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C’est pour quand la retraite? Voilà une des phrases qu’arrivé à la soixantaine, nous a été régulièrement posée.

En mode de plaisanterie et étant donné la signification du mot «retrete» en portugais, nous répondrons «c’est pas pour tout de suite ou tout au moins ce n’est pas notre désir… j’y vais toutefois plusieurs fois par jour».

Je sais qu’il n’est pas de bon ton dire «dans le passé…» et pourtant nos parents le disaient déjà et ceux d’entre vous qui sont dans le «para ser ou no ser» «les adolescents et adultes» le diront demain.

Nous, qui sommes no «desfazer», «âge de ceux qui ont entre 50 et 75 ans», nous allons oser évoquer nos souvenirs, quelques souvenirs, en rapport avec les semaines qui approchent, souvenirs personnels dans lesquelles, nous en sommes surs, quelques-uns d’entre vous, vont se retrouver.

«Dans le temps» on faisait moins fréquemment des allées-retour entre le Portugal et la France. On avait moins de vacances, les voyages en train, en voiture, en autocar, étaient longs et parfois dangereux. Les trains n’étaient pas souvent à l’heure, ils étaient bondés et s’arrêtaient parfois sur des voies, en pleine cambrousse, en Espagne… et pourtant, on nous demandait de payer «o excesso de velocidade».

Les routes étaient dangereuses, car pas trop d’autoroutes, le convoi formé par les trois, quatre ou cinq voitures de la famille ou des amis devait avancer à peu près au même rythme, alors que parfois il y avait plusieurs camions à dépasser… et que dire du stop à Tordesilhas et de la traversée de Bordeaux et de Burgos?

Les autocars, quant à eux, étaient le plus souvent de mauvaise qualité et loués par des bricoleurs ou débrouillards… ils tombaient souvent en panne, les pauvres, en plus des passagers, les valises étaient très lourdes et encombrantes. A l’époque on transportait la France à l’aller et le Portugal au retour.

A l’époque ce n’était pas le tourisme et les raisons de fiscalité qui provoquaient la spéculation immobilière. Dans les années 70, 80 et 90, c’était l’émigration qui provoqué l’augmentation du prix des maisons et des terrains. Bienheureux circuits qui acheminaient les francs, les dollars… qui se transformaient en escudos ou étaient échangés avec certains spéculateurs restés au pays.

Nous, qui travaillons dans la banque depuis, depuis… avons quelques anecdotes et réflexions:

«Qui est celui d’entre vous qui prend la valise pour aller ramener l’argent au Portugal?»

Encore de nos jours, on nous dit «dans le temps c’était bien… la banque au Portugal payait les intérêts à 30%», auquel je réponds: «à quoi bon, si tel terrain valait 100 mil escudos et qu’une année après il fallait débrousser 130 mil escudos pour l’acheter?»

Et que dire du client qui passe tous les jours devant la banque à la même heure. Un jour il passe plus tard, il rentre et nous demande transférer toutes ses économies. Pour lui c’était un bon jour, le cours d’échange était bon… on a dû lui dire qu’il avait confondu le tableau d’échange avec l’horloge.

Nos parents émigrés ont peu profité du système «Poupança crédito», achetant ou construisant en payant au comptant… et pourtant on recevait 30% d’intérêt sur les placements et on pouvait emprunter avec l’aide de l’Etat à 12,5% !!!

Remarquez que quelques petits malins restés au pays ont fleuré le filon… c’est eux qui ont emprunté.

A l’époque, il fallait transférer régulièrement ses économies au pays, car la banque demandait, pour transférer, les trois dernières feuilles de salaire, elles étaient cachetées et on en pouvait transférer que la somme correspondante aux trois feuilles de salaires… On se les passait, les feuilles de salaire. Le voisin portugais prêtait parfois ses feuilles de salaire et acceptait qu’elles soient cachetées.

Souvenirs, souvenirs! François Mitterrand arrive au pouvoir en mai 1981 et avec lui arrive le petit carnet bleu. Pour éviter ou contenir l’évasion de monnaie au-delà des frontières, on avait le petit carnet dans lequel était consigné le montant des escudos et pesetas qu’on achetait. Remarquez que là aussi, quelques-uns ont profité.

Si vous touchiez une ligne continue en Espagne vous étiez attendus tout là-haut et si vous n’aviez pas de pesetas suffisantes, on vous invitait à aller faire le change dans un commerce proche. Le cours du change? C’était à la tête du client.

Me vient ici à la mémoire un de mes premiers voyages en voiture au Portugal. J’étais passager à ce moment précis, nous arrivions au premier péage en Espagne. Nous avions quelques pesetas à payer, on donne un billet de 5.000 pesetas, on nous rend de la monnaie comme si nous avions donné un billet de 2.000 pesetas. Je fais arrêter la voiture à mon beau-frère 20 mètres après le péage, le temps que je compte l’argent rendu, je reviens sur mes pas, le fonctionnaire me rend l’argent manquant sans prétexter. On voulait arriver au Portugal au plus vite, souvent on ne comptait même pas l’argent rendu. Combien d’entre nous n’avons pas enrichi des fonctionnaires corrompus?

