Du 8 au 20 septembre, la Maison du Portugal André de Gouveia, à Paris, accueille l’exposition “Enfin chez-soi?”. Porté par Aïcha Lopes et Liliana Tavares Ribeiro, le projet réunit plusieurs artistes internationaux autour de l’identité, de la migration et du sentiment d’appartenance.
Le vernissage aura lieu le 8 septembre, à partir de 19h00, en présence des artistes et de José Cruz, parrain du projet. Selon l’organisation, plusieurs personnalités portugaises seront également au rendez-vous, parmi lesquelles l’Ambassadeur du Portugal en France, Francisco Ribeiro de Menezes, le Conseiller culturel Jorge Barreto Xavier, la Consule-Générale Adjointe à Paris, Mafalda Paiva de Oliveira, et le Conseiller des Communautés portugaises António Oliveira.
À quelques jours de l’ouverture, Aïcha Lopes et Liliana Tavares Ribeiro ont répondu aux questions du LusoJornal pour présenter cette exposition et raconter comment est né le projet «Enfin chez-soi?».
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Pouvez-vous vous présenter en quelques mots?
Aïcha Lopes: Je m’appelle Aïcha Lopes, j’ai 25 ans et je suis en dernière année de Master en marché de l’art dispensé par l’IESA arts et culture. Je me spécialise en Commissariat d’exposition.
Liliana Tavares Ribeiro: Je suis Liliana Tavares Ribeiro, j’ai 23 ans et suis également en dernière année de Master en marché de l’art à l’IESA arts et culture et je me spécialise quant à moi, en marché international de l’art contemporain (donc dans l’aspect commercial du secteur). Je suis née portugaise en France (en raison de la nationalité portugaise de mes deux parents), j’y ai majoritairement vécu et j’ai ensuite obtenu la double nationalité à mes 13 ans. Toutefois, c’est au moment d’initier mes études supérieures que j’ai décidé d’en apprendre davantage sur mes origines en réalisant mes études entre la France et le Portugal en réalisant une double licence franco-portugaise en Administration et échanges internationaux / Ciências Empresariais.
Comment vous êtes-vous rencontrées toutes les deux?
Aïcha Lopes : Liliana et moi nous sommes rencontrées dans le cadre de ce Master! C’était en première année, malgré nos spécialités différentes, nous étions comme un petit duo!
Liliana Tavares Ribeiro: Notre amitié est née assez naturellement, dès les premiers jours de cours. Nous avions en effet, senti que nous partagions beaucoup de points communs, malgré nos parcours différents.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble?
Aïcha Lopes: Cela s’est fait assez naturellement je dirais… au fil de nos conversations sur nos vies personnelles, nous avons constaté des choses similaires et je me souviens que c’est Liliana qui a proposé qu’on fasse ce projet ensemble!
Comment est née l’idée de l’exposition «Enfin chez-soi?»?
Aïcha Lopes: Je pense que même si nous savions que nous allions faire ce projet ensemble, ce qui a vraiment “scellé le deal” c’est une simulation qu’on avait dû faire pour un de nos cours. On avait pris l’exercice très au sérieux et on s’est dit “pourquoi pas donner vie à cette exposition fictive?”
Pourquoi avoir choisi le titre «Enfin chez-soi?»?
Aïcha Lopes: Pour ma part, le chez-soi réside davantage dans un entourage que dans un véritable endroit. Des proches, des habitudes, des odeurs, des intonations particulières… Au fond, le chez-soi est quelque chose de difficilement définissable.
Liliana Tavares Ribeiro: Ce titre nous est venu lors d’une discussion. Je racontais à Aïcha une anecdote qui m’est très chère. Pour un cours de sociologie, je devais interviewer quelqu’un pendant environ une heure sur le thème de la consommation. J’avais choisi mon père. Pendant quasiment tout l’entretien, il prononçait le mot «chez-soi». Lorsqu’il est arrivé en France en 1999, à 24 ans, il avait été marqué par cette expression française et par l’importance que les gens semblaient lui donner. Lui-même avait quitté son pays pour sortir de la pauvreté, construire une vie meilleure et garantir un meilleur chez-soi à sa famille. Il me racontait donc son expérience migratoire à travers des questions qui, au départ, portaient simplement sur la consommation. Comme le dit Aïcha, le chez-soi est difficile à définir et peut évoluer. C’est aussi pour cela que notre titre est une question.
