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Le silence est roi, le silence est d’or?

Il est 23h23 au Portugal continental. La même heure tant à Lisboa, qu’à Porto et à l’intérieur de l’intérieur du Portugal, de là, où nous écrivons.

Aucun bruit ne vient perturber la lumière de la rue qui nous éclaire. Ici, le nombre de lumières éclairées est bien supérieur au nombre d’habitants permanents.

Un silence qui ne l’est pas, un silence qui nous parle, qui nous questionne.

Assis sur le balcon, balcon de souvenirs, souvenirs qui défilent. On a le temps, on prend le temps d’écouter le silence, loin de nos foules solitaires du métro, boulot, dodo.

Un retour aux sources, à nos racines, après tous ces mois de pandémie, le «matar saudades». Saudades, mot intraduisible, difficile à expliquer, à définir, à faire sentir à l’autre qui n’aura pas né avec.

Revenir pour visiter les siens, même ceux – et parfois même que pour ceux qui sont en silence – voilà une des raisons qui nous poussent à revenir là où le fleuve de notre vie prend source.

Oui, on a besoin d’écouter leur silence, dans ce lieu choisi par la famille et les amis comme dernière demeure, là où tout se nivelle, là où tous sont égaux, même si grande partie de la vie a été construite, pierre après pierre, à l’étranger.

Qu’ils ont été courageux nos parents, en traversant montagnes, frontières, pour donner à leurs enfants un monde meilleur, comme ils disaient, pour construire un avenir, donner un horizon. Le midi de leurs vies a été à l’étranger pour travailler, pour partager, pour transmettre le relais. Le minuit de la vie est arrivé, et ils sont partis… partis trop vite.

Nostalgie, saudade?

Est-ce la fin de ce sentiment bien portugais? Les générations qui nous suivent ne la vivront plus, c’est bien naturel, ou alors, elles la viveront autrement.

La cloche du village arrête de rappeler les heures à 23h00. Il est minuit, il est zéro heures… est-ce la fin d’une journée, est-ce le début d’une autre?

On célèbre l’Appel du Général, fait à partir de Londres.

Nous rentrons, il fait une fraîcheur inhabituelle qui contraste avec la chaleur d’où nous sommes arrivés, de là où nous vivons, terre des Ch’tis qui nous ont accueilli dans les années… les trente glorieuses.

Sur la table de la cuisine, un livre s’ouvre à nous, un livre de poèmes offert par l’ami René. René ignorait que son auteur, Eugénio de Andrade, fréquentait assidûment le restaurant ‘O Mário’, à quelques centaines de mètres de mon village natal. Parmi les poèmes, voici trois phrases initiales:

Ce poème commence en été

Parfois j’entends mourir le silence

La rumeur de la poignée, la lenteur.

À moi d’ajouter que, le présent texte a été écrit sur téléphone portable et envoyé par sms. Signe les temps… de notre temps.

Le temps, c’est bien, bien précieux qu’on devrait avoir le temps d’apprécier. «Avec le temps», merci Léo Ferret, une chanson qui s’écoute, une chanson qui se vit.

Je partage ici mon silence, un de mes silences. Un des vôtres? Peut-être oui, ou pas. Le silence, les silences sont personnels et restent souvent en silence, sans qu’ils soient partagés. Les silences sont nécessaires, à quand l’école du/des silences, de l’écoute?

Le point final du texte va mettre fin à un de mes silences et peut être me fait-il entrer dans un autre. Le partage du silence… une thérapie? L’écriture… une thérapie?

 

Opinião
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