Combien d’histoires n’avons-nous pas entendu de compatriotes qui après avoir traversé les Pyrénées se sont arrêtés pour dormir et se sont vus dévalisés, vitres cassées, voulant démarrer ont été bloqués par des pierres qui bloquaient les roues.

Quand on mangeait dans les restaurants on Espagne, on peut dire qu’il y avait de la quantité: le biftèque dépassait le contour du plat, toutefois si vous demandiez une soupe, souvent le serveur, que visait mal, vous mettait la moitié sur la nappe… ma parole!

Si vous dormiez à l’hôtel ou vous aviez, par exemple, mangé et vous vouliez un petit noir avant de reprendre la route, le balcon n’était pas des plus propres: papiers par terre et peaux de cacahuètes tapissaient les abords, une manière de dire que le commerce était fleurissant?

En ces temps-là, nous disions que la spéculation sur les maisons et les terrains au Portugal était le fruit des «franceses». Tout se vendait, tout s’achetait. On était dans le milieu des années 70, pas de maison à vendre dans le village, on achète un terrain.

La première chose qu’on a construit, ça été le puits. On est à la fin des vacances, le puits est fait, le lendemain était de retour pour la France. Le caterpillar ramène la terre contre les parois du puits. Pas encore sèches, les parois cèdent… catastrophe. On retarde le départ, on reconstruit, arrivés en France le patron râle à cause du retard. On était à la fin des 30 glorieuses, le patron tient à son ouvrier portugais et le garde.

Dans ces années-là, beaucoup de maisons ont été construites clandestinement. Le désir de construire ne pouvait pas attendre les rouages administratifs et les architectes n’étaient pas suffisants, eux-mêmes conseillaient «allez-y, allez-y, construisez, on verra après» Si vous aviez un billet à donner, ça pourrait vous aider à faire avancer les choses et à dépasser certains obstacles, voir à dépasser des murs… vous qui vouliez en construire!

Après le puits, vient la construction de la maison et la plantation de la vigne…

Quelques années après, le Dieu Bacchus remercie et nous aussi… les vacances d’été deviennent presque automnales, tel jour on cueille nos raisins, toute la famille vient aider, tel autre jour c’est nous qui aidons l’oncle. La solidarité familiale, l’échange et les bons repas en famille…

Les lundis de vacances étaient sacrés pour nous comme pour tout émigré de la région: il fallait aller dépenser et acheter de quoi remplir les valises pour le retour, au marché de Fundão. C’était le pèlerinage du lundi, on devait parfois s’armer de patience. Pour faire 6 kilomètres, il faillait une heure et demie. La faute? Aux émigrés et aux marchants avec lesquelles il fallait marchander: le pantalon de 30 au départ, partait après une bonne négociation… à 10. Les gens de là-bas achetaient avant l’arrivée des «franceses» ou après. Les commerçants, rien qu’à la couleur de la peau, savaient s’ils avaient à faire à un émigré ou pas… précieuse information, à l’époque pour la valse des prix.

Souvenez-vous: «estes gajos têm a mania, só sabem falar francês». Depuis, cette remarque s’entend moins.

Je vous avoue que la fin des vacances était pour nous source d’un certain stress: nous avons été jeunes et même si nous avions autorisation pour continuer nos études en France, nous devions à chaque fois que nous repartions du Portugal avoir une autorisation militaire pour quitter le pays… une journée de queue, de galère, dans le Centro de Recrutamento de Castelo Branco. Nous devions remplir un document pour faire la demande d’autorisation d’absence du pays. Des Capitaines veillaient au bon déroulent des opérations. Si vous aviez le malheur de vous tromper dans un mot, vous étiez bons pour revenir le lendemain. Un jour de moins pour travailler ou pour draguer (au sens du travail ou au sens prémisses d’un amour naissant). Pour tout il y a une solution… Saint Antoine ou plutôt le billet avec le Saint Antoine faisait miracle! A l’époque les bureaux étaient bien faits: un tiroir pour le prix réel qui coûtait le document et un autre tiroir pour les billets de 20 escudos pour gentil râleur Capitaine. Remarquez, connaître un Capitaine à l’époque pouvait être utile… il m’a été bien utile.

J’ai été appelé à faire le service militaire au Portugal. J’avais été sélectionné, malgré moi, pour devenir Aspirant. Pour des raisons de santé de mes parents, j’aspirai à sortir au plus vite de l’armée. Merci mon Capitaine. Ma Renault 18 verte n’a jamais fait un voyage aussi vite entre le centre du Portugal et la presque frontière belge.

Nos valises, quand nous partions au Portugal étaient pleines. Pendant une semaine on distribuait chocolats, bonbons et autres cadeaux. Depuis, les années ont passé, oncles et parents nous ont quitté, les vignes pleurent les bons traitements d’antan, la bière remplace le vin, on paie pour cueillir les rares raisins, les temps ont changé: ce qu’il y a ici, existe aussi là-bas… on visite moins les cousins, les voitures passent vite, on ne nous reconnaît plus ou presque plus, nos guides moraux, nos parents, ne sont plus là, on se sent moins légers, les générations passent… quelques souvenirs restent.

Je viens de me livrer à vous qui avez eu le courage de me lire jusqu’au bout.

Charles Aznavour dans ‘La bohême’ le chantait: «Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…»

 

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