Les enfants au Portugal, en France et dans l’Union européenne : un portrait chiffré des évolutions récentes

Plus qu’un long discours, les chiffres permettent de saisir les profondes transformations démographiques et sociales qui touchent le Portugal depuis plusieurs décennies. Cette synthèse s’appuie notamment sur les travaux de la Fundação Francisco Manuel dos Santos, les données de Pordata, d’Eurostat et de la Banque mondiale.

Données statistiques que nous permettent de comparer avec la situation en France et dans l’Union Européenne en général.

Combien d’enfants au Portugal aujourd’hui ?

Le Portugal compte aujourd’hui environ 10,75 millions d’habitants, dont 1,58 million d’enfants âgés de 0 à 12 ans, soit 12,7% de la population.

À titre de comparaison, la France compte 68,6 millions d’habitants et 10,3 millions d’enfants, soit 15,1% et l’Union européenne compte 450,4 millions habitants et 50,6 millions d’enfants, soit 11,2%.

Si le Portugal représente environ 2,4% de la population de l’Union européenne, il concentre près de 3,1% des enfants européens de moins de 12 ans. La France, qui représente 15,2% de la population de l’Union européenne, représente 20,4% des enfants européen de moins de 12 ans.

Une baisse importante de la population enfantine au Portugal

La situation actuelle résulte d’une évolution démographique profonde. Il y a cinquante ans, les moins de 12 ans représentaient environ 22% de la population portugaise. Aujourd’hui, ils ne représentent plus que 12,7% de la population.

Parmi les vingt-deux pays européens étudiés dans les travaux de la Fundação Francisco Manuel dos Santos, le Portugal est le 2ème pays ayant connu la plus forte diminution de leur population enfantine au cours du dernier demi-siècle. En 2025, il demeure l’un des pays de l’Union européenne comptant proportionnellement le moins d’enfants.

Cette diminution du nombre d’enfants s’accompagne paradoxalement d’une présence accrue dans les structures d’accueil et d’éducation.

Pour l’éducation préscolaire, de 3 ans jusqu’à l’entrée en primaire, cela concerne 94,5% des enfants, alors qu’en France on approche de 100%, soit l’un des taux les plus élevés d’Europe.

Au Portugal 58% des enfants de moins de 3 ans sont accueillis dans des structures d’éducation, alors qu’en France ils ne sont que 38% (28% dans les assistantes maternelles et 18% dans des crèches) et la moyenne de l’UE est de 40,5%.

Depuis 2013, la fréquentation des structures d’accueil pour les moins de trois ans a augmenté de plus de 22% au Portugal.

Un des temps de présence à l’école au Portugal des plus élevés d’Europe

Le Portugal se distingue également par la durée hebdomadaire passée dans les structures éducatives : 30,5 heures pour la tranche d’âge 0-3 ans ; 30,8 heures pour les 3-6 ans et 31,5 heures pour les 6-11 ans.

Pour les enfants de 3 à 6 ans, le Portugal occupe le quatrième rang européen. Pour les moins de trois ans, il se situe au cinquième rang.

Les enfants portugais figurent ainsi parmi ceux qui passent le plus de temps dans les structures éducatives au sein de l’Union européenne.

Des structures familiales en évolution

En 2025, le Portugal compte environ 793.000 familles ayant au moins un enfant de moins de 12 ans : 69% vivent avec deux parents ; 10,8% vivent dans une famille monoparentale ; et 20% vivent dans un foyer comprenant plus de trois adultes.

En comparaison, en France, environ 22,5% des enfants de moins de 12 ans vivent dans une famille monoparentale.

Ces chiffres témoignent d’une diversification progressive des formes de vie familiale, même si la famille biparentale demeure largement majoritaire au Portugal.

Nous remarquons une amélioration notable de la situation sociale des enfants de moins de 12 an au Portugal :

En 2015, 260.000 enfants de moins de 12 ans étaient en situation de pauvreté, soit 2,5% de la population du Portugal, soit 2,4% de cette catégorie par rapport au total de l’UE.

En 2025, 157.000 enfants de moins de 12 ans étaient en situation de pauvreté, soit 1,5% de la population du Portugal, soit 1,6% de cette catégorie par rapport au total de l’UE.

En dix ans, le nombre d’enfants de moins de 12 ans en situation de pauvreté a diminué d’environ 40%.

Cette évolution traduit une amélioration réelle des conditions de vie d’une partie importante de la population enfantine, même si des situations de fragilité persistent.

Une tendance de fond : la baisse de la natalité et de la fécondité

Les données précédentes prennent tout leur sens lorsqu’elles sont placées dans une perspective historique.

Le taux de fécondité correspond au nombre moyen d’enfants par femme. Il constitue l’un des principaux indicateurs permettant d’expliquer l’évolution de la population enfantine.

Voici l’évolution de la fécondité depuis 1960

1960 : 3,16 (au Portugal), 2,85 (en France) et 2,57 dans l’UE

1970 : 3,01 (au Portugal), 2,55 (en France) et 2,35 dans l’UE

1980 :2,25 (au Portugal), 1,85 (en France) et 1,87 dans l’UE

1990 :1,56 (au Portugal), 1,77 (en France) et 1,63 dans l’UE

2000 :1,55 (au Portugal), 1,89 (en France) et 1,44 dans l’UE

2010 :1,39 (au Portugal), 2,03 (en France) et 1,57 dans l’UE

2020 :1,42 (au Portugal), 1,83 (en France) et 1,50 dans l’UE

2023 :1,45 (au Portugal), 1,66 (en France) et 1,39 dans l’UE

Entre 1960 et 2024, le Portugal est passé de 3,16 à 1,41 enfant par femme, soit une diminution d’environ 55%.

