Philippe de Hauteclocque : Le détour décisif du Général Leclerc par Lisboa

L’histoire de Philippe de Hauteclocque, futur Général Leclerc, croise celle du Portugal, comme celles de Jean Moulin (lire ICI), Antoine de Saint-Exupéry (lire ICI) ou Joséphine Baker (lire ICI), à un moment décisif de la II Guerre mondiale. Avant de devenir l’un des grands artisans de la Libération, il emprunte à l’été 1940 une route clandestine et périlleuse qui le mène jusqu’à Lisboa, ultime étape avant Londres et la rencontre avec le Général de Gaulle.

Fait prisonnier lors de la débâcle de 1940 pendant la Bataille de France, Philippe de Hauteclocque parvient à s’évader malgré une blessure à la tête. Refusant la défaite, il décide immédiatement de poursuivre le combat.

Son épouse, prévoyante, a emporté son passeport. Le 4 juillet 1940, tandis qu’elle repart vers la Picardie, Philippe de Hauteclocque rejoint le Pays Basque, maquille son passeport périmé et entame une série de démarches longues et incertaines. Après de nombreux déplacements entre zones et plusieurs refus, il obtient finalement à Perpignan un visa français, puis celui du Consulat d’Espagne.

Conscient du danger que son nom fait peser sur sa famille, il décide alors d’en changer. Il adopte celui de «Leclerc», patronyme répandu dans la commune de Tailly (Ardennes), un domaine familial lui est offert dans cette commune en 1925 lors de son mariage et auquel il est profondément attaché. Ce nom deviendra célèbre. Il baptisera, par ailleurs, «Tailly» un char, puis l’avion dans lequel il trouvera la mort en 1947.

Le 12 juillet 1940, il atteint Cerbère. À la douane, les autorités le jugent trop fortuné et lui confisquent les 15.000 francs qu’il transporte. Seuls subsistent quelques pièces d’or et dix dollars dissimulés par son épouse, qui lui permettront de poursuivre son voyage.

Après un passage par l’Espagne, où il est brièvement arrêté, il parvient finalement au Portugal. Le 17 juillet au soir, il arrive à Lisboa, ville alors devenue un carrefour diplomatique et un refuge pour les exilés européens.

LusoJornal | LuisSGonçalves

Lisboa, carrefour de l’espoir

Au Portugal, Hauteclocque trouve un appui décisif auprès de l’Ambassade britannique. Dans cette capitale neutre, où se croisent réfugiés, espions et diplomates, il obtient rapidement les moyens de poursuivre sa route.

Le 21 juillet 1940, il embarque à bord du paquebot britannique Hilary à destination de la Grande-Bretagne. Il fait ainsi partie des tout premiers officiers français à répondre à l’appel du Général de Gaulle.

Arrivé à Londres, il se présente immédiatement sous le nom de «Capitaine Leclerc». Le 28 juillet 1940, le quartier général de la France libre lui délivre une Carte d’identité à ce nom.

Ce choix n’est pas anodin : il vise à protéger sa famille restée en France occupée. Fait remarquable, son épouse, Thérèse de Gargan, ignorera pendant plusieurs mois que le «Général Leclerc» n’est autre que son mari. Elle ne découvrira la vérité qu’en 1941.

En novembre 1945, après la fin de la guerre, le Conseil d’État autorise officiellement Philippe de Hauteclocque et ses descendants à porter le nom de Leclerc.

Engagé aux côtés de De Gaulle, Leclerc devient rapidement une figure majeure de la France libre. À la tête de la 2ème Division blindée, il mène une progression décisive en 1944.

Lors de la libération de Paris, ses troupes avancent par deux axes principaux (la N10 et la N20). Le 25 août 1944, il reçoit la reddition du Général allemand Dietrich von Choltitz à la Préfecture de police, en présence du Préfet Charles Luizet.

Parmi les soldats de la 2ème DB figurent également des Républicains espagnols, anciens combattants de la Guerre civile, ainsi que quelques volontaires portugais, symbole d’un engagement européen contre le fascisme.

Une fin tragique

Le destin du Général Leclerc s’achève brutalement le 28 novembre 1947. Lors d’une mission en Afrique du Nord, son avion, un North American B-25 Mitchell, s’écrase près de Colomb-Béchar, au voisinage du djebel Aïssa. Les douze occupants périssent dans l’accident.

Le passage de Philippe de Hauteclocque par Lisboa n’est pas un simple épisode de fuite : il constitue un moment charnière. Sans le Portugal, sans l’aide déterminante de l’Ambassade britannique, le futur Général Leclerc n’aurait peut-être jamais rejoint Londres, ni écrit l’une des pages les plus marquantes de l’histoire de la France libre.

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