Les Portugais face au fascisme : un hommage a été rendu à Peniche à la mémoire des combattants de la liberté

À l’occasion d’une cérémonie organisée le 27 juin à la forteresse de Peniche, lieu emblématique de la Résistance à la dictature portugaise, l’historien Luís Farinha, chercheur associé à l’Institut d’Histoire Contemporaine de l’Université Nova de Lisboa, a rendu hommage aux Portugais qui combattirent le fascisme pendant la guerre civile espagnole (1936-1939) et au sein de la Résistance française durant la II Guerre mondiale.

Dès le début de son intervention, Luís Farinha souligne que cet hommage ne concerne pas uniquement le passé. Selon lui, la mémoire des persécutés, des prisonniers, des exilés et des résistants demeure essentielle à une époque où les violences, les guerres et les atteintes aux droits humains continuent de marquer le monde. L’Histoire, rappelle-t-il, ne disparaît jamais : elle éclaire le présent et oblige les sociétés à rester vigilantes face aux nouvelles formes d’autoritarisme.

Il établit un parallèle entre les tragédies du XXe siècle, notamment la Shoah, et les conflits contemporains, estimant que le devoir de mémoire consiste avant tout à dénoncer les injustices et à honorer celles et ceux qui ont refusé la soumission.

Des Portugais engagés contre le fascisme

Le conférencier rappelle que plusieurs milliers de Portugais ont participé à la lutte contre le fascisme bien au-delà des frontières de leur pays. Beaucoup, contraints à l’exil par la dictature de Salazar, rejoignirent les forces républicaines espagnoles dès 1936, puis poursuivirent leur combat dans la Résistance française après la défaite de la République espagnole.

Nombre d’entre eux furent arrêtés, internés dans des camps français, déportés vers les prisons et camps nazis, ou condamnés aux travaux forcés en Allemagne. D’autres moururent dans les camps de concentration ou dans les prisons du Reich. Ceux qui survécurent poursuivirent souvent leur engagement politique jusqu’à la chute de la dictature portugaise.

Luís Farinha évoque plusieurs figures emblématiques, parmi lesquelles Emídio Guerreiro, Pedro Baptista da Rocha, Álvaro Cunhal, Alexandrino dos Santos ou encore le Capitaine aviateur Américo Sanches. Tous incarnent une même trajectoire : celle d’hommes et de femmes ayant sacrifié leur liberté, parfois leur vie, pour combattre le nazisme, le franquisme et le salazarisme.

L’historien insiste sur le fait que ces résistants sont restés longtemps absents de la mémoire collective portugaise. Ce n’est que récemment que leur histoire commence à être pleinement documentée grâce aux travaux d’historiens portugais et étrangers.

Le rôle décisif de la recherche historique

Depuis plusieurs décennies, les recherches menées notamment par César de Oliveira, Cristina Clímaco, José Manuel Barata-Feyo, Fernando Rosas ou encore les équipes de l’Institut d’Histoire Contemporaine ont permis d’identifier un nombre croissant de combattants portugais engagés dans la guerre d’Espagne, les forces françaises libres, la Résistance ou victimes du travail forcé en Allemagne.

Ces travaux révèlent notamment que plus d’un millier de Portugais auraient servi dans l’armée française ; 347 Résistants portugais ont reçu la «Carte de Résistant» délivrée par le Gouvernement français ; des dizaines furent internés dans les camps de concentration nazis ou moururent dans les prisons allemandes ; plusieurs centaines furent soumis au travail forcé dans le IIIᵉ Reich.

Ces découvertes permettent aujourd’hui de redonner un nom et une histoire à des hommes et des femmes longtemps restés anonymes.

Trois grandes catégories de combattants

Luís Farinha distingue trois principaux groupes de Portugais confrontés à la montée du fascisme :

Le premier est constitué des migrants économiques installés en France, souvent dans une grande précarité, qui furent confrontés au travail forcé, à l’internement ou choisirent de rejoindre la Résistance.

Le deuxième rassemble les volontaires ayant combattu pour la République espagnole. Après la victoire franquiste, beaucoup furent internés dans les camps du sud de la France avant d’être emprisonnés au Portugal ou déportés vers le camp du Tarrafal.

Le troisième groupe comprend les nombreux Portugais engagés dans l’Armée française et dans les organisations de la Résistance, notamment les Forces françaises de l’intérieur (FFI) et les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), où plusieurs furent distingués pour leurs actes de courage.

Emídio Guerreiro, symbole de la Résistance

Parmi ces parcours exceptionnels, Luís Farinha s’attarde sur celui d’Emídio Guerreiro.

Évadé de prison au Portugal en 1932, combattant de la guerre d’Espagne, interné à plusieurs reprises en France, il parvient à s’évader de plusieurs camps avant de rejoindre les maquis de la région de Montauban sous le nom de guerre «Hélio». Officier des Forces françaises de l’intérieur, il participe activement à la libération de la France malgré plusieurs arrestations et blessures.

Son parcours illustre la détermination de ces résistants qui refusèrent toujours de céder face au fascisme.

Pour Luís Farinha, la reconnaissance de ces combattants ne constitue pas seulement un devoir national, mais aussi un enjeu européen. Les plaques commémoratives récemment installées à Mauthausen, Buchenwald, Cambedo da Raia, Barrancos ou Sernande témoignent d’une volonté croissante de faire connaître cette histoire commune entre le Portugal, l’Espagne et la France.

L’historien appelle à poursuivre les recherches afin d’identifier les nombreux Résistants encore oubliés et de transmettre leur héritage aux nouvelles générations.

En conclusion, Luís Farinha rappelle que les Résistants, même disparus, continuent de porter une voix vivante dans notre mémoire collective. Leur refus de l’oppression, du fascisme et de la guerre demeure un exemple universel.

Il termine son intervention en citant le poème «Liberté» de Paul Éluard, symbole de l’engagement de tous ceux qui choisirent de défendre la dignité humaine.

Son message final est clair : les véritables vainqueurs ne sont pas les dictatures, mais celles et ceux qui ont osé dire «non» à la barbarie et ont fait de la liberté un combat universel.

Pendant cette journée commémorative une plaque commémorative a été dévoilée en hommage aux portugais qui ont lutté contre le fascisme pendant la guerre civile en Espagne (1936-1939) et contre le nazisme dans la Résistance en France (1939-1945).

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