
Réunis le 27 juin dans l’ancienne forteresse-prison de Peniche, symbole de la lutte contre la dictature de l’Estado Novo, anciens prisonniers politiques, militants antifascistes, historiens et représentants d’associations mémorielles ont rendu hommage aux Portugais qui, au Portugal comme en exil, ont combattu le fascisme, le nazisme et toutes les formes de dictature.
La cérémonie s’est déroulée au sein du Musée national de la Résistance et de la Liberté, installé dans l’ancienne prison politique où furent enfermés de nombreux opposants au régime salazariste. Ce lieu de mémoire a accueilli une journée de recueillement mais aussi de réflexion sur l’importance de transmettre l’histoire aux nouvelles générations.
Parmi les interventions les plus marquantes, celle du Colonel Vasco Lourenço, figure emblématique de la Révolution des Œillets et Président de l’Association 25 de Abril, a rappelé que le combat pour la liberté est une constante de l’histoire portugaise.
Pour lui, l’hommage rendu à Peniche dépasse le simple devoir de mémoire. Il s’agit de rappeler que la liberté n’a jamais été acquise sans sacrifices. Dès les premières lignes de son discours, il souligne que l’histoire de l’humanité est aussi celle des guerres et de la domination, mais que des femmes et des hommes ont toujours refusé de renoncer à leur liberté, parfois au prix de leur vie. Les résistants honorés à Peniche appartiennent à cette tradition.
Assumer toute l’histoire du Portugal
Vasco Lourenço inscrit également cette résistance dans une histoire plus longue du Portugal, évoquant un peuple qui, selon lui, a toujours porté en lui un profond attachement à la liberté. Il n’a toutefois pas éludé les pages plus sombres de l’histoire nationale, rappelant que le pays fut aussi une puissance coloniale et esclavagiste avant de devenir l’un des premiers États à abolir l’esclavage et à défendre les droits humains. Une lecture de l’histoire qui invite à reconnaître à la fois les grandeurs et les erreurs du passé.
L’ancien Capitaine d’Avril a naturellement replacé la Révolution du 25 avril 1974 au cœur de cette continuité historique. Selon lui, le renversement de la dictature n’aurait jamais été possible sans des décennies de résistance menées par des milliers de Portugais contre le régime de Salazar et de Marcelo Caetano. Les Capitaines d’Avril, a-t-il rappelé, ont pu agir parce que d’autres avaient préparé le terrain par leur engagement, leur emprisonnement, leur exil ou leur sacrifice.
Une large partie de son intervention a été consacrée aux Portugais qui combattirent le fascisme hors des frontières nationales. Vasco Lourenço a salué ceux qui rejoignirent les Brigades internationales pendant la Guerre civile espagnole, ainsi que les nombreux émigrés portugais engagés dans la Résistance française contre l’occupation nazie et le Régime de Vichy durant la II Guerre mondiale. Leur contribution, longtemps passée sous silence, mérite aujourd’hui d’être pleinement reconnue.
Il a également regretté que ces hommes et ces femmes aient été ignorés non seulement sous la dictature, mais aussi pendant de nombreuses années après le retour de la démocratie.

Préserver la mémoire face aux nouvelles menaces
Le président de l’Association 25 de Abril a lancé un avertissement face au contexte international actuel. Selon lui, les «vents de nouveaux fascismes» soufflent de nouveau en Europe et dans le monde, et le Portugal ne saurait se croire à l’abri. C’est pourquoi il estime indispensable de préserver la mémoire des quarante-huit années de dictature, afin que les générations futures comprennent le prix de la liberté et refusent toute résurgence de l’autoritarisme.
Il a insisté sur le rôle essentiel des historiens et des chercheurs, chargés d’établir une histoire fidèle des combats contre la dictature et de faire connaître des parcours longtemps oubliés. Les recherches menées sur les résistants portugais engagés en Espagne et en France constituent, selon lui, une contribution essentielle à cette transmission.

«Fascisme, plus jamais !»
En conclusion, Vasco Lourenço a félicité les chercheurs et les associations à l’origine de cette cérémonie, saluant l’unité des organisations engagées autour de la défense des valeurs démocratiques. Son discours s’est achevé par un hommage appuyé aux Résistants portugais et par des mots repris par de nombreux participants : «Honneur à ces Portugais héroïques ! Liberté, toujours ! 25 Avril, toujours ! Fascisme, plus jamais !»
À Peniche, ancienne prison devenue lieu de mémoire, ces paroles ont trouvé un écho particulier. Elles rappellent que la démocratie ne se résume pas à une conquête du passé, mais demeure une responsabilité collective, nourrie par le souvenir de celles et ceux qui ont refusé de céder face à la dictature.
Durant la cérémonie une plaque en honneur aux portugais qui ont lutté contre le fascisme en Espagne (1936-1939) et contre le nazisme dans la Résidence en France (1939-1945) a été dévoilé/inaugurée par le Colonel Vasco Lourenço et Ana Rechena responsable du Museu Nacional da Resistência e da Liberdade.