L’exposition aborde l’identité, la migration et l’appartenance. Pourquoi réunir ces trois thèmes?
Aïcha Lopes: Ils étaient au centre de nos discussions. Étant toutes les deux filles de parents immigrés en France, je pense que le sentiment d’appartenance à ce pays est loin d’être un acquis. Au contraire, c’est toujours une question. De la même manière, lorsqu’on est fille aînée de parents immigrés, il peut être difficile de comprendre sa propre identité.
Vos parcours personnels ont-ils influencé la construction de l’exposition?
Liliana Tavares Ribeiro: Oui. Le projet est aussi né de cette envie de mettre des mots sur des questionnements que nous avions nous-mêmes. Même si l’exposition ne parle pas directement de nous, nos expériences ont forcément influencé notre manière de regarder les œuvres, de choisir les artistes et de construire le parcours. Nous nous sommes beaucoup interrogées sur ce que signifie être issue de l’immigration, sur la place de nos héritages familiaux et sur la manière dont on construit son identité lorsque l’on appartient à plusieurs espaces culturels. Nous voulions une exposition qui ne parle pas uniquement «des autres», mais qui puisse aussi faire écho à nos propres questionnements et, nous l’espérons, à ceux des visiteurs.
Comment avez-vous sélectionné les artistes?
Liliana Tavares Ribeiro: Nous souhaitions présenter des artistes qui avaient eux-mêmes connu une expérience migratoire, ou qui venaient d’une famille marquée par la migration, et qui abordent ces sujets dans leurs œuvres. Il était également important pour nous de présenter des artistes dont les récits restent encore assez peu représentés dans les institutions culturelles ou sur le marché de l’art. Les artistes femmes restent par exemple moins représentées par les galeries que les hommes. C’est aussi le cas des artistes portugais. Le nombre d’artistes portugais vivants représentés par une galerie parisienne reste extrêmement faible. Ils se comptent presque sur les doigts d’une seule main.
Quelle place occupent le Portugal et la Communauté franco-portugaise dans «Enfin chez-soi?»?
Liliana Tavares Ribeiro: Le Portugal et la Communauté franco-portugaise occupent une place importante, notamment parce que mon histoire personnelle est directement liée à cette migration. Mais nous avons justement voulu éviter de réduire l’exposition à une histoire uniquement franco-portugaise. Le Portugal est plutôt une porte d’entrée vers une réflexion beaucoup plus large sur les migrations, les diasporas et les différentes formes d’appartenance. Notre rapport au Portugal et à la langue portugaise est d’ailleurs très différent. J’ai grandi dans cette langue et avec cette culture, alors que pour Aïcha, cette histoire est arrivée plus tard dans son parcours, à travers son environnement familial et notamment l’héritage capverdien de son beau-père. Cela montre qu’il existe énormément de manières différentes d’être lié à une culture. La Communauté franco-portugaise est donc bien présente, mais nous souhaitons toucher des personnes au-delà de cette Communauté: celles qui ont connu la migration dans leur histoire familiale, qui ont grandi entre plusieurs cultures, plusieurs langues ou plusieurs pays, mais également celles et ceux qui se demandent simplement ce qui fait qu’un lieu devient un «chez-soi».
Qu’aimeriez-vous que les visiteurs ressentent en découvrant l’exposition?
Aïcha Lopes: Nous avons accordé beaucoup de place aux émotions et aux sensations dans la scénographie. Nous aimerions vraiment que chacun puisse y trouver ne serait-ce qu’un élément familier. C’est vrai pour la Communauté portugaise, mais également pour tous ces enfants dont les parents se sont installés en France sans en être originaires.







