Anthony Gonçalves, Maire Adjoint de Marseille: “Je reste très lié affectivement au Portugal”

Petit-fils d’un Portugais arrivé en France durant son enfance, Anthony Gonçalves a grandi avec cette histoire familiale sans pour autant hériter de la langue portugaise. Médecin oncologue, professeur des universités et engagé au Parti communiste français depuis 2014, il est aujourd’hui Adjoint au Maire de Marseille, délégué à la santé.

C’est dans son bureau de l’Hôtel de Ville de Marseille qu’Anthony Gonçalves a reçu LusoJornal. L’occasion de remonter le fil d’une histoire familiale entre le Portugal et la France, mais aussi de revenir sur son parcours médical et politique.

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Que connaissez-vous aujourd’hui de l’histoire de votre famille portugaise?

Ce que je sais, c’est ce que mon père et ma tante m’ont raconté. C’est d’abord mon arrière-grand-père qui est venu s’installer en France. Mon grand-père, lui, est arrivé avec sa famille lorsqu’il avait environ 11 ans. Ils se sont installés au Péage-de-Roussillon, en Isère, où il y avait notamment une importante activité industrielle autour des usines chimiques. Mon grand-père a ensuite quitté sa famille assez jeune pour partir à Toulon, où sa sœur, mariée à un militaire, s’était installée. Il avait autour de 17 ans. Il y a appris le métier de coiffeur et a ensuite eu son propre salon. C’est à Toulon qu’il a construit sa vie et rencontré celle qui allait devenir ma grand-mère.

Votre grand-père a donc quitté assez jeune sa famille installée en Isère. Son histoire a-t-elle beaucoup occupé les récits familiaux?

Oui, c’est une histoire qui a beaucoup compté. Je ne l’ai malheureusement jamais connu puisqu’il est décédé avant ma naissance, mais il a occupé une grande place dans l’histoire familiale. Ce que j’en connais vient donc principalement de ce que mon père et ma tante ont pu me raconter. Il y avait également chez lui un engagement politique très fort. Il était communiste et militant. C’est quelque chose qui a beaucoup compté par la suite dans ma propre construction politique.

Pourtant, la langue portugaise ne s’est pas transmise dans votre famille…

Non. Mon grand-père ne souhaitait pas parler portugais avec ses enfants. Je ne connais pas exactement les raisons qui l’ont poussé à faire ce choix. Cela a forcément interrompu une partie de la transmission. Mon père ne parlait donc pas portugais et, ensuite, moi non plus. Nous n’avons pas conservé de liens familiaux directs avec le Portugal. C’est aussi ce qui rend aujourd’hui difficile la recherche de notre histoire là-bas.

Malgré cela, vous vous sentez toujours lié au Portugal?

Oui. Je ne me suis jamais senti autre chose que Français, mais je me sens héritier de cette histoire familiale. Le fait de porter le nom Gonçalves rend évidemment cette origine portugaise très visible. Mon rapport au Portugal passe par cette histoire de mon grand-père, mais aussi par les quelques voyages que j’ai pu faire dans le pays. C’est un lien qui est surtout affectif.

Cet attachement passe aussi par l’histoire et la politique portugaises?

Oui, je suis notamment très attaché à l’histoire du 25 avril 1974. C’est une histoire formidable et romantique, celle d’une révolution qui vient de jeunes militaires et qui permet de mettre fin à une dictature. J’ai d’ailleurs appelé mon fils Otello, avec l’orthographe italienne, notamment en référence à Otelo Saraiva de Carvalho et à son rôle dans la Révolution des Œillets.

Vous avez adhéré au Parti communiste français en 2014. Est-ce finalement aussi un héritage de cette histoire familiale?

Ce n’est pas un choix que j’ai fait au hasard. Du fait de l’histoire familiale que je vous ai racontée, j’ai baigné pendant mon enfance et mon adolescence dans une ambiance idéologique et culturelle qui m’a beaucoup rapproché du Parti communiste. Mon grand-père était militant politique. Mes parents, pas vraiment. Ils votaient communiste, mais ils n’étaient pas militants. Je ne sais pas pourquoi, mais cette histoire de militance politique de mon grand-père m’a davantage interpellé que mon frère ou mes cousins, qui baignaient pourtant dans la même ambiance. Très jeune, j’ai commencé à lire beaucoup de livres et de presse communistes. Mon père était coiffeur, il avait repris le salon de coiffure de son père, et ma mère était employée. Il n’y avait pas particulièrement de lectures politiques à la maison, même si nous avions des discussions très riches. À 14 ou 15 ans, j’ai commencé spontanément à acheter L’Humanité tous les jours. J’ai eu une formation politique, économique et culturelle. Cette auto-formation a fait que j’ai été convaincu très jeune.

