Hier, c’étaient les Portugais en France; aujourd’hui, pour certains, ce sont les Asiatiques au Portugal

L’histoire de l’immigration portugaise en France mérite d’être rappelée au moment où le Portugal, longtemps terre d’émigration, est devenu à son tour une terre d’accueil. Le parallèle ne signifie évidemment pas que toutes les migrations se ressemblent, ni que les difficultés actuelles doivent être minimisées. Il invite simplement à regarder le présent à la lumière de l’histoire.

Pendant des décennies, les Portugais ont été présentés en France comme un exemple d’immigration finalement réussie: travailleurs, discrets, attachés à leur famille et progressivement intégrés dans la société française. Cette image est aujourd’hui largement répandue. Elle risque cependant de faire oublier les conditions dans lesquelles cette immigration est arrivée et, surtout, les préjugés auxquels les Portugais ont eux-mêmes été confrontés.

C’est pourquoi l’histoire de Champigny-sur-Marne occupe une place particulière. Elle permet de mesurer le chemin parcouru: des baraques du bidonville du Plateau à la reconnaissance officielle d’une mémoire franco-portugaise, en passant par la solidarité d’élus, d’associations et d’habitants.

Elle rappelle également une vérité que les sociétés d’accueil oublient parfois: l’immigré d’aujourd’hui peut devenir le citoyen, le voisin, l’entrepreneur ou le grand-parent pleinement reconnu de demain.

Les Portugais aussi ont été des immigrés pauvres et mal accueillis

Entre les années 1950 et 1970, des centaines de milliers de Portugais quittent leur pays. Beaucoup fuient la pauvreté, l’absence de perspectives, la dictature de l’Estado Novo et, à partir de 1961, les guerres coloniales en Angola, en Guinée-Bissau et au Mozambique.

La France représente alors un espoir. L’économie française des Trente Glorieuses a besoin de travailleurs dans le bâtiment, l’industrie, les travaux publics, l’agriculture et les services. Des Portugais arrivent donc dans un pays qui a besoin de leur travail, mais qui n’a pas toujours préparé les conditions de leur accueil.

Une partie importante de cette immigration est arrivée dans des conditions administratives difficiles, parfois clandestinement. Les nouveaux venus trouvent du travail, mais beaucoup ne trouvent ni logement décent ni véritable dispositif d’accueil.

C’est ainsi que des familles entières se retrouvent dans des bidonvilles aux portes de Paris.

Champigny-sur-Marne: une page longtemps oubliée

À Champigny-sur-Marne, sur le Plateau, se développe l’un des plus importants bidonvilles portugais de France. Les chiffres varient selon les périodes et les sources, mais plusieurs milliers de Portugais y vivent au cours des années 1960, jusqu’à des estimations proches de 15.000 personnes.

Les conditions sont extrêmement précaires: baraques, manque d’eau potable, absence d’assainissement, difficultés d’accès à l’électricité, boue, promiscuité et problèmes de logement.

Mais il serait également réducteur de ne voir dans ce bidonville qu’un lieu de misère. Il est aussi un lieu d’entraide. Les nouveaux arrivants sont accueillis par ceux qui les ont précédés. On aide à trouver un emploi, à construire une baraque, à faire venir la famille, à comprendre les démarches administratives.

Le bidonville devient ainsi une sorte de village portugais transplanté en région parisienne.

Mais cette concentration de population étrangère suscite également des réactions hostiles. Des lettres et plaintes adressées aux autorités municipales témoignent des inquiétudes et des préjugés de l’époque.

Champigny, 24 mars 1965: quand les préjugés apparaissent dans les archives

Une lettre anonyme adressée au Maire de Champigny, Louis Talamoni, le 24 mars 1965, constitue aujourd’hui un document particulièrement révélateur. Conservée aux Archives municipales de Champigny-sur-Marne sous la cote 512W19, elle témoigne du regard porté par une partie de la population sur les Portugais installés dans le bidonville.

Le courrier mêle critiques politiques, inquiétudes concernant l’hygiène, la circulation, la promiscuité et la présence des immigrés. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce document, ce n’est pas seulement son contenu, c’est le mécanisme qu’il révèle.

Une population étrangère pauvre et nombreuse est transformée, dans certains discours, en problème collectif. Les difficultés matérielles du bidonville sont imputées aux personnes qui y vivent. La différence culturelle devient un sujet de méfiance. La pauvreté devient parfois un prétendu signe d’infériorité.

