Originaire d’une famille portugaise installée en France depuis les années 1960, Abel Carlos Ribeiro a fait de son double ancrage culturel un véritable projet professionnel. Après avoir développé pendant plusieurs années des échanges commerciaux entre le Portugal et la France dans les secteurs du textile et de la chaussure, il s’est lancé dans une nouvelle aventure : la valorisation du miel portugais. À travers sa marque Mel da Serra, il souhaite mettre en avant le savoir-faire des apiculteurs portugais tout en garantissant une traçabilité exemplaire et une rémunération plus juste des producteurs. Rencontre avec un entrepreneur passionné.
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Abel Carlos Ribeiro d’où êtes-vous originaire au Portugal ?
Je suis né en France. Mes parents et mes grands-parents sont originaires du Portugal, plus précisément de la région de Guimarães, même si ma mère est d’un petit village voisin, São Torcato. Mes grands-parents sont arrivés en France dans les années 1960-1970. Mes frères, mes sœurs et moi sommes nés ici, avons grandi et étudié en France. Malgré cela, nous avons toujours conservé un lien très fort avec le Portugal, où nous passions chaque été et, lorsque c’était possible, les fêtes de Noël. Aujourd’hui encore, ce lien reste très fort. Depuis une quinzaine d’années, je travaille en partenariat avec des entreprises portugaises. J’ai développé un réseau d’échanges entre les deux pays grâce à mon expérience et à de nombreux partenaires présents au Portugal.
Comment êtes-vous devenu entrepreneur ?
J’ai commencé dans le textile, puis je me suis progressivement tourné vers la chaussure, notamment les chaussures innovantes, la rénovation et le sur-mesure. Ensuite, en fonction des besoins du marché, j’ai développé une activité autour des produits alimentaires à forte valeur ajoutée, notamment l’huile d’olive, avant de me consacrer au miel.
Comment est née votre activité autour du miel ?
Je consomme du miel depuis mon enfance. Il y a cinq ou six ans, des voisins m’ont demandé de leur apporter du miel du Portugal. Puis la demande a progressivement augmenté. J’ai commencé à fournir quelques commerçants, notamment une boucherie à Roubaix. Les pots se vendaient très rapidement. Face à cet engouement, j’ai compris qu’il fallait structurer l’activité et professionnaliser la démarche. Les clients étaient très attentifs à la qualité, à l’origine des produits et au respect des normes. Nous avons donc développé des présentoirs et construit un véritable réseau commercial qui compte aujourd’hui une trentaine de points de vente dans la région.
Comment avez-vous organisé votre réseau d’apiculteurs ?
Au départ, j’ai créé une micro-entreprise en France afin de tester le marché. Au Portugal, grâce au bouche-à-oreille, j’ai rencontré plusieurs apiculteurs autour de Guimarães, Gerês, Trás-os-Montes et Algarve. J’ai rapidement compris leurs difficultés : les maladies des abeilles, comme le varroa, les aléas climatiques, la baisse du nombre d’apiculteurs et surtout le manque de rentabilité de leur métier. J’ai alors proposé un modèle simple : je m’engage à acheter toute leur production, qu’elle représente une tonne ou dix tonnes. Ils bénéficient ainsi d’une sécurité financière et peuvent investir dans le développement de leur exploitation. Cette relation de confiance a permis d’attirer progressivement de nouveaux producteurs, notamment des jeunes formés par les anciens. L’objectif est de maintenir une apiculture artisanale tout en assurant un revenu complémentaire aux producteurs.




Quelle est votre structure de vente ?
La société s’appelle Human Service Diffusion, tandis que la marque commerciale est Mel da Serra, un nom inspiré d’une localité de montagne portugaise. Aujourd’hui, nous travaillons régulièrement avec une dizaine d’apiculteurs, auxquels s’ajoutent quelques producteurs plus occasionnels. Notre objectif est d’élargir progressivement ce réseau.
Quels types de miel commercialisez-vous ?
Nous proposons actuellement plusieurs variétés : le miel de thym (sud du Portugal), miel multifleurs, d’altitude, miel d’eucalyptus, miel de lavande… D’autres références viendront prochainement enrichir la gamme, notamment les miels d’oranger et d’amandier. Le Portugal possède une grande diversité florale permettant de produire une grande variété de miels.
Le conditionnement est-il réalisé par les apiculteurs ?
Au départ, oui. Chaque producteur mettait son miel en pot et réalisait son étiquetage. Désormais, nous centralisons cette étape dans une nouvelle structure logistique au Portugal. Ce site permettra de contrôler la qualité, d’assurer le conditionnement et de développer une nouvelle offre de coffrets cadeaux associant miel, amandes, chocolats et autres produits portugais.
Où peut-on trouver vos produits ?
Ils sont aujourd’hui distribués dans une trentaine de commerces de la métropole lilloise : Roubaix, Tourcoing, Lille, Douai, Valenciennes, Wattrelos ou encore Marcq-en-Barœul. Nous développons également des projets sur Paris et Versailles. L’an dernier, nous avons commercialisé plus de 30 tonnes de miel.
Comment reconnaître un vrai miel ?
Le premier indicateur est la cristallisation naturelle. Un miel pur finit généralement par cristalliser, car le glucose et le fructose se solidifient naturellement. Le second critère est l’analyse en laboratoire. Un miel d’eucalyptus, par exemple, doit contenir majoritairement du pollen d’eucalyptus. Ces analyses permettent d’authentifier précisément son origine botanique. En revanche, certaines croyances populaires, comme la formation d’une bulle lorsqu’on retourne un pot, ne constituent absolument pas une preuve de qualité.
Quels sont les principaux problèmes rencontrés par les producteurs de miel ?
Les difficultés sont nombreuses : le varroa, les sécheresses, les incendies, la prolifération du frelon asiatique et le vieillissement des apiculteurs. La majorité des producteurs avec lesquels nous travaillons sont issus de familles d’apiculteurs. Leur savoir-faire se transmet de génération en génération, tout en intégrant progressivement les avancées scientifiques et les analyses de laboratoire.
Quels sont vos projets ?
Nous préparons actuellement un site internet qui permettra de présenter chaque apiculteur. Grâce à un QR Code présent sur les pots, les consommateurs pourront découvrir le producteur, la région d’origine, les paysages où vivent les abeilles et les analyses de laboratoire correspondantes. Notre volonté est de mettre les apiculteurs au premier plan. Ce sont eux qui créent la valeur ; notre rôle consiste simplement à assurer le lien entre le producteur et le consommateur.
A travers Mel da Serra, Abel Carlos Ribeiro, ne se contente pas de commercialiser du miel portugais. Il construit progressivement une véritable filière fondée sur la confiance, la qualité et la transparence. Son ambition est double : offrir aux consommateurs un produit authentique, parfaitement traçable, tout en garantissant aux apiculteurs une rémunération stable leur permettant de poursuivre leur activité et de transmettre leur savoir-faire aux nouvelles générations. Un projet qui illustre parfaitement la richesse des liens économiques et culturels entre le Portugal et la France.







