du journalisme. Depuis 2010, je travaillais comme journaliste et animateur à la radio Sintchan Occo, une des plus emblématiques de Guinée-Bissau.
Gardez-vous toujours un lien avec votre pays d’origine?
Oui, absolument. Depuis mon arrivée en France, j’ai toujours conservé des liens avec la Guinée-Bissau. Je continue à travailler dans le domaine des médias et à réaliser des reportages sur les activités de la Communauté bissau-guinéenne, notamment dans les domaines culturel et sportif, en France et dans différents pays européens.
Vous êtes également engagé dans le milieu associatif. Pouvez-vous nous présenter votre association?
L’Association Guinée-Bissau de Solidarité, installée à Roubaix, a été fondée en novembre 2010. Son principal objectif est la solidarité et l’accompagnement des personnes dans leurs démarches d’intégration en France. Nous savons que lorsqu’une personne quitte la Guinée-Bissau ou un autre pays pour venir vivre en France, elle peut rencontrer de nombreuses difficultés. Cela peut concerner la santé, la situation sociale, les démarches administratives, les questions juridiques ou encore les problèmes liés aux documents de séjour. Notre rôle est donc d’accompagner les personnes, de les orienter et de leur expliquer comment fonctionne l’administration française, afin qu’elles puissent mieux s’intégrer.
Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés rencontrées par les Guinéens de Guinée-Bissau en France?
La principale nécessité est l’accompagnement dans l’intégration. Beaucoup de personnes ont besoin d’être orientées pour comprendre les démarches administratives françaises. L’accès aux documents est également une question importante: titre de séjour, résidence, démarches liées à la famille ou à d’autres situations administratives. Nous essayons donc d’aider les personnes à mieux comprendre leurs droits et les démarches qu’elles doivent effectuer.
Avez-vous une idée du nombre de ressortissants bissau-guinéens vivant en France?
Je n’ai pas de chiffre précis concernant l’ensemble de la France. Nous savons toutefois qu’après le Portugal, la France est l’un des principaux pays européens où vit la communauté bissau-guinéenne (*). Dans le Nord de la France, il existe notamment une Communauté à Roubaix, Lille, Dunkerque, Arras et dans d’autres villes de la région. On observe également des mouvements de population liés à la situation au Royaume-Uni. Certains ressortissants qui vivaient auparavant en Angleterre sont venus s’installer dans le Nord de la France, qui est géographiquement proche du Royaume-Uni.

Votre association est-elle la seule association bissau-guinéenne dans le Nord de la France?
À notre connaissance, l’Association Guinée-Bissau de Solidarité est la principale association qui accompagne spécifiquement les ressortissants bissau-guinéens dans le Nord de la France. Nous avons néanmoins des contacts avec d’autres associations en France, notamment à Paris, ainsi qu’avec des organisations présentes dans d’autres régions et en Belgique. Au niveau local, nous sommes également membres de réseaux associatifs à Roubaix, notamment la Fédération des Associations Laïques (FAL), et nous travaillons avec différentes associations de la ville.
Comment fonctionne concrètement votre association?
Nous avons un bureau au sein de la Maison des Associations de Roubaix, située au 24 place de la Liberté, nous y tenons des permanences qui permettent aux personnes de venir nous rencontrer et de parler de leurs difficultés. Notre action ne s’arrête pas aux personnes qui peuvent se déplacer. Lorsqu’une personne est hospitalisée, rencontre des difficultés sociales ou ne peut pas venir jusqu’à la Maison des Associations, nous essayons de nous déplacer pour l’accompagner. C’est cela aussi, la solidarité : aller vers les personnes qui ont besoin d’aide.
Vous êtes également très actif dans la promotion de la culture bissau-guinéenne…
Oui. La culture est très importante pour nous. À chaque événement auquel nous participons, nous essayons de présenter la culture de la Guinée-Bissau, notamment sa gastronomie, sa musique, ses danses et ses traditions. Nous voulons montrer la richesse de cette culture au public français, mais aussi aux autres Communautés africaines et lusophones.
La musique bissau-guinéenne a également une histoire importante en France.
Tout à fait. La musique de Guinée-Bissau a une longue histoire et plusieurs artistes ont contribué à sa diffusion en Europe. Des groupes et des musiciens comme Super Mama Djombo, Tabanka Djaz ou encore d’autres artistes bissau-guinéens ont marqué cette histoire. Certains musiciens vivent ou ont vécu en France et ont participé à différentes activités organisées par notre association. Pour l’événement que nous avons organisé ce samedi 26 septembre, nous avons notamment invité des représentants de la musique bissau-guinéenne, notamment Masta Collie, l’un des pionniers du reggae de Guinée-Bissau. Nous avons eu également la présence de DJ Ivano, qui vit à Roubaix et qui est bien connu dans la Communauté africaine du Nord de la France.