Ce mécanisme n’est pas propre aux Portugais. L’histoire des migrations montre qu’il peut se reproduire avec des populations différentes, à des époques différentes.

C’est précisément pour cela que l’expérience portugaise mérite d’être rappelée aujourd’hui.

«Les négriers des temps modernes»: une autre archive de cette époque

Cette réalité sociale apparaît également dans le titre particulièrement fort signalé dans la revue La Défense Solidarité, organe officiel du Secours populaire, en décembre 1964: «Les négriers des temps modernes», à propos de la situation des Portugais de France.

Ce titre, à lui seul, montre que la question n’était pas simplement celle d’une immigration étrangère mal logée. Elle était aussi celle de l’exploitation d’une main-d’œuvre immigrée, souvent vulnérable parce que récemment arrivée, mal informée de ses droits et parfois dépourvue de statut administratif stable.

Les travailleurs portugais étaient recherchés par l’économie française, mais leurs conditions de vie et de travail pouvaient rester extrêmement éloignées de la dignité à laquelle ils pouvaient prétendre.

Cette contradiction est essentielle: un pays peut avoir besoin du travail des immigrés tout en leur accordant une place sociale inférieure.

Louis Talamoni: quand un maire choisit la solidarité

Dans cette histoire, le rôle de Louis Talamoni occupe une place centrale. Maire de Champigny-sur-Marne de 1950 à 1975 et ancien résistant, il prend position en faveur des habitants du bidonville portugais. La ville intervient notamment pour améliorer l’accès à l’eau, à l’assainissement, à la scolarisation et aux services municipaux. Des témoignages rapportent également que les enfants du bidonville furent conduits aux bains-douches en cars scolaires et que la municipalité contribua à faciliter certaines démarches administratives et l’accès à de meilleures conditions de logement.

L’enjeu dépassait donc la simple assistance matérielle. Il s’agissait de reconnaître que les Portugais vivant à Champigny étaient des habitants de la commune, même si leur situation administrative, économique et résidentielle était encore fragile.

L’hommage de 2016: la mémoire finit par changer de camp

Le plus remarquable est peut-être ce qui s’est passé plusieurs décennies plus tard.

Le 11 juin 2016, les Portugais qui avaient connu le bidonville, leurs descendants et leurs associations rendent officiellement hommage à Louis Talamoni.

L’association Les Amis du Plateau, créée notamment par d’anciens habitants du bidonville, porte le projet d’un monument consacré à l’ancien Maire. Le monument, conçu par le sculpteur Louis Molinari, est financé grâce à une mobilisation associative et communautaire. La Ville de Champigny confirme aujourd’hui qu’il a été réalisé par Louis Molinari et financé par l’association Les Amis du Plateau.

La cérémonie du 11 juin 2016 prend une dimension exceptionnelle: elle se déroule en présence du Président de la République portugaise, Marcelo Rebelo de Sousa, et du Premier Ministre portugais, António Costa.

La presse de l’époque rapporte la présence de plusieurs milliers de personnes et souligne le caractère symbolique de cet hommage.

Le Conseil départemental du Val-de-Marne a d’ailleurs décrit le monument consacré à Louis Talamoni comme un ensemble représentant les histoires des milliers de Portugais ayant vécu dans le bidonville, entouré de mains tendues symbolisant l’aide apportée par le Maire et la commune.

Le bulletin municipal «Champigny notre ville», dans son numéro 484 de juin 2016, avait lui-même placé cet événement à la une sous le titre: «Obrigado! Les Portugais rendent hommage à Louis Talamoni», annonçant l’inauguration du monument le 11 juin en présence du Président de la République et du Premier Ministre du Portugal.

La formule «Obrigado» résume à elle seule le renversement de l’histoire: ceux qui avaient autrefois été accueillis dans des conditions indignes reviennent, des décennies plus tard, dire merci à celui qui avait contribué à leur rendre leur dignité.

D’un bidonville à un monument fraternel

Le monument de Champigny ne commémore donc pas seulement un homme. Il raconte une relation entre une ville et une population immigrée. Les mains qui entourent le monument symbolisent la solidarité. Les briques rappellent les baraques du bidonville. Le portrait de Louis Talamoni rappelle l’action d’un élu qui avait choisi de ne pas détourner le regard.

