Livre : «Partager les lucioles. Réflexions autour de la littérature portugaise» de Maria Graciete Besse

Publié en mars 2024 aux éditions Pétra (Paris), «Partager les lucioles. Réflexions autour de la littérature portugaise», de Maria Graciete Besse, nous offre un regard nouveau, passionnant et enrichissant à la fois, sur la littérature portugaise contemporaine.

Nous avons déjà eu l’occasion ici de rappeler le parcours universitaire et littéraire de Maria Graciete Besse. Née à Costa da Caparica, elle est arrivée en France en 1974, après des études de Philologie Romane à la Faculté des Lettres de Lisboa. En 1985, elle a soutenu une thèse sur Alves Redol, à l’Université de Poitiers, puis a enseigné à Pau et à Bordeaux. À Paris, elle a dirigé le Département des Études Portugaises à l’Université de la Sorbonne-Paris IV et a créé et coordonné pendant douze ans le Groupe d’Études Lusophones au sein du CRIMIC (Centre de Recherche Interdisciplinaire sur les Mondes Ibériques Contemporains).

Maria Graciete Besse a publié de nombreux essais et est l’autrice d’une importante ouvre littéraire. En France elle a publié notamment «Lídia Jorge et le sol du monde. Une écriture de l’éthique au féminin» (L’Harmattan, 2015) e «José Saramago et l’Alentejo : entre réalité et fiction» (Petra, 2015). En 2021, elle a coordonné, avec la collaboration de Tereza Torrão, le colloque international «Le pouvoir de l’image dans l’œuvre de Lídia Jorge», qui a eu lieu à l’Université de Genève. Parmi ses plus récentes publications nous pouvons citer les recueils de poésie «A ilha ausente», «Na inclinação da luz» et «Caminhos incas», ainsi que son magnifique roman «O duplo fulgor do tempo», déjà présenté ici également.

Dans avant-propos du présent volume, Maria Graciete Besse précise le sujet abordé et ses différentes parties. «La métaphore des lucioles – nous dit-elle – en tant que figure de l’action créatrice et résistante face à la noirceur des temps, est extrêmement féconde pour éclairer notre réflexion autour d’un certain nombre d’auteurs portugais», et elle ajoute : «Les études ici réunies, produites au fil du temps, invitent le lecteur à arpenter le domaine des lettres portugaises et à partager les éclairs de quelques images-lucioles qui illuminent le paysage littéraire».

Ainsi, les études présentées dans «Partager les lucioles. Réflexions autour de la littérature portugaise», privilégient la production littéraire contemporaine et constituent une invitation à parcourir l’univers d’une série d’écrivains déjà consacrés auprès du public français (José Saramago, António Lobo Antunes, Lídia Jorge, Miguel Torga), mais aussi les pages de quelques créateurs moins connus (Eugénio de Andrade, António Ramos Rosa, Vergílio Ferreira, Maria Judith de Carvalho, João de Melo, etc.).

Dans la première partie de l’ouvrage, intitulée «Le temps à l’œuvre», l’autrice examine les échos de la littérature française dans les lettres portugaises ; les figurations littéraires du départ de la Cour vers le Brésil ; la Révolution des Œillets et l’émergence d’une écriture-femme, à travers notamment l’article «Les Nouvelle Lettres Portugaises : des femmes en mouvement sous le signe de Gradiva».

La deuxième partie de ce recueil est consacrée au registre poétique («Éclats poétiques»), avec des analyses et des commentaires sur Camilo Pessanha et sa fascination pour l’Orient ; sur le «transmontano» Miguel Torga et sa «poétique de la Relation» ; sur Eugénio de Andrade, «véritable semeur de lucioles entre l’éblouissement de la lumière et le poids de l’ombre» ; sur António Ramos Rosa et l’expérience du questionnement poétique et sur Maria Gabriela Llansol et son écriture singulière faite de «fulgurations intermittentes».

«Mémoires au féminin» est le titre de la troisième partie, avec des articles sur «Tous ces gens Mariana», de Maria Judith de Carvalho ; sur Olga Gonçalves et la subversion du genre ; sur l’hospitalité heureuse de Maria Gabriela Llansol ; sur «O Pequeno Mundo», de Luísa Costa Gomes et sur Lídia Jorge («du corps et de ses forces»).

Dans l’avant-dernière partie, intitulée «Axiologies du romanesque», Maria Graciete Besse veut souligner que «la véritable préoccupation de toute œuvre de fiction littéraire n’est pas la réalité observable en elle-même, mais les rapports que cette réalité empirique entretient avec la réalité normative et axiologique du monde humain». À cet effet, elle s’appuie tout d’abord sur Carlos de Oliveira, représentant majeur du Néo-réalisme portugais, puis elle examine deux récits de Vergílio Ferreira, autre héritier du mouvement néo-réaliste : «Para sempre» et «Manhã submersa» (tous deux traduits en français), ce dernier étant, à notre humble avis, l’un des plus beaux romans de la littérature portugaise contemporaine. Puis un regard sur les œuvres de João de Melo et António Lobo Antunes nous propose, à la fin de cette partie, une réflexion à propos de «l’écriture du désastre et la déconstruction de l’histoire du Portugal».

La dernière partie du présent volume, «José Saramago ou comment organiser le pessimisme», nous invite tout d’abord à comprendre, à partir du récit de voyage «Viagem a Portugal», la construction d’un itinéraire de lecture, et à travers le roman «Memorial do Convento» («Le Dieu manchot»), à saisir la représentation de la frontière dans l’œuvre de José Saramago, avant de conclure par la présentation de «deux figures de la résistance» et «une cartographie du féminin» dans les romans du Prix Nobel de littérature 1998.

Par des analyses fondées sur divers apports critiques et inspirée de la métaphore des lucioles, qui est le fil conducteur de ce recueil, Maria Graciete Besse met remarquablement en valeur la variété et la singularité des poètes et romanciers portugais qui interrogent les mutations historiques, les enjeux de la mémoire, l’écriture des femmes ou encore le sens de la liberté.

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