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«Saudade, ici et là-bas» d’Isabel Ribeiro: une pièce de théâtre sur les racines des lusodescendants

Marie Lopez-Vivanco Marie Lopez-Vivanco Marie Lopez-Vivanco Marie Lopez-Vivanco Marie Lopez-Vivanco Marie Lopez-Vivanco
Cultura

 

 

«Idálio et sa sœur Joana se retrouvent au Portugal avec leur neveu Manu, afin de vendre la maison familiale. Cet événement douloureux va faire naître les souvenirs d’une émigration et poser la question de la transmission identitaire. A travers confidences et chansons, chacun découvrira la part de saudade qu’il porte en soi, comme une mémoire qui traverse le temps et réconforte l’âme, comme ce qui n’est plus mais reste toujours vivant, comme un espoir au-delà des horizons».

Voici le synopsis de la pièce «Saudade, ici et là-bas» de et avec Isabel Ribeiro, Dan Inger dos Santos, l’accordéoniste belge Simon Gielen et mise en scène par Alexis Desseaux, homme de théâtre, alias Vincent Mota dans la série télévisée «Julie Lescaut».

 

Isabel Ribeiro bonjour, comment est née l’envie d’écrire cette pièce?

Cela faisait plusieurs années que je souhaitais réaliser un projet autour de nos racines, de la lusodescendance, de la transmission, mais aussi autour de ces premières générations de Portugais arrivés en France. Il était question de réaliser un documentaire pour recueillir tous ces témoignages, mais j’avais d’autres projets au théâtre qui prenaient pas mal de temps et surtout je suis devenue maman! Mon attention était donc focalisée sur tout autre chose. Cet événement a toutefois réveillé ce besoin de raconter l’histoire de nos parents, d’autant plus, pour que nos enfants la connaissent. Le comédien et metteur en scène Alexis Desseaux, qui voulait voir ce projet se créer, m’a encouragée à écrire sur ce sujet pour le théâtre… et je me suis lancée! «Saudade, ici et là-bas» démarrait son aventure.

 

Comment s’est décidé le choix de distribution des trois rôles?

Tout d’abord, il fallait des personnages qui racontent une histoire, qui aient un propos à défendre et qui, du fait de leurs parcours différents, entrent parfois en confrontation. Je devais créer des profils existants et trouver des liens entre eux. Sachant que la pièce s’articule autour de deux périodes, présent et passé, je suis partie tout d’abord d’une fratrie. Mon personnage, Joana, est la benjamine et en quelque sorte le moteur dans cette famille de lusodescendants, c’est par ses prises de décision que les histoires personnelles se dévoilent. Je joue également la mère, Ilda, quand la pièce bascule dans le passé, une femme travailleuse et aspirante artiste aux rêves trop grands pour ce que le Portugal lui propose à l’époque. Je savais que le spectacle serait musical, par conséquent il me fallait des partenaires qui sachent jouer d’un instrument et chanter. J’ai pensé assez rapidement à Dan Inger, car c’est un artiste qui depuis longtemps puise son inspiration dans ce que lui offre sa double culture. De plus, il a l’habitude de la scène en tant que comédien, jouant également pour le jeune public. J’ai senti qu’il y avait une profondeur à explorer et que notre metteur en scène saurait aller chercher. De plus, comme il m’avait invitée à partager deux chansons sur scène il y a quelques années, c’était une façon de lui rendre la pareille, en lui offrant ce rôle du frère, Idálio, marqué par ses souvenirs d’enfant exilé, ainsi que celui du père, Manuel, homme en proie à l’inquiétude face à la politique de l’époque et confronté au départ inévitable. Simon Gielen, accordéoniste belge, est un ami et cela faisait longtemps que nous parlions de projets musicaux communs. Mais comment intégrer un musicien belge sans aucun lien avec le Portugal dans une pièce dont c’est le sujet? J’ai donc créé pour lui le rôle du neveu, Manu, qui vit en Belgique et qui se rend compte de sa méconnaissance de ses origines. Simon joue aussi Zé dans le flashback, accompagnateur mystérieux de Ilda et Manuel, durant leurs soirées musicales dans la tasca de Lisbonne.