En 2016, l’hommage prend ainsi une portée qui dépasse largement Champigny. Il devient un symbole de l’amitié franco-portugaise et de ce que peut produire la solidarité lorsqu’elle s’oppose à l’indifférence. Le bulletin municipal de juin 2016 présentait d’ailleurs cette mémoire comme une mémoire de solidarité et de fraternité, à une époque où l’Europe connaissait déjà de nouveaux débats sur les frontières, les réfugiés et les replis nationaux.

Quand ceux qui étaient hier «les étrangers» deviennent une partie de la France

L’évolution du regard porté sur les Portugais est frappante. Dans les années 1960, ils peuvent être décrits comme trop nombreux, pauvres, étrangers, vivant dans des conditions considérées comme incompatibles avec les normes françaises. Quelques décennies plus tard, leurs enfants et petits-enfants sont devenus une composante à part entière de la société française.

Ils sont artisans, entrepreneurs, ouvriers qualifiés, cadres, enseignants, fonctionnaires, commerçants, artistes, élus ou responsables associatifs.

Cette évolution ne signifie pas que les Portugais n’ont jamais connu de discrimination. Les travaux de Margot Delon montrent au contraire que leur trajectoire sociale fut plus complexe que le récit simplifié d’une «immigration naturellement intégrée». La notion de «Blancs honoraires», employée avec prudence dans ses recherches, souligne notamment la position particulière qu’ont occupée les Portugais dans la société française. La réussite ultérieure ne doit donc pas conduire à réécrire le passé.

Une intégration qui demande des efforts des deux côtés

Il faut aussi éviter une autre simplification: l’intégration ne dépend pas uniquement du pays d’accueil. Une société qui accueille de nouveaux habitants doit garantir des conditions dignes, l’égalité devant la loi, l’accès à l’école, au logement et au travail, et lutter contre les discriminations, mais l’immigré qui arrive dans un nouveau pays a également une responsabilité personnelle et collective: faire l’effort de comprendre la société qui l’accueille, d’apprendre sa langue, de respecter ses lois, ses règles de vie et ses coutumes locales, et de participer progressivement à la vie commune.

Respecter les coutumes du pays d’accueil ne signifie pas renoncer à ses origines. On peut conserver sa langue, sa cuisine, sa religion, ses traditions et son histoire tout en respectant celles du pays où l’on vit.

L’intégration réussie repose donc sur une responsabilité réciproque: la société d’accueil doit permettre l’intégration, et le nouvel arrivant doit vouloir s’intégrer.

C’est probablement l’une des leçons que l’expérience des Portugais en France permet de mieux comprendre.

Les familles portugaises et la construction d’une nouvelle vie

Pour beaucoup de familles portugaises, l’émigration n’était pas seulement une aventure individuelle, elle était un projet familial. On acceptait un travail difficile pour envoyer de l’argent au Portugal, aider les proches, acheter un terrain, construire une maison ou assurer un avenir meilleur aux enfants, la baraque du bidonville étant souvent considérée comme une étape, et non comme une destination définitive.

Avec le temps, les familles quittent les logements précaires, cela commence le 13 février 1966 dans le bidonville de Champigny. Elles accèdent à des appartements ou à la propriété, créent des entreprises, développent des commerces et construisent un patrimoine. Les enfants, eux, grandissent entre deux cultures et ils deviennent progressivement français sans nécessairement cesser d’être portugais dans leur mémoire familiale.

C’est ainsi que s’opère l’intégration: non pas en une génération, mais progressivement, au fil des relations de voisinage, de l’école, du travail, des mariages, des associations et des générations.

Une mémoire longtemps discrète

La mémoire de cette immigration est longtemps restée discrète, beaucoup de familles portugaises ne souhaitaient pas revenir sur les années de pauvreté. Elles voulaient tourner la page. La réussite signifiait aussi ne plus être associée au bidonville.

Mais cette discrétion a eu un effet paradoxal: elle a parfois fait oublier les difficultés traversées. Le travail de mémoire entrepris à Champigny a permis de remettre cette histoire en lumière. L’association Les Amis du Plateau a joué un rôle important dans cette démarche, jusqu’à la réalisation du monument à Louis Talamoni.

Cette mémoire n’est pas une mémoire de victimisation. Elle est aussi une mémoire de reconnaissance.

Le Portugal devenu pays d’immigration

C’est ici que le parallèle avec le Portugal contemporain devient particulièrement intéressant. Pendant une grande partie du XXe siècle, le Portugal était essentiellement un pays de départ. Les Portugais partaient vers la France, le Luxembourg, la Suisse, le Canada, le Venezuela, le Brésil et d’autres destinations, aujourd’hui, la situation est profondément différente. Le Portugal accueille des populations venues notamment du Brésil, d’Afrique, d’Asie et d’autres régions du monde.

