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À Roubaix, Pantonio transforme l’Enfer du Nord en un bestiaire fantastique

Sur les murs du vélodrome André-Pétrieux, à Roubaix, le cyclisme semble soudain prendre vie sous une forme inattendue. Une immense fresque bleue et noire fait surgir du bâtiment Pierre-de-Coubertin un étrange bestiaire en mouvement: un diable, un oiseau, un lapin et d’autres créatures fantastiques semblent s’élancer dans une course effrénée.

Cette œuvre monumentale est signée Pantonio, artiste portugais reconnu de la scène internationale du street-art. Réalisée en 2023, elle s’inscrit dans la deuxième édition du festival URBX, rendez-vous roubaisien consacré aux cultures urbaines. Installée au cœur du site mythique de Paris-Roubaix, elle établit un dialogue particulièrement original entre l’univers de l’artiste portugais et l’identité cycliste de la ville.

Quand l’Enfer du Nord rencontre l’océan

Le choix du lieu n’est évidemment pas anodin. Le vélodrome André-Pétrieux est le point d’arrivée de Paris-Roubaix, l’une des courses cyclistes les plus emblématiques au monde, surnommée depuis longtemps «l’Enfer du Nord».

Pantonio s’empare de cette expression et la traduit à sa manière. Au lieu de représenter des coureurs ou des vélos de façon réaliste, il imagine une course peuplée de créatures fantastiques. Le diable évoque directement l’«Enfer du Nord». L’oiseau renvoie au mouvement et à l’impression de voler que peuvent donner les cyclistes lancés à grande vitesse, le lapin, quant à lui, participe à cette étrange course animale, comme une métaphore de la vitesse et de la poursuite.

Les personnages semblent se poursuivre, se croiser et se fondre les uns dans les autres. Leurs corps sont étirés par le mouvement. Les queues, les pattes, les ailes et les longues lignes noires et bleues donnent à l’ensemble l’apparence d’un immense courant…la course cycliste devient ainsi une danse fantastique.

L’univers très personnel de Pantonio

Pour comprendre cette œuvre, il faut revenir aux origines de son créateur. Pantonio, de son vrai nom António Correia, est né en 1975 sur l’île de Terceira, aux Açores, son univers artistique étant profondément marqué par cet environnement insulaire et maritime. Poissons, oiseaux, lapins, pieuvres et créatures hybrides peuplent régulièrement ses œuvres. Ses compositions sont reconnaissables à leurs lignes sinueuses, à leurs formes organiques et surtout à une palette dominée par le bleu et le noir.

Le bleu rappelle naturellement l’océan qui entoure les Açores. Le noir peut évoquer les profondeurs marines mais aussi l’environnement volcanique de l’archipel.

Chez Pantonio, les animaux ne sont cependant jamais simplement des animaux, ils deviennent des formes graphiques, des mouvements, des masses qui semblent se transformer sous les yeux du spectateur.

À Roubaix, cette signature artistique rencontre un univers radicalement différent: celui du vélo, des pavés et de la compétition.

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Le mouvement comme langage

Ce qui frappe immédiatement devant la fresque, c’est l’absence presque totale d’immobilité. Le regard circule d’une créature à l’autre. Une ligne commence quelque part, traverse le mur, contourne un corps et semble repartir ailleurs. Les silhouettes paraissent constamment sur le point de disparaître ou de se transformer. Cette importance accordée au mouvement est caractéristique du travail de Pantonio.

Ses animaux sont souvent représentés comme s’ils étaient pris dans un courant. À Roubaix, ce courant peut être interprété comme celui de la mer, mais aussi comme celui du peloton. Les longues lignes bleues peuvent ainsi évoquer à la fois des vagues, des trajectoires, des cordages ou les traces du passage des cyclistes.

C’est précisément cette ambiguïté qui donne sa force à l’œuvre.

Une rencontre entre le Portugal et le Nord de la France

La fresque peut aussi être regardée comme une rencontre entre deux territoires. D’un côté, les Açores de Pantonio, avec l’océan Atlantique, les animaux marins, les paysages volcaniques et une culture insulaire fortement liée à la mer, de l’autre, Roubaix, son histoire industrielle, son patrimoine populaire et surtout Paris-Roubaix, avec ses pavés, ses exploits sportifs et son imaginaire de souffrance et de dépassement.

Pantonio ne cherche pas à effacer l’identité du lieu, au contraire, il la transforme à travers son propre langage, le résultat est une œuvre qui appartient simultanément à Roubaix et à l’univers de l’artiste portugais.

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Une œuvre au cœur du projet URBX

La réalisation de cette fresque s’inscrit dans la politique menée par Roubaix autour des cultures urbaines. Le festival URBX invite régulièrement des artistes français et internationaux à investir les murs de la ville.

Le street-art devient ainsi un moyen de transformer l’espace urbain tout en racontant l’identité des quartiers et de la métropole. Avec Pantonio, Roubaix fait appel à un artiste dont le travail est déjà largement reconnu à l’étranger. Sa fresque monumentale, d’environ 35 mètres sur 15, s’intègre directement à l’architecture du vélodrome et devient une nouvelle image du site et attire le regard bien au-delà du monde du cyclisme.

Quand le street-art raconte autrement Paris-Roubaix

Pantonio aurait pu peindre un peloton, des vélos ou les pavés de Paris-Roubaix. Il choisit plutôt de transformer l’esprit de la course en créatures. Le diable devient l’Enfer du Nord, les animaux deviennent des coureurs, les lignes deviennent les trajectoires, le bleu de l’artiste rencontre le paysage industriel du Nord, et, derrière cette étrange course animale apparaît peut-être une idée plus universelle: celle du mouvement, de la vitesse et de la lutte pour avancer.

Sur le mur du vélodrome de Roubaix, l’artiste portugais fait ainsi dialoguer l’Atlantique et les pavés du Nord de la France, une manière singulière de rappeler que le street art peut être bien plus qu’une décoration urbaine : il peut faire se rencontrer une histoire locale, un artiste et un imaginaire venu d’ailleurs.

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