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Le Fresnoy, Studio national des arts contemporains, établissement de formation, de production et de diffusion artistique audiovisuelle situé à Tourcoing, a projeté lundi 9 décembre, le film « Francisca » de Manoel de Oliveira. Film qui est inscrit dans ce qu’on appelle « la trilogie des amours frustrés ».

Pour présenter le film, les spectateurs présents ont pu écouter le conseiller littéraire de Manoel de Oliveira, son ami Jacques Parsi.

LusoJornal a interviewé à cette occasion l’historien, un des plus grands connaisseurs du cinéma de Manoel de Oliveira et du cinéma portugais.

 

Comment est née votre relation avec Manoel de Oliveira ?

J’étais lecteur de Français au Portugal, à l’Université du Minho, à Braga, entre 1976 et 1977. Je connaissais le nom de Manoel de Oliveira et personnellement je n’avais jamais fait ou participé à un film. A l’époque, j’ai vu son film « Benilde ou a Virgem Mãe ». J’ai été enthousiasmé par ce film, de là l’idée de vouloir rencontrer tout simplement Manoel de Oliveira. Par tout hasard, lui qui vivait à Porto, est descendu au même temps que moi à Lisboa et on s’est trouvé dans le même hôtel, le D. Carlos. J’ai su, par celui qui a fait la musique de « Francisca », João Pais, Directeur de l’Opéra de l’époque, qu’Oliveira était au D. Carlos. En revenant de l’opéra, j’ai laissé un mot à l’accueil de l’hôtel pour Manoel de Oliveira, lui demandant si nous pouvions nous voir. Le fin-de-semaine suivant, Manoel de Oliveira m’a proposé qu’on dîne ensemble, c’est comme cela qu’on s’est connus. Comme il était assez mal vu au Portugal, à cause de son film « Amour de perdition », qu’il cherchait à sortir son film à l’international et comme il fallait sous-titrer le film, je me suis aussitôt proposé de le faire. C’est comme cela qu’on s’est connu, lui étant à Porto et moi Braga. Étant finalement assez proches, on s’est vu énormément. On a travaillé sur un film qui ne s’est pas fait « O preto e o negro ». Ce film ne pouvant pas être réalisé, il a tout de suite enchaîné sur le film de ce soir « Francisca », qui était tiré d’un romain d’Augustina Bessa Luís.

 

On vous présente comme Conseiller littéraire de Manoel de Oliveira. En quoi consistait ce rôle ?

Je n’ai jamais eu un travail très bien défini avec Manoel de Oliveira, c’était plutôt une sorte d’amitié, je suis allé sur ses tournages, quand il écrivait il m’envoyait les scènes pour que je les relise, on se voyait souvent, on parlait beaucoup ensemble. C’est moi qui ai sous-titré « Francisca ». Je n’ai pas été nommé dans le générique. À l’époque j’ai été un peu blessé, mais au même temps, quand j’ai vu la place qu’Augustina avait au générique, en toutes petites lettres, je me suis dit… bon s’il met Augustina en si petit, je peux bien disparaître du générique. Je n’ai apparu que pour des raisons de production sur le film « Les souliers de satin ». En gros, mon nom apparaissait au générique surtout en tant que traducteur. Les gens qui me connaissaient savaient bien le travail que je faisais avec lui, c’était bien plus que de la traduction. Je me souviens quelques années plus tard, pour le film « Convento ». On était en 1995, j’avais beaucoup travaillé sur le film. Au générique je n’apparaissais qu’en tout petit, tout à la fin. Je lui ai fait la remarque, auquel il m’a répondu « vous auriez dû me le dire plutôt ». À partir de ce moment, au générique, il a commencé à me mettre en tant que « Conseiller littéraire », « consultant littéraire ».

 

Pourquoi le cinéma de Manoel de Oliveira vous attire tant ?

C’était le cinéma dont je rêvais, c’est un cinéma équivalent de ce qu’on retrouve dans la littérature de Dostoïevski où l’on parle de l’âme, des grandes choses de la vie. J’aime les comédies musicales, toutefois, ce qui m’a plu dans Manoel de Oliveira, c’est que tout se passe dans le spirituel d’un niveau très, très haut. Ce que j’ai vu dans « Benilde ou la Vierge Mère » ça s’est confirmé dans « Amour de perdition » et dans « Francisca ». C’est un cinéma dans lequel j’étais subjugué, transporté. L’esthétique, pas par la lenteur, mais qui mettait entre parenthèse le mouvement, que j’aimais déjà dans Visconti, par exemple dans « Mort à Venise », c’est extraordinaire, il ne se passe rien, c’est comme dans une peinture. Il n’y a pas l’anecdote, il n’y a que la peinture, c’est du cinéma pur. J’en suis revenu un peu sur Visconti, ce que j’aimais dans Manoel c’était cette manière de faire du cinéma. La scène de la mort de Fany dans le film « Francisca », c’est une scène qui est transcendantale.

 

Pensez-vous que Manoel de Oliveira a marqué l’histoire du cinéma ?

J’en suis profondément convaincu, pour moi de toute façon c’est un des plus grands cinéastes au monde, à l’égale de Mizoguchi et quelques autres. Heureusement je ne suis pas seul à penser ainsi. Il y a bien d’autres historiens et critiques qui ont dit qu’il était un des plus grands cinéastes du monde.

 

Pensez-vous que, s’il n’y avait pas eu la crise de 1976, et la fermeture de l’usine familiale, Manoel de Oliveira nous aurait laissé autant de films et une si grande œuvre ?

Oui, certainement. Il aurait continué à faire des films. C’était sa grande passion. L’usine n’a été que le gagne-pain de la famille, elle faisait vivre ses trois frères. Il n’a pris la succession que quand l’aîné est mort. Manoel de Oliveira était le plus jeune, il a été obligé de prendre la succession. Mais il n’était pas un chef d’entreprise, d’ailleurs l’usine a fermé, pas de sa faute, mais dû à la crise économique, l’usine n’a pas duré.

 

Voyez-vous actuellement d’autres cinéastes au Portugal avec un si grand talent ?

La place de Manoel de Oliveira est unique. Il ne faut pas oublier qu’il a commencé véritablement sa carrière qu’à l’âge de 70 ans, même s’il a commencé à filmer à partir de l’âge de vingt ans. Il y a un cinéaste qui approche cette transcendance, il s’appelle Joaquim Pinto. Malheureusement, actuellement il a du mal à monter ses projets. Son film « E agora » est un film extraordinaire.

 

Comment voyez-vous l’état actuel du cinéma portugais ?

Cela reste un cinéma que j’aime beaucoup, même s’il y a moins de cinéastes qui me plaisent en ce moment. Cela reste encore un cinéma très personnel, très original, un cinéma en dehors de toute contingence commerciale, ce n’est pas un cinéma où l’on se dit : « il faut que je fasse cela pour attendre le public ». C’est un cinéma en liberté totale. J’aime relativement bien le cinéaste qui a fait « Mil e uma noite », Miguel Gomes. J’aime aussi João Pedro Rui. Ici, au Fresnoy, j’ai découvert un tout jeune cinéaste, Jorge Jacome, j’ai vu deux de ses films, c’est absolument extraordinaire. Il a une indépendance dans la poésie, il y a de la liberté. C’est cela qui me plaît beaucoup dans le cinéma portugais.

 

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