Le seuil de renouvellement des générations est généralement estimé à 2,1 enfants par femme. Le Portugal est passé sous ce seuil au début des années 1980 et n’y est jamais remonté depuis. L’immigration est venue compenser la diminution de ce seul, sans quoi la population du Portugal serait en déclin en nombre d’habitants.

Quelques repères historiques : Dans les années 1960-1970, les familles comptent encore en moyenne trois enfants. Après la Révolution des Œillets de 1974, il y a eu une accélération de la baisse de la fécondité sous l’effet de la diffusion de la contraception, de l’urbanisation et de l’évolution du statut des femmes. Dans les années 1980-1990 il y a eu le passage durable sous deux enfants par femme et depuis 2000, une stabilisation à un niveau faible, entre 1,2 et 1,5 enfant par femme.

Natalité et âge de la maternité

La baisse de la fécondité s’accompagne également d’un report des naissances vers des âges plus élevés chez les femmes portugaises.

L’âge moyen à la naissance du premier enfant et de 31,2 ans au Portugal ; 30,5 ans en France et 30,7 ans dans l’Union européenne.

Le Portugal se situe ainsi légèrement au-dessus de la moyenne européenne. Plusieurs pays affichent toutefois un âge moyen plus élevé : la Grèce, l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, Chypre, l’Italie et l’Espagne.

À titre de comparaison. Ce taux était au Portugal de 25 ans en 1960, 23,7 ans en 1980, 28,1 en 2010, 30,4 en 2021.

Une tendance qui concerne toute l’Europe

Depuis le pic du baby-boom européen au milieu des années 1960, le nombre annuel de naissances dans l’Union européenne est passé d’environ 6,8 millions à 3,55 millions ; la fécondité est passée d’environ 2,6-2,7 enfants par femme à 1,34 ; et aucun grand pays européen n’atteint désormais le seuil de renouvellement des générations.

Les chiffres qui reflètent aussi une tendance : em 1981 le Portugal avait 2,5 millions de jeunes, en 2024 le chiffre descend à 1,4 millions.

L’immigration au Portugal et démographie, comparaison avec la France

Selon les données les plus récentes de l’Agence pour l’intégration, les migrations et l’asile (AIMA), environ 1,55 million de citoyens étrangers résidaient au Portugal à la fin de l’année 2024. Après régularisation de certains dossiers encore en cours, les autorités portugaises estiment que le nombre réel est proche de 1,6 million de résidents étrangers, soit environ 15 à 16% de la population totale du pays. Le Portugal est un des pays d’Europe occidentale où la part des résidents étrangers est la plus élevée, mais le Luxembourg possède le record d’Europe d’étrangers: 47% de sa population.

Sans l’immigration, la population du Portugal serait celle de la fin des années 1970, début des années 1980.

Selon l’INSEE pour l’année 2024, la France possédait 7,7 millions d’immigrés, soit 11,3% de la population totale.

La démographie est l’un des sujets les plus importants au niveau de nos sociétés. L’INSEE vient de lancer l’alerte : «Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les décès ont été plus nombreux que les naissances en France en 2025. Les projections de l’INSEE publiées ce mois-ci en tirent la trajectoire : pic de population en 2037, à 69,8 millions d’habitants, puis déclin probable jusqu’à 65,9 millions en 2070.

Pour l’épargnant, le chiffre qui compte est ailleurs. Le rapport de dépendance démographique, c’est-à-dire le nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 actifs, passera de 40 en 2026 à 49 en 2040, puis à 62 en 2070. En clair : 2,5 actifs par retraité aujourd’hui, environ 2 en 2040, à peine 1,6 en 2070.

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Au vu des statistiques présentées, on peut déduire que le Portugal a connu en l’espace d’un demi-siècle une transformation démographique particulièrement rapide. Pays de forte natalité dans les années 1960, il présente aujourd’hui un niveau de fécondité proche de la moyenne basse de l’Union européenne.

Cette évolution s’est traduite par une diminution importante de la population enfantine. Pourtant, parallèlement à cette baisse quantitative, les investissements dans la petite enfance et la scolarisation se sont renforcés. Les enfants portugais fréquentent davantage les structures éducatives et y passent plus de temps que dans de nombreux pays européens.

La structure familiale s’est diversifiée, tandis que plusieurs indicateurs sociaux témoignent d’une amélioration des conditions de vie des enfants.

Enfin, les évolutions démographiques ont également modifié les équilibres migratoires. Historiquement pays d’émigration, le Portugal est devenu un pays d’immigration. Cette évolution doit toutefois être nuancée : l’émigration, notamment des jeunes diplômés, demeure importante au Portugal en raison des niveaux de rémunération relativement faibles, tandis que l’immigration répond aux besoins de main-d’œuvre dans l’agriculture, la construction, le commerce, les services et certaines activités industrielles.

Ainsi, le Portugal illustre l’un des grands paradoxes démographiques européens contemporains : moins d’enfants, mais davantage de ressources, d’encadrement et d’attention consacrés à chaque enfant.

Est-ce cette idée qu’on a, qu’on nous donne, qu’on nous commente ? Pourquoi a-t-on, parfois, une perception différente de la réalité ?

Les chiffres cachent évidemment des disparités, car si on allait un peu plus loin dans le détail, on constaterait des disparités géographiques, sociologiques…

Tout ceci nous amène à rappeler le dicton : «quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console».

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