C’est à cette époque que naît également votre vocation pour la médecine?

Quand la question de mon orientation professionnelle s’est posée, j’ai décidé de faire médecine. Et, en fait, c’était pour faire comme Che Guevara! J’étais un fan de Che Guevara. J’étais plutôt bon dans les sciences et je trouvais que la médecine associait une profession scientifique à un côté relationnel, de travail social et d’interaction avec les gens. Ce mélange entre intérêt scientifique et contact humain m’a paru évident. Ensuite, la médecine prend beaucoup de temps. J’ai été entraîné dans cette spécialité avec énormément d’intérêt et je n’ai plus vraiment eu le temps de faire autre chose. Je suis resté très politique dans ma réflexion, mais sans avoir une minute pour prendre des responsabilités, prendre une carte ou militer.

Qu’est-ce qui vous pousse finalement à franchir le pas et à vous engager en 2014?

Je n’ai jamais eu de variation dans mes convictions. Avec les années, j’ai fini par avoir beaucoup de responsabilités médicales et scientifiques. À un moment, je me suis dit qu’il fallait que je fasse davantage que ce que je faisais et que je prenne plus de responsabilités dans une société qui prenait un tour inquiétant. Il y a eu la conjonction de cet événement familial, le décès de mon père et des résultats électoraux, avec une extrême droite qui prenait de plus en plus de place. Je ne pouvais pas rester spectateur, avoir des idées et ne rien faire pour essayer de les faire triompher au moment où elles étaient le plus en difficulté. C’est pour cela que j’ai pris ma carte et décidé de m’engager. Après, on m’a proposé de prendre des responsabilités et, comme je dis toujours oui, j’ai dit oui à tout!

Depuis, vous avez participé à plusieurs campagnes électorales…

J’ai été candidat aux élections législatives en 2017 pour le Parti communiste français, puis aux élections européennes en 2019 sur la liste conduite par Ian Brossat. J’ai de nouveau été candidat aux européennes en 2024 sur la liste conduite par Léon Deffontaines. J’ai également été candidat aux municipales de 2020, mais à une place moins visible, puis aux élections régionales de 2021 et, dernièrement, aux élections municipales. Lors des élections précédentes, j’étais généralement à des places où j’avais peu de chances d’être élu. Et cela m’arrangeait parce que j’avais beaucoup de choses à faire dans le cadre de mon travail. Je n’avais pas particulièrement l’ambition d’être élu. Je pensais plutôt pouvoir être un soutien et que, si j’avais une petite notoriété sur le plan médical, cela pouvait aider à faire entendre mon parti. Je ne m’imaginais pas comme élu. Finalement, on me l’a proposé et j’ai fini par dire oui.

Lors des dernières municipales, vous étiez cette fois chef de file des communistes marseillais. Comment s’est construit le rassemblement autour de Benoît Payan?

J’étais le chef de file des communistes, c’est-à-dire le porte-parole des communistes dans la campagne. Le Parti communiste a décidé, comme il l’avait fait la fois précédente, de soutenir le Printemps marseillais et la candidature du Maire sortant Benoît Payan. Nous nous sommes engagés dans cette campagne et nous sommes heureux qu’elle ait pris cette tournure et d’avoir remporté à nouveau cette élection, cette fois face à l’extrême droite. J’ai ressenti à ce moment-là que cet exemple victorieux pouvait servir au pays tout entier pour les élections de 2027. On voit bien que, pour l’instant, c’est un peu plus compliqué. Mais je pense qu’il ne faut pas sous-estimer la possibilité de construire quelque chose à l’échelle nationale qui ressemble à ce qui s’est fait à Marseille.

Vous êtes désormais Adjoint au Maire de Marseille. Que souhaitez-vous défendre en matière de santé?

Mon parcours médical est particulier: je viens d’une spécialité de soins dans un établissement où nous faisons à la fois du soin et de la recherche, avec beaucoup d’innovations, de nouvelles stratégies et de nouveaux médicaments. C’est ce qui m’avait motivé lorsque j’ai voulu faire médecine. J’avais ce côté un peu romantique qui consistait à se dire: nous allons trouver des traitements pour les maladies que nous n’arrivons pas à guérir. C’est notamment pour cela que je me suis spécialisé en cancérologie. Mais être Adjoint à la santé dans une ville, ce n’est pas du tout la même chose. Les questions auxquelles nous sommes confrontés concernent l’accès aux soins primaires, aux médecins généralistes, la prévention, le dépistage et la lutte contre les inégalités de santé, notamment sociales.

