Au Portugal, une nouvelle vie pour les éléphants des cirques européens

Dans l’Alentejo, le sanctuaire Pangea a accueilli cet été son premier pensionnaire. Julie, ancienne éléphante du cirque portugais, vient d’ouvrir la voie à un projet appelé à accueillir des animaux venus de toute l’Europe. Rappelons qu’en France, les cirques devront se séparer de leurs animaux sauvages à partir du 1er décembre 2028.

Au cœur de l’Alentejo, dans le sud-est du Portugal, un projet d’une ampleur inédite en Europe vient de franchir une étape décisive. Le Pangea Elephant Sanctuary a accueilli, le 2 juillet 2026, son premier pensionnaire: Julie, une femelle éléphant d’Afrique âgée d’une quarantaine d’années.

Son arrivée n’est pas anodine. Julie était présentée comme le dernier éléphant de cirque encore présent au Portugal, mais également comme le dernier animal sauvage encore détenu dans un cirque portugais. Son transfert marque ainsi concrètement une nouvelle étape dans la politique portugaise visant à mettre fin à la présence d’animaux sauvages dans les cirques, le Portugal devenant parallèlement une terre d’accueil pour les éléphants européens qui, après une vie en captivité, ne peuvent pas être relâchés dans la nature.

Un sanctuaire de plus de 400 hectares

Le Pangea Elephant Sanctuary est installé dans l’Alentejo, sur un domaine d’environ 400 hectares, situé entre Alandroal et Vila Viçosa.

Le choix du Portugal est le résultat d’une étude menée à l’échelle européenne. Pangea indique avoir comparé plusieurs pays en fonction notamment du climat méditerranéen, de la disponibilité de grands domaines, des conditions politiques et des possibilités de créer un véritable environnement naturel pour les éléphants. Le Portugal a finalement été retenu parmi trois pays présélectionnés, le projet étant conçu pour accueillir à terme des éléphants africains et asiatiques ayant besoin d’une solution de placement en Europe.

L’ambition est de transformer progressivement cette ancienne propriété en un vaste espace naturel dans lequel les éléphants pourront se déplacer, chercher leur nourriture, prendre des bains, explorer leur environnement et, surtout, retrouver une vie sociale. Pangea ne se présente pas comme un zoo, le sanctuaire a vocation à offrir aux animaux un lieu de vie permanent, avec un accès très limité du public.

Julie, première pensionnaire

Julie est née en Afrique australe. Capturée alors qu’elle était encore un éléphanteau, elle est arrivée au Portugal au début des années 1980. En 1988, elle rejoint le Cirque Víctor Hugo Cardinali, où elle a vécu pendant près de quatre décennies. Au fil des années, plusieurs éléphants ont partagé sa vie, toutefois ses compagnons ont été transférés ou sont morts. Lorsque Samba, sa dernière compagne, est décédée en 2024, Julie s’est retrouvée seule.

Le transfert vers Pangea lui offre donc une nouvelle vie, dans un espace beaucoup plus vaste et avec la possibilité, à terme, de retrouver la compagnie d’autres éléphants. Le 2 juillet 2026, elle a effectué ses premiers pas dans le sanctuaire. Pour Pangea, cette arrivée constitue également l’ouverture officielle du site.

Kariba devait être la deuxième

Julie devait initialement être accompagnée par Kariba, une autre éléphante africaine vivant en Belgique. Kariba devait quitter son lieu de détention pour rejoindre le Portugal, mais quelques jours avant son transfert, un abcès au pied a été découvert, le voyage a alors été reporté afin de ne pas mettre sa santé en danger. Sa situation s’est depuis révélée plus complexe et Pangea suit son état de santé. Son transfert vers l’Alentejo reste donc conditionné à son aptitude à voyager sans risque.

L’histoire de Kariba illustre une difficulté majeure de l’après-cirque et de l’après-captivité: transférer un éléphant âgé sur plusieurs centaines ou milliers de kilomètres est une opération lourde qui doit être préparée au cas par cas.

Qui gère Pangea?

Pangea n’est pas un établissement public portugais. Le Pangea Trust a été créé en 2017 comme organisation indépendante. Une structure portugaise, l’Associação Natureza Pangea, a ensuite été créée en 2022. L’équipe chargée du sanctuaire rassemble des spécialistes de la conservation, du comportement des éléphants, de la médecine vétérinaire et de la gestion de la faune sauvage, à sa tête figure notamment Kate Moore, Directrice générale.

La gestion du sanctuaire est assurée avec des professionnels ayant une longue expérience des éléphants captifs. Ryan Hockley, responsable du sanctuaire, possède par exemple plus de trente ans d’expérience dans la gestion des éléphants et de la faune sauvage. Pangea travaille également avec les autorités portugaises et différents partenaires spécialisés dans la conservation et le bien-être animal.