Parlez-nous justement de cette Journée de Solidarité et du Patrimoine de la Culture Bissau-Guinéenne.
Ça a été un événement important pour nous, nous avons associé la culture, la solidarité, la musique, la gastronomie et le sport. Le programme a débuté par une matinée sportive réunissant plusieurs équipes de Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Nigeria et la République démocratique du Congo. À 18h00, le Théâtre Pierre de Roubaix a accueilli le nombreux public. Ce dernier a pu goûter différentes spécialités de la restauration traditionnelle bissau-guinéenne et lusophones. Il y a eu également des animations musicales, des discours et des conférences consacrés notamment aux 53 ans d’indépendance de la Guinée-Bissau, des hommages et une remise de certificats de reconnaissance. Le Maire de Roubaix nous a honoré de sa présence.
La culture a donc été au cœur de la soirée?
Oui. Nous avons eu des danses traditionnelles, une exposition consacrée à la Guinée-Bissau, de la musique et plusieurs artistes. Un moment particulièrement important pour nous a été la présentation d’un livre en portugais d’une jeune femme de 20 ans, qui vit à Roubaix. Nous avons voulu, aussi, montrer que, notre Communauté ne se limite pas à la musique et à la gastronomie, il y a aussi des jeunes qui créent, écrivent et développent des projets.
Vous insistez sur l’ouverture aux autres communautés…
Oui, absolument. Notre association ne travaille pas uniquement pour les Guinéens de Guinée-Bissau, nous sommes ouverts à l’ensemble de la Communauté lusophone et aux autres Communautés présentes à Roubaix. Nous avons des relations avec des associations portugaises et cap-verdiennes, notamment dans le Nord de la France et invitons également les Français, les Européens et les différentes communautés africaines à participer à nos activités. Roubaix est une ville très diverse, et nous voulons que nos événements soient à l’image de cette diversité.
Vous avez notamment évoqué le soutien d’un restaurateur cap-verdien…
Oui. Lorsque nous avons commencé à vendre les billets pour la soirée du 26 septembre, un restaurant capverdien de Roubaix nous a contactés. Il nous a dit: «Vous êtes de Guinée-Bissau et nous sommes du Cap-Vert, nous sommes des frères». Il a alors proposé de nous aider et a contribué à la vente des billets, nous lui sommes très reconnaissants. Le Portugal, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau ont des liens historiques, culturels et linguistiques très forts. La langue officielle de la Guinée-Bissau est le portugais et nous sommes très attachés à ces relations.
Vous êtes également journaliste. Continuez-vous votre activité en France?
Oui. Je continue à travailler dans le domaine de la communication. Je collabore notamment avec Radio Boomerang, mais également avec Radio France Internationale et d’autres médias français. Mon objectif est notamment de faire connaître la culture bissau-guinéenne et les activités de notre Communauté. Lorsqu’une activité culturelle ou associative intéressante est organisée quelque part en France, je peux proposer des sujets ou des interviews aux médias avec lesquels je travaille.

Votre émission sur Radio Boomerang est-elle accessible au-delà de Roubaix?
Oui, elle peut être écoutée sur la FM, mais également sur le site Internet de la radio, ce qui permet à des personnes qui vivent en dehors de la région de nous suivre.
Quels sont les prochains objectifs pour l’association?
Notre priorité reste l’accompagnement des personnes en difficulté, notamment dans leur intégration en France. Nous voulons continuer à aider les personnes à comprendre les démarches administratives, à accéder aux dispositifs existants, à rechercher un emploi et à mieux connaître leurs droits. Nous voulons également développer nos activités culturelles et renforcer les liens avec les associations portugaises, cap-verdiennes et les autres associations lusophones.
Vous organisez cette grande fête chaque année?
Oui. Cette grande manifestation a lieu une fois par an, généralement au mois de septembre, qui est un mois particulièrement symbolique pour la Guinée-Bissau puisqu’il est associé à la lutte pour l’indépendance, toutefois l’association organise plusieurs activités au cours de l’année, généralement trois ou quatre grands événements, dans les domaines culturel, sportif et associatif.
Comment peut-on suivre les activités de l’Association Guinée-Bissau de Solidarité?
Nous sommes présents sur Facebook, on peut également accompagner nos activités à travers différents médias de Guinée-Bissau, notamment Radio Sintchan Occo, Radio Capital FM et Radio Boomerang.
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À Roubaix, l’Association Guinée-Bissau de Solidarité entend faire de la solidarité un véritable outil d’intégration. Au-delà de l’accompagnement dans les démarches du quotidien, elle s’attache à faire vivre une culture et une identité, tout en créant des ponts avec les autres communautés lusophones. Pour Umaro Darama, l’objectif reste le même: accompagner, transmettre et rassembler.
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(*) Au niveau de l’INSEE, il n’y a pas non plus de statistiques fiables. Le chiffre de 6.300 ressortissants née à Guinée-Bissau est parfois cité.