Quelles sont concrètement vos priorités pour Marseille?

Je veux développer l’accès aux soins et faire en sorte que, quel que soit l’endroit où l’on vit dans la ville et quelle que soit son origine sociale, on puisse avoir accès à des soins de qualité et à la prévention. Il faut aussi agir sur les facteurs de risque que nous connaissons, comme le tabac ou l’alcool, promouvoir l’activité physique et une alimentation saine, mais aussi prendre en compte les facteurs environnementaux. Il existe des produits dont nous suspectons l’impact sur la santé et il faut essayer de prendre le minimum de risques, notamment pour protéger les enfants. L’accès aux soins, la prévention et le dépistage des maladies sont donc des points importants que nous voulons développer.

Parmi les projets du mandat, vous souhaitez notamment développer les Centres de santé…

Nous voulons faire en sorte qu’il y ait de plus en plus de Centres de santé dans la ville. Ce sont des structures dans lesquelles les médecins travaillent collectivement, souvent comme salariés, avec des soins en secteur 1, sans dépassement d’honoraires. Ils peuvent également s’impliquer dans la prévention, l’éducation thérapeutique et l’accès au dépistage. La promotion de ces Centres de santé est un gros axe du mandat. Il y a également la création d’une Mutuelle municipale, un projet porté par le Conseiller délégué Ibrahim Hemzé, avec lequel je vais travailler. Ce projet doit avancer rapidement puisque la Mutuelle devrait voir le jour dès le début de l’année 2027. Ce sera un premier acquis du mandat.

Vous êtes retourné plusieurs fois au Portugal. Avez-vous essayé de retrouver les traces de votre famille?

J’aurais adoré retrouver un lien ou un fil. Partout où je vais, j’essaie de connaître l’histoire de l’endroit où je me trouve. Mais là, j’en suis totalement incapable. Je me suis promené dans les rues de Lisboa en essayant de voir, de comprendre. Ma tante, qui représente finalement le lien le plus ancien qui existe encore avec cette histoire portugaise puisqu’elle est la fille de mon grand-père, m’a dit qu’elle avait quelques papiers qu’elle allait me remettre. Peut-être qu’il y aura un moyen de retrouver quelque chose. Je me rappelle m’être promené dans Lisboa et avoir discuté avec des gens en leur expliquant que mon grand-père venait de la ville. Mais une fois qu’on a dit cela, c’est compliqué de remonter une histoire.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le Portugal?

À chaque fois que j’y vais, je trouve ce pays fabuleux. Lisboa est magnifique. J’ai découvert Porto il n’y a pas très longtemps et j’ai trouvé la ville très séduisante. D’une certaine manière, je trouve même qu’elle ressemble un peu à Marseille. Je suis également allé en Algarve, avec un côté évidemment plus touristique, mais des paysages très différents de l’image que nous pouvons avoir de la mer en France. J’y retournerai toujours avec beaucoup de plaisir.

Vous connaissez également un peu le Portugal à travers votre activité médicale…

J’ai eu quelques relations avec l’Institut d’oncologie de Porto pour des patients que nous avions en commun. Et oui, la médecine au Portugal, en tout cas en cancérologie, compte quelques grands noms d’origine portugaise, y compris des médecins qui travaillent au Portugal.

Marseille compte une Communauté portugaise importante, mais relativement discrète. Avez-vous des liens avec elle?

J’ai quelques amis d’origine portugaise, notamment dans le monde médical. Je pense par exemple à une amie chirurgienne, Sandrine Rua. Pour le coup, c’est presque le contraire de moi: ses parents sont portugais, elle part tous les ans au Portugal, elle parle portugais et possède une véritable double culture. Quand on est issu de l’immigration, ce que je considère être, le nom que l’on porte joue aussi beaucoup. Le fait que je porte le nom de mon père me fait paraître davantage portugais qu’autre chose. Pourtant, si on regarde mes origines familiales dans leur ensemble, je crois que je suis davantage italien que portugais! Mais cette partie-là est moins visible parce que je m’appelle Gonçalves.

Votre histoire familiale est donc aussi profondément italienne…

Ma mère est totalement d’origine italienne, même si elle est née en France. Son père et sa mère étaient tous les deux d’origine italienne. Du côté de mon père, son père était portugais et sa mère était corse. Entre guillemets, j’ai donc plus de sang italien que portugais.

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