Opinion: Portugal-France, France-Portugal: Souvenirs et anecdotes de voyages en voiture

Merci Sainte Europe? Savons-nous donner de l’importance à ce que nous possédons, où l’important n’est-il pas ce que nous ne possédons pas?

Ces deux dernières décennies, l’Europe s’est dotée d’importantes infrastructures autoroutières, notamment en Espagne et au Portugal. La route reste encore trop accidentogène, toutefois combien de vies n’ont pas été sauvées par ces nouvelles voies?

Aller au Portugal en voiture devient moins anecdotique, plus sûr, là est l’essentiel…

De nos voyages avant, tous ces changements, nous gardons des souvenirs, des anecdotes, mais aussi des images de drames.

De nos premiers voyages dans les années 70 et 80 nous gardons le souvenir des petites routes en Espagne, du stress derrière les camions et des dépassements. Il nous est arrivé d’envier les compatriotes qui partaient par voie ferrée et dont le train nous bloquait des minutes interminables dans les passages à niveau.

Que de risques pris, alors que pour des raisons familiales, amicales où de peur de se perdre, on formait des convois de 3 à 4 voitures bien chargées, qui se suivaient entre la France et le Portugal. Il n’y avait pas encore le téléphone portable et de GPS! En plus, beaucoup d’entre nous se prenaient pour des Fangio en puissance.

Lors de notre premier voyage en tant que conducteur, nous avons aussi voulu faire comme les autres. L’objectif était de rejoindre, d’une traite, le Portugal après 1.800 kilomètres avec la Renault 18 encore en rodage. Une journée noire était programmée pour le samedi de notre départ. On a voulu partir tout de même, il n’y avait là comme qu’un besoin de partage… le partage du bouchon et des mêmes désagréments.

Qui n’a pas de souvenir du Stop de Ciudad Rodrigo et Tordesillas? On avait plus que le temps de parler et revivre le fameux accord entre les découvreurs maritimes portugais et espagnols.

La ville de Burgos, est sans doute très belle, et les voyageurs de notre voiture auraient eux mêmes le temps de la visiter, pendant les 12 heures que sa traversée a duré. Les chevaux des voitures souffraient et il y en avait même qui décidaient de ne plus avancer, rendant le parcours encore plus chaotique.

De Burgos et de l’autoroute qui y mène, nous gardons un souvenir plus récent: n’arrivant pas à dormir dans la voiture, nous avons décidé de continuer le voyage. Nous n’avons jamais autant transpiré… Déjà sur l’autoroute un orage violent s’est déclenché, nous ne voyons plus rien, vitesse sur autoroute de 20 km/heure, nous nous demandions quand allions-nous percuter une voiture ou être percutés. Le péage a pour une fois été une véritable délivrance.

Stationner et dormir en Espagne était déconseillé. Combien d’entre nous ne sont-ils pas fait voler et vu bloquer sa voiture par des pierres mises devant les roues?

Pas non plus de très bons souvenirs des hôtels et restaurants routiers espagnols. Le bien servir en quantité était là, mais pas la manière et la courtoisie. Le bouillon de soupe, versé par des serveurs peu formés aboutissait souvent, pour la moitié, sur la nappe. Et que dire de la propreté des balcons au petit matin… par terre: des mégots de cigarettes, des papiers de toutes sortes, des peaux de lupins…

Pour rentrer au village, au Portugal, à partir de Vilar Formoso, nous devions passer par Sabugal et des petits villages. Les centres de ceux-ci étaient à l’époque encore bien vivants. Les villageois papotaient pendant que des chiens y faisaient du setting. J’en ris encore… pour faire déplacer ces êtres vivants, j’avais besoin de klaxonner. Étant allergiques au klaxon, nous avons pendant plusieurs secondes, cherché celui-ci, qui dans un premier temps sortait un bruit d’une vache roque, auquel les chiens répondaient à l’unisson, pas très contents d’être incommodés.

Les tournants sur les routes portugaises étant nombreux, nous avons commencé à prévenir de notre passage, en klaxonnant… le son s’est vite amélioré… la Renault 18 était fière d’avoir dévoilé une partie de son anatomie cachée.

Pour le deuxième voyage au pays, en voiture, les chevaux de la Renault 18 nous ont autorisés à l’équiper d’une belle remorque… transporter la France au Portugal et vice-versa étant un des objectifs… maison à construire là-bas, donc des fromages et des bouteilles à ramener ici…

Arrivés à Irún et ayant traversé la frontière sans soucis, nous avons décidé de faire une pause pour dormir. La Police nous a vite fait comprendre que les lieux n’étaient pas faits pour cela. Pour reculer… la remorque n’étant pas très obéissante, nous avons dû la décrocher et la raccrocher après la fin de la manœuvre. Gestes répétés plusieurs fois pendant le dit voyage. L’année suivante cela a été plus facile, fruit d’une année d’entraînement.

Pendant un de nos voyages, notre Renault 18 s’est prise d’amitiée pour une autre voiture, on a roulé 500 km ensemble… je te dépasse… tu me dépasses… l’illustre inconnue nous a abandonné par un simple appel de phares juste avant Bordeaux.

Un autre illustre inconnu… un camion entre Paris et Lille. Ayant un problème avec nos phares, nous avons roulé tout ce parcours derrière lui.

Quelques souvenirs nous rament à une triste réalité, celle des accidents, celle de la mort, comme cette voiture remplie de toute une famille, qui s’est retournée quelques minutes avant notre passage et dont le contact avec l’extérieur était une main qu’un autre automobiliste tenait en attendant les secours par hélicoptère. C’est à des moments comme celui-ci qu’on se dit que la belle voiture, peut parfois se transformer en une arme bien dangereuse. À quoi bon parfois de courir… d’accélérer?

La qualité des voitures et infrastructures se sont bien améliorées. L’avion est de plus en plus utilisé. Aller au Portugal devient moins aventureux à un moment où le virtuel a tendance à amoindrir les distances.

Mes souvenirs! Vos souvenirs!

Des souvenirs qui resterons

 

 

 

 

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