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Opinion: Il est 15h55, le début de ma fin (faim) de vacances. Le début des vôtres?

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Que le temps passe, surtout quand on est en vacances. Il est 15h55 nous rejoignons le haut du village pour écouter, lire et répondre à des messages sur notre portable. Il devient difficile, pour nous qui sommes devenus des citadins, de nous couper complètement du monde, du besoin d’être informés, informations qui souvent sont superflues, non vitales.

Nous écrivons au pied de la chapelle. À 15h57, l’appareillage qui remplace la cloche, signale 16 heures, une coupure dans le silence du village, nous sursautons. C’est le premier jour de grosse chaleur, température normale pour l’époque, 37 degrés, mais avec une légère brise, ce qui rend les chaleurs d’ici, supportables. Nous avons traversé le village, pas une seule personne de rencontré, il est l’heure de la sieste, on s’économise pour les quelques travaux de fin d’après-midi. À cette heure-ci, même les oiseaux font une pause. Nous rencontrons une peau de serpent, ce qui prouve qu’ils sont encore présents et qu’une fois par an ils changent complètement d’habit, même au niveau de la tête et des yeux… nous maîtrisons notre peur.

En hauteur, assis, seul sur la scène de la fête, la scène de la loterie (15 août), des histoires du village me viennent à la mémoire, souvent en rapport avec les loups.

Entre les villages il n’y avait pas de routes, il y a de cela deux générations, ce n’était que des chemins plus ou moins fréquentés. Les loups occupaient encore le terrain. Venant de l’autre côté du village, à pied, le villageois se sent suivi, il accélère, il court, le sauvetage? L’arbre près de la fontaine. L’homme la grimpe, le loup abandonne la course au pied de ce qui est devenu un obstacle pour lui, grimper à l’arbre ce n’est pas son truc. La mémoire familiale raconte que beau-père rentrant au soir de son village à celui de son épouse, se sent, là-haut, dans la montagne, entouré par une muette de loups. Il prend la torche et essaye d’éblouir l’ennemi, la meute, un combat inégal, déséquilibré dans un milieu peu hospitalier pour l’humain à ces heures. Beau-père se sentant de plus en plus menacé, siffle. Ses chiens, au village, comprennent qu’il y a danger, ils courent, s’approchent, luttent, font disperser les loups. Un des chiens, malgré les appels, manque… il ne rejoindra le village que lendemain avec des blessures, soignées pour le chasseur de beau-père. À l’époque, la chasse permettait de faire des repas différents et de garder, entre autre, des lapins grillés dans l’huile toute l’année, un met connu et reconnu des agents de la Guarda Nacional Républicana (GNR) qui y étaient sensibles, ce qui permettrait qu’ils oublient ce pourquoi ils étaient venus: détecter les petits champs de tabac, tabac cultivé pour la consommation personnelle. Salazar punissait ceux qui, faute d’argent, ne pouvaient acheter la production d’État.

Ici aussi, même si plus de naissances depuis 35 ans, il y a eu des jeunes, nés au village ou venus y passer des vacances. Ils racontent des histoires de pêche dans la rivière, des histoires de chasse… des nuits d’attente pour piéger le sanglier. Poissons et animaux, ils devaient se cacher sous risques de pas échapper…. remarquez, à l’époque ils arrivaient à se reproduire, les feux et autres dangers étaient moins présents. Les soirées de jeunes se terminaient hors du village.

Pendant la nuit, tous les chats sont gris… mais pas les mûres. La nuit était déjà bien entamée, décision est prise d’en cueillir, pauvre chemise blanche, elle sera immaculée par la couleur rouge du fruit. Arrivé à la maison, le jeune homme se couche de façon à ne pas réveiller sa mère. Le lendemain, celle-ci aura une des peurs de sa vie. Le fils est réveillé par sa maman en panique. Celle-ci croyant voir son fils avec des traces de sang lui demande «que t’est-il arrivé mon fils?»

Celui-ci, avec encore mal à sa tête répond: «ne t’inquiète pas, nous, on a souffert… mais les autres sont partis en plus mauvais état que nous… ils ont atterri à l’hôpital…» Quel sacré celui-là… Il a vite dû rassurer sa maman en expliquant que la chemise souffrait des mûres trop matures et de l’état pas trop catholique des cueilleurs de minuit qui ont bu au-delà de la soif.

 

Je redescends au village. On n’a pas besoin d’eau, toutefois la «saudade» me conduit à une des fontaines, nous remplissons un bidon, l’eau déborde, elle est encore abondante cette année. Légèrement plus bas, l’eau est retenue, l’heure de sa libération est pour le soir… ils sont moins nombreux les villageois qui se servent de l’eau pour irriguer les champs. Dans le temps, le lundi l’eau était destinée à António, le mardi à José, le mercredi à Joaquim… plus besoin de cette comptabilité, les terrains sont pour la plupart à l’abandon, la nature recouvre et envahit.