Cette transformation est une évolution historique considérable, elle entraîne naturellement des débats sur le logement, le marché du travail, les services publics, l’organisation des villes et les conditions d’intégration. Ces débats sont légitimes, une démocratie doit pouvoir discuter de sa politique migratoire et des conditions d’accueil, mais il faut distinguer la gestion des problèmes liés à l’immigration du jugement porté sur les immigrés eux-mêmes.

On peut critiquer une politique de logement sans accuser une nationalité entière. On peut dénoncer l’exploitation de travailleurs sans considérer tous les immigrés comme responsables. On peut demander le respect des règles sans transformer l’origine étrangère en explication de tous les problèmes sociaux.

Hier, les Portugais en France; aujourd’hui, certains immigrés au Portugal

C’est ici que le souvenir de Champigny prend toute sa force. Ce que certains Portugais reprochent aujourd’hui à des immigrés arrivés au Portugal peut parfois rappeler ce que des Français reprochaient aux Portugais dans les années 1960: leur nombre, leurs habitudes, leur regroupement communautaire, leurs différences culturelles, leurs conditions de logement ou leur supposée difficulté à s’intégrer.

L’histoire ne dit pas que toutes ces critiques sont nécessairement fausses ou illégitimes, elle invite plutôt à la prudence.

Une société peut parfaitement demander aux nouveaux arrivants de respecter ses règles et ses coutumes. Elle peut aussi exiger que ceux qui arrivent fassent l’effort d’apprendre la langue, de travailler lorsqu’ils le peuvent, de scolariser leurs enfants, de respecter les lois et de participer à la vie collective, mais elle doit éviter de confondre une exigence légitime d’intégration avec un rejet de l’étranger en tant que tel.

Les Portugais de Champigny montrent justement que l’intégration est un processus qui demande du temps, des efforts et des responsabilités partagées.

La France des années 1960 peut donc parler au Portugal d’aujourd’hui

L’histoire des Portugais en France ne constitue pas une recette permettant de résoudre les débats actuels au Portugal, chaque migration possède son contexte, ses caractéristiques et ses difficultés, mais cette histoire offre un miroir.

La France avait besoin de travailleurs portugais, pourtant, elle les a parfois laissés vivre dans des conditions indignes. Les Portugais ont, de leur côté, travaillé, construit, épargné, appris à vivre dans leur nouveau pays et élevé leurs enfants dans une double appartenance. La société française a progressivement changé son regard.

Et, plusieurs décennies plus tard, les descendants de ceux qui avaient vécu dans les baraques de Champigny ont participé à l’édification d’un monument pour remercier celui qui les avait aidés, voilà pourquoi il ne faut pas oublier.

Le symbole de Louis Talamoni

L’histoire de Louis Talamoni mérite d’être rappelée non comme une histoire politique partisane, mais comme une histoire humaine.

Un Maire a vu des familles vivant dans des conditions indignes, il a choisi d’agir. Des décennies plus tard, ces familles et leurs descendants ont choisi de se souvenir.

Le 11 juin 2016, le Portugal officiel est venu à Champigny pour participer à cet hommage. La présence de Marcelo Rebelo de Sousa et d’António Costa a donné à cette cérémonie une portée nationale et internationale. Le monument, voulu et porté par les Amis du Plateau, est ainsi devenu un symbole de reconnaissance envers une ville et envers un homme.

La Ville de Champigny continue d’ailleurs à présenter aujourd’hui ce monument comme un hommage à Louis Talamoni pour son action en faveur des habitants du bidonville portugais.

Et la mémoire continue

L’histoire ne s’est pas arrêtée au monument de Louis Talamoni. En octobre 2025, Champigny a également inauguré un rond-point portant le nom de Linda de Suza, devenue une figure emblématique de l’immigration portugaise en France. La cérémonie s’est tenue le 5 octobre, en présence notamment de représentants portugais et du fils de la chanteuse.

Cette nouvelle reconnaissance est particulièrement symbolique: Linda de Suza avait elle-même connu le bidonville après son arrivée en France en 1969.

Ainsi, l’endroit qui fut autrefois associé à la précarité et au rejet devient progressivement un lieu de mémoire, de reconnaissance et de transmission.