Qui finance?

Le sanctuaire repose principalement sur des financements privés et philanthropiques, ainsi que sur le soutien d’organisations internationales de protection animale. Parmi les organisations associées au projet figurent notamment: Born Free Foundation, Fondation Brigitte Bardot, Olsen Animal Trust et World Animal Protection. Le projet bénéficie également du soutien de philanthropes et de fondations.

L’objectif est de financer non seulement l’acquisition et l’aménagement du domaine, mais surtout les coûts considérables qui accompagneront les éléphants pendant toute leur vie: alimentation, clôtures, infrastructures, personnel spécialisé, soins vétérinaires et transport des futurs pensionnaires.

Le financement d’un sanctuaire ne s’arrête donc pas au jour de l’arrivée d’un animal: il faut pouvoir garantir sa prise en charge pendant plusieurs décennies.

Quels animaux peuvent être accueillis?

Pangea est avant tout un sanctuaire pour éléphants. Il pourra accueillir des éléphants d’Afrique et d’Asie, provenant notamment de cirques, de zoos ou d’autres structures européennes lorsque leur transfert vers un sanctuaire apparaît comme une solution adaptée. Il ne s’agit donc pas d’un refuge destiné à recevoir toutes les espèces sauvages utilisées dans les cirques. Un lion, un tigre, un ours ou une girafe ne rejoindraient pas automatiquement Pangea: le projet est spécialisé dans les éléphants et doit disposer d’infrastructures et de compétences adaptées à leurs besoins.

La France a rendez-vous avec 2028

L’expérience portugaise prend une dimension particulière lorsqu’on regarde vers la France. La loi française du 30 novembre 2021 prévoit l’interdiction progressive de la détention et de la présentation des animaux sauvages dans les établissements itinérants.

Une première étape est déjà entrée en vigueur: depuis le 1er décembre 2023, les cirques itinérants ne peuvent plus acquérir ni faire reproduire des animaux sauvages. La prochaine échéance est fixée au 1er décembre 2028: la détention et les spectacles d’animaux sauvages dans les établissements itinérants seront alors interdits.

Selon le Ministère français de la Transition écologique, environ 600 animaux, dont près de 400 fauves, sont actuellement concernés par cette transition dans les cirques itinérants.

Parmi les animaux concernés figurent notamment les espèces sauvages ou non domestiques traditionnellement présentées dans les cirques: éléphants, tigres, lions, ours, girafes, certains primates et autres animaux sauvages, selon leur statut juridique.

Cette interdiction ne concerne pas de la même manière les animaux domestiques traditionnellement présents dans certains cirques, comme les chevaux ou les chiens.

Selon le dernier inventaire communiqué par le Gouvernement français au Parlement en novembre 2025, sept éléphants étaient encore détenus par des entreprises du cirque en France. Le détail de leur répartition entre les différents cirques n’a toutefois pas été rendu public dans cette réponse officielle.

Mais que deviendront les animaux?

C’est probablement le principal défi des prochaines années. Interdire leur présentation dans les cirques ne signifie pas que ces animaux peuvent être remis en liberté. Un éléphant qui a vécu plusieurs décennies en captivité ne peut pas simplement être reconduit vers la savane, il faut lui trouver un lieu adapté. Des refuges français existent déjà ou sont en développement, mais les besoins sont importants et c’est là que l’expérience portugaise de Pangea peut devenir intéressante pour l’Europe.

Une Europe à plusieurs vitesses

Il n’existe pas aujourd’hui de date unique imposant aux 27 États membres de l’Union européenne de mettre fin à la présence des animaux sauvages dans les cirques. Les législations nationales sont différentes. Certains pays ont adopté depuis longtemps des interdictions très larges, d’autres interdisent seulement certaines espèces ou imposent des conditions particulières, certains permettent encore la présence d’animaux sauvages dans les cirques. Cette situation crée une Europe à plusieurs vitesses.

Le Portugal a achevé sa transition et accueille désormais son premier ancien éléphant de cirque. La France dispose d’une échéance claire: le 1er décembre 2028, dans d’autres pays, la transition est plus lente ou reste incomplète.

Si Pangea parvient à développer son projet comme prévu, l’Alentejo pourrait devenir dans les prochaines années l’un des principaux refuges européens pour les éléphants qui n’ont plus leur place dans les cirques ou certains établissements de captivité, le parcours de Julie préfigurant celui de dizaines d’autres éléphants européens.

Du chapiteau à l’Alentejo, une nouvelle histoire commence.

Deixe uma resposta

Your email address will not be published.

Não perca