 

Quelles sont les principales difficultés de jouer deux personnages dans une même pièce?

Il faut bien connaître l’un et l’autre des personnages, afin qu’ils soient bien différentiables pour le public et pour nous dans l’interprétation. Il a fallu pour nous, les trois comédiens, trouver une intériorité propre à chacun de ces six personnages. Bien que le décor et les costumes donnent l’information temporelle au public, nous devons passer par un travail sur le corps, la voix, car Ilda et Manuel, s’ils sont dans le passé, sont plus jeunes que Joana et Idalio! Il y a donc un dynamisme, une fraîcheur à apporter à ces personnages quand les autres sont déjà plus marqués par les épreuves de la vie et les désillusions.

 

Les sujets abordés dans la pièce sont très universels, la transmission identitaire, la vie, l’amour… illustrés par de jolis moments de chansons, mais on peut y voir aussi une certaine reconnaissance de la dite première génération d’émigrés portugais, appuyée avec la projection d’images d’archives qui donnent des moments très émouvants?

J’ai découvert cette phrase de Tolstoï qui résume tout: «Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village». En effet, en partant de ce que je connais, de mon héritage portugais et de sa place dans ma construction personnelle, le message s’élargit forcément et touche à tous. Que l’on soit «franco-français» ou descendant d’origines différentes de partout dans le monde, nous avons tous vécu des déchirements en quittant des lieux ou des personnes, nous passons tous par un questionnement identitaire et une réflexion sur ce que l’on souhaite transmettre à nos enfants, ou non, en nous libérant aussi de bagages qui ne sont pas les nôtres. Mais se souvenir, rappeler ces parcours, les transmettre est pour moi une nécessité car ils sont à l’origine de ce que nous sommes aujourd’hui. De plus, le faire sous la direction d’Alexis Desseaux qui est Français, était encore plus intéressant car le regard est plus objectif et non dans la complaisance. Ces hommes et ces femmes, courageux, sont des héros de leur époque. Je suis admirative du parcours de mes parents, je suis admirative de celui de tous ceux qui, courageux, ont dû partir en fixant leurs regards devant eux, les souvenirs plein le cœur. Mais on voit aussi des parallèles avec ce qui se passe aujourd’hui, toutes ces histoires de vie autour de nous… «Pour ne pas oublier» comme il est dit dans la pièce. Et en effet, les photos de Gérald Bloncourt, que nous projetons, permettent de visualiser cette partie de l’histoire portugaise mais aussi française finalement! Les chansons invitent au voyage et sont une sorte de prolongement de la pensée dans la situation.

 

Vous avez eu plusieurs sorties de résidences et déjà trois représentations en Seine Maritime, comment a été reçue la pièce par le public normand?

Très bien! Car encore une fois, c’est un sujet qui une fois élargi touche à tous. Nous avons eu beaucoup de retours de gens émus qui nous racontaient lors de nos échanges qu’ils avaient pensé à leurs familles laissées dans d’autres régions ou d’autres pays, à leurs amis… c’est universel! Et pour l’anecdote, la première sortie de résidence qui avait eu lieu à Dieppe a tellement plu, qu’une soirée portugaise a été organisée pour les résidents du quartier… on peut donc dire que c’est une pièce qui rassemble!

 

La production CinéThéact, compagnie dieppoise est en pleine diffusion de votre pièce, quelles sont les structures visées?

Nous prenons contact auprès des acteurs de la culture, du monde associatif, de l’entreprenariat également dans le cadre d’événementiels… Aussi nous travaillons avec l’équipe à une «formule musicale» du spectacle afin de se produire dans le cadre de structures plus réduites.

 

Pourra-t-on vous voir bientôt sur Paris?

Nous l’espérons! Nous voulons que «Saudade, ici et là-bas» puisse être vue à Paris mais aussi voyager sur les routes de France et des pays francophones… au Portugal même, pourquoi pas!

 

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