Nous avons pu profiter de la compagnie des nôtres pour parcourir les chemins et même les signaler sur cartographie partagée, tout éventuel touriste perdu pourra ainsi retrouver chemin. Un vrai bonheur ce partage en famille, on se dit qu’il est important de vivre le présent, le demain étant, en partie, l’inconnue. Un vrai bonheur qui ne saurait être total, la pandémie a installé le doute… venir, ne pas venir… pensées aussi pour tous ceux qui, pour des raisons de santé, ne peuvent venir voir les siens, voir leurs terres.

Depuis 10, 20 ans que nous pratiquons les chemins du village, toutefois il nous semble qu’ils s’allongent ou est-ce notre forme qui souffre de nos formes? Le moulin abandonné le long de la rivière, nous ne l’avons pas pu revisiter… tous les chemins n’y mènent pas… «tous les chemins mènent à Rome», voilà un dicton qu’il convient d’amender.

Une phrase nous restera du début de soirée… les propriétaires du café ont eu/ont des problèmes de santé. Demain ils vont recueillir du miel, ils ne recueillent qu’un tiers de la production, le reste alimente les propres abeilles pendant les mois moins fleuris et plus froids… pourvu qu’il ne fasse pas de vent, d’orages, les abeilles acceptent plus facilement la présence humaine par temps calme. L’année ne fut pas bonne, la mortalité des abeilles a été importante. La phrase? “Travailler c’est pour moi un jeu”. Une certaine philosophie de vie? Probablement… ça entretient la forme et ça aide à vieillir.

Avant une dernière nuit, on prend le temps de passer en revue, avec les propriétaires du café, ceux qui sont là, décédés, en maison de retraite. Le café est le moyen d’avoir des informations, l’autre moyen étant la sortie du chapelet journalier. Le temps de faire «mercado» nocturne n’est plus qu’un souvenir d’il y a quinze ans. Les plus âgés sortaient la nuit tombée pour raconter des souvenirs, des anecdotes… nos enfants devenus adultes, à l’époque avaient du plaisir à entendre ces histoires, ils les connaissent par cœur mais avaient toujours le même plaisir à les réentendre.

Il est 23 heures, dernier signalement de la cloche du village, l’heure où le «mercado» se terminait, l’heure de rentrer pour une dernière avant… Moment pour poser le téléphone et profiter du silence, de la fraîcheur nocturne… au loin, des légers vroum, vroum des éoliennes qui nous surveillent de là-haut. Éoliennes qui sont venues désenclaver le village et source de revenu pour quelques propriétaires. Dans le temps on construisait des châteaux en hauteur, dans notre temps on installe des éoliennes… pas si moches que cela… une manière d’avoir au Portugal 0% d’électricité produite par le nucléaire.

Les lampes nombreuses éclairent même les rues désertes, n’est-ce pas là un cadeau du propriétaire des éoliennes, une forme de remerciement?

À propos de ce qui sont les biens essentiels, parlons de l’eau. Le village a des compteurs d’eau depuis de nombreuses années, toutefois l’eau n’était pas comptabilisée/payée… Il y eu des abus… Remplir les piscines ou irriguer gratuitement était un privilège. L’eau est devenue, au fil des années, de plus en plus précieuse, rare. Conclusion/punition: on demande aux villageois/consommateurs de commencer à payer l’eau. Le propriétaire de la source gratuite, en désaccord, prie les autorités de capter l’eau dans une autre source, depuis l’eau est payée en fonction de la quantité consommée, alors que d’autres ont construit des ouvrages pour aller chercher de l’eau dans les nappes phréatiques… un plaisir pour le moment, un danger pour demain… L’eau, une richesse qui s’appauvrit, les nappes s’assèchent.

Des histoires vécues, entendues… la mémoire individuelle, collective… de gens simples, de lieux loin des pouvoirs. Le moment présent deviendra lui aussi, si la santé le permet, un souvenir… même si le principale reste le demain, ce que nous n’avons pas encore vécu.

Comme presque toujours, la moitié de ce que nous avions programmé avant les vacances, n’a pas pu être concrétisée. L’occasion de revenir pour refaire la portion de la ligne de chemin de fer entre Covilhã et Guarda, un demi-siècle après nos débuts ou fins de voyages vers la France ou à partir de la France… De l’autoroute A23 on se rend compte des efforts et du travail accompli avec la construction, l’aménagement d’un nombre impressionnant d’ouvrages d’art. La traversée de la frontière à partir de Foios, région de l’ancienne contrebande, restera à accomplir aussi et… et… pourvu que la santé nous soit bonne compagnie.

Je regarde le ciel, riche d’étoiles. Pourquoi ce qui ressemble à une étoile brille plus que d’autres? Est-ce Thomas Pesquet qui nous fait signe et qui nous renvoie sur terre? Au train-train de la vie?

Décollage prévu à Porto à 16h20, décollage réel à 18h17 (avec 2 heures de retard on est en droit de demander indemnisation), arrivés à Paris, on rate le dernier TGV, d’autres soucis, inconvénients, nous accueillent… la routine reprend ses droits.

 

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