
Une inscription au cimetière communal de Soissons à l’origine d’une enquête.
Au Cimetière communal de Soissons, une tombe porte une inscription simple : «Les combattants portugais, section de Soissons, Amadeu Regadas, 21ème RMVE, mat. 2630. Mort pour la France, 14/06/1940».
Cette inscription, qui comporte plusieurs erreurs, est le point de départ d’une enquête historique destinée à retrouver l’identité véritable de ce soldat et à retracer son parcours.
Les recherches dans les archives révèlent que le nom d’Amadeu apparaît sous différentes formes : Da Silva Regadas Amadeur, Da Silva Amadeu ou encore Amadéu Regadas.
Son véritable nom est Amadeu da Silva, son matricule militaire étant également erroné sur la tombe : il s’agit du matricule 2631 et non 2630.
Né le 2 mars 1907 à Mirão, dans la paroisse de Santa Cruz do Bispo (Matosinhos, Portugal), il est le fils d’António Francisco da Silva, maçon, et de Francisca Moreira da Silva, couturière.
Comme beaucoup de Portugais de sa génération, Amadeu quitte son pays pour chercher de nouvelles perspectives. Ne s’étant pas présenté au service militaire portugais, il est déclaré réfractaire en le 14 mai 1932.
La France de l’après-Première Guerre mondiale, engagée dans sa reconstruction, accueille alors une importante main-d’œuvre étrangère. Amadeu da Silva rejoint probablement la région de Soissons, où une importante Communauté portugaise est déjà présente.
Ce choix n’est peut-être pas un hasard : plusieurs familles originaires de Santa Cruz do Bispo sont déjà liées à l’histoire militaire, notamment une dizaine de soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) ayant participé à la I Guerre mondiale.
Pourquoi le nom «Regadas» apparaît-il dans les documents militaires ?
Lors de son engagement dans la Légion étrangère, Amadeu da Silva choisit le nom de Regadas, un nom présent dans son histoire familiale.
Ce surnom n’est pas choisi au hasard : plusieurs membres de sa famille portent ce nom, notamment son parrain de baptême, Francisco da Silva Regadas.
Cette pratique d’utilisation d’un nom d’emprunt ou d’un surnom existe dans la Légion étrangère afin de protéger l’identité des engagés et appartient à la tradition particulière de cette institution.

Le 21ème RMVE : ces étrangers venus défendre la France
L’engagement d’Amadeu da Silva intervient dans le contexte de la mobilisation des volontaires étrangers au début de la II Guerre mondiale.
Un décret du 12 avril 1939 autorise les étrangers âgés de 18 à 40 ans à s’engager dans l’armée française. Après la déclaration de guerre, plusieurs milliers d’hommes choisissent de rejoindre les rangs français pour combattre l’Allemagne nazie.
Pour accueillir ces volontaires, la Légion étrangère crée les Régiments de Marche de Volontaires Étrangers (RMVE). Le 21ème RMVE, auquel appartient Amadeu da Silva, est créé au camp du Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales, le 29 septembre 1939.
Composé d’environ 2.800 hommes représentant près d’une cinquantaine de nationalités, le régiment rassemble notamment des républicains espagnols, des réfugiés juifs d’Europe centrale, mais aussi des Portugais, Italiens, Belges et autres volontaires étrangers.
Constitués dans l’urgence, les RMVE souffrent d’un manque important de moyens matériels. Les hommes doivent souvent improviser, réparer et adapter leur équipement avec les moyens disponibles.
C’est pour cette raison que les 21ème, 22ème et 23ème RMVE reçoivent le surnom de «régiments ficelles». D’abord utilisé pour souligner leur précarité matérielle, ce terme devient progressivement un symbole de leur ingéniosité et de leur courage.
Avec des moyens limités, ces volontaires étrangers vont pourtant démontrer une remarquable valeur militaire pendant les combats de mai et juin 1940.

Juin 1940 : le sacrifice du 21ème RMVE dans la Bataille de France
Après plusieurs mois d’instruction, le 21ème RMVE rejoint la ligne Maginot avant d’être envoyé en urgence dans les Ardennes après l’offensive allemande du 10 mai 1940.
Engagé dans les combats autour du canal des Ardennes, de Buzancy, de l’Argonne et de Sainte-Menehould, le régiment oppose une résistance acharnée malgré des pertes considérables.
Le 14 juin 1940, alors que les troupes allemandes entrent dans Paris, le 21ème RMVE est retiré du front. Il a alors perdu près de 60% de son effectif.
C’est au cours de ces combats, près de Neuville-au-Pont, dans le secteur de Sainte-Menehould, qu’Amadeu da Silva trouve la mort le 14 juin 1940.
Après la guerre, contrairement à de nombreux soldats restés dans des nécropoles militaires, la dépouille d’Amadeu da Silva semble avoir été restituée à sa famille ou amis, probablement entre 1946 et 1949.
Cette restitution pourrait être liée aux démarches de l’Association des combattants Portugais de Soissons, qui entretenait vraisemblablement un lien avec ce soldat engagé pour la France.
Dans le Cimetière communal de Soissons, à l’emplacement de la tombe d’Amadeu da Silva, d’autres soldats morts pour la France y sont également honorés.
La redécouverte récente de sa tombe a permis à l’Association Départementale Portugaise de Soissons, présidée par Maria Blondelle, de procéder à son nettoyage et de signaler cette sépulture au Comité Soissonnais du Souvenir Français.
Grâce à cette démarche, la mémoire d’Amadeu da Silva, volontaire portugais du 21ème RMVE et Mort pour la France, retrouve aujourd’hui sa place dans l’histoire de Soissons et dans celle de tous ces étrangers venus défendre la France en 1940.
Un monument à Noirval dans les Ardennes rend hommage aux combattants de 21ème RMVE.