Ne pas oublier

Il serait injuste d’utiliser l’histoire portugaise pour dire que tous les immigrants doivent suivre exactement le même chemin. Il serait tout aussi injuste d’utiliser les difficultés rencontrées aujourd’hui par certaines populations immigrées pour condamner collectivement ceux qui arrivent.

L’histoire de Champigny enseigne autre chose: elle montre qu’une population peut être pauvre sans être méprisable, qu’un immigré peut être différent sans être une menace, qu’une société peut demander le respect de ses règles sans rejeter celui qui arrive. Et qu’un immigré peut, en retour, respecter profondément le pays qui l’accueille tout en conservant une partie de son identité d’origine.

Elle montre aussi que l’intégration ne signifie pas l’effacement. Les Portugais n’ont pas cessé d’être portugais pour devenir français. Beaucoup ont conservé leur langue, leurs traditions et leurs liens avec le Portugal tout en devenant pleinement acteurs de la société française.

C’est peut-être la meilleure définition d’une intégration réussie: appartenir au pays où l’on vit sans être obligé d’oublier d’où l’on vient.

Conclusion: l’histoire comme antidote aux simplifications

L’histoire des Portugais en France est passée par plusieurs étapes: l’exil, la clandestinité pour certains, le travail pénible, les bidonvilles, les préjugés, la solidarité, l’intégration, la mobilité sociale et finalement la reconnaissance, Champigny résume cette trajectoire à elle seule.

Hier, des milliers de Portugais y vivaient dans des baraques, certains habitants les considéraient comme une présence indésirable. Des archives témoignent de cette méfiance.

Puis une partie de la société française a changé de regard et, le 11 juin 2016, ce sont les Portugais eux-mêmes qui sont revenus à Champigny pour dire «Obrigado» à Louis Talamoni.

Le contraste est saisissant: ceux qui avaient autrefois besoin de solidarité sont devenus ceux qui rendent hommage à celui qui la leur avait accordé.

C’est pourquoi cette histoire doit être connue au Portugal au moment où le pays est confronté à de nouvelles immigrations. Il est possible d’exiger une immigration maîtrisée, le respect des lois et des coutumes, des efforts d’intégration et une politique publique cohérente sans oublier que les Portugais ont eux-mêmes été des immigrés. Il est possible de défendre la dignité des immigrés sans nier les responsabilités qui leur incombent dans leur intégration.

L’histoire de Champigny invite finalement à une attitude simple: regarder les nouveaux arrivants avec exigence, mais aussi avec mémoire, car les immigrés d’aujourd’hui ne seront pas nécessairement les étrangers de demain, devenant des voisins, des collègues, des amis, des entrepreneurs, des artistes, des élus et, un jour, une partie de la mémoire même du pays qui les aura accueillis.

Sources et références

Archives et travaux universitaires:

– Archives municipales de Champigny-sur-Marne, fonds relatif aux bidonvilles portugais, cote 512W19, lettre anonyme adressée à Louis Talamoni, 24 mars 1965.

– Archives départementales du Val-de-Marne, documents relatifs aux bidonvilles portugais et à l’installation du monument de Louis Talamoni. Le document administratif de 2016 confirme notamment le projet porté par l’association Les Amis du Plateau.

– Victor Pereira, «La dictature de Salazar face à l’émigration: l’État portugais et ses migrants», Presses de Sciences Po.

– Marie-Christine Volovitch-Tavares, travaux consacrés à l’immigration portugaise en France.

– INSEE, données relatives aux immigrés et aux descendants d’immigrés.

– Instituto Nacional de Estatística (INE), données démographiques portugaises.

Revues et publications:

– La Défense Solidarité, organe officiel du Secours populaire, décembre 1964: titre consacré aux Portugais de France, «Les négriers des temps modernes».

– Champigny notre ville, n°484, juin 2016: couverture «Obrigado! Les Portugais rendent hommage à Louis Talamoni», annonçant l’inauguration du monument le 11 juin en présence du président de la République et du Premier ministre du Portugal.

Sources concernant l’hommage à Louis Talamoni

– Ville de Champigny-sur-Marne, Champigny notre ville, n° 484, juin 2016.

Pour la continuité de cette mémoire

– Ville de Champigny-sur-Marne, Notre Champigny, octobre 2025: inauguration du rond-point Linda-de-Suza, ancienne habitante du bidonville.

– Le Parisien, «Du bidonville à la célébrité: à Champigny, nouvel hommage au parcours exceptionnel de la chanteuse Linda de Suza», 5 octobre 2025.

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