«(…) Está gente a morrer agora mesmo em qualquer lado
Está gente a morrer e nós também (…)» [1]
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– Alô?
– Camarada Aurélio?
– Estou sim, então camaradinha, o que contas?
– Só lutas e mais lutas pela frente! Só injustiças podres… Aurélio, meu camaradão, antes de tudo, estás bem?
– Hã…, cada vez pior, mas a idade não perdoa… As minhas pernas estão como o PS, mancam deveras e os meus olhos embaçados têm fraca visão…
À peine une huitaine de jours se sont écoulés depuis que tu nous as quitté. Soudain, notre dernière conversation me revient à l’esprit, limpide. Ton souffle est plus triste, mais tu es joyeux comme à l’accoutumée.
– Bem, ainda estou vivo! Além dos olhos e das pernas, também ando mais esquecido! Aliás, antes de esquecer, tens novidades do Manuel Alegre?
– Não Aurélio, não tenho há tempos, mas sei que ainda escreve!
Ainsi, nous nous sommes parlés tout fin juillet pour la dernière fois. Cette fois-ci, la conversation ne fut pas longue. L’Europe suffoquait sous la canicule. À part maudire tes jambes et tes yeux embués de cataractes à opérer comme quelques failles de mémoire et autres facultés vieillissantes comme le PS, qui ne sait plus bien marcher ni bien voir, tu ne m’as rien dit d’autre, encore moins que tu étais déjà hospitalisé. Tu m’as laissé à la quiétude de mon mois d’août sans m’avouer que tu luttais contre la maladie, sans me dire que la mort te guettait. Le savais-tu?
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Et puis, je me souviens de ce 25 avril 2004 lorsque nous nous sommes rencontrés, déjà autour d’une date où ce chant de Zeca Afonso résonne avec puissance jusqu’ici et maintenant:
«Liberdade, Liberdade
Quem disse que era mentira
Quero-te mais do que a morte
Quero-te mais do que a vida». [2]
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Nanda était toujours à tes côtés avec ce grand sourire, plus grand que Paris où tu vivais depuis 1964. En une soirée, notre amitié s’est scellée au nom des plus belles valeurs humaines, surtout celle de la Liberté chantée plus haut et dont tu avais été cruellement privée comme celles et ceux qui sont nés et ont vécu sous la dictature de Salazar.
En 2004, je n’étais pas encore militante socialiste ni en France, ni au Portugal, mais l’Histoire avec une majuscule me fascinait, celle qui racontait la Liberté et la conquête d’égalité et ses contraires, surtout le courage des personnes engagées au péril de leur vie même contre les contraires. Tu as fait le choix de l’exil, l’exil que tu avais en partage avec mon père et tant d’autres centaines de milliers de femmes et d’hommes jetés en Gare d’Austerlitz et en d’autres lieux de France, les mains à louer, en quête d’une vie meilleure.
En une soirée, tu nous as fait traverser les chemins de cet exil, celui d’une Révolution, l’œillet rouge au cœur avec les mots les plus beaux pour honorer le triptyque républicain et son dernier mot: FRATERNITÉ alors que tu n’as jamais demandé à devenir français. Ce soir-là, je savais que j’adhèrerais au PS malgré les avertissements portés à connaissance sur ce projet périlleux par les plus proches: «la politique, ce n’est pas pour toi, ni pour nous. Le PS a toujours mangé ses plus beaux enfants comme les ogres dans les contes». J’étais loin de savoir qu’outre une double adhésion, le sacrifice enduré le serait tout autant.
– Mas vale a pena, camaradinha! Nunca esqueças isso, vale a pena!
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Dans ce voyage infini d’allers-retours d’un pays à l’autre, entre la Saudade du vécu et surtout celle de l’avenir, ton verbe était aussi haut que ton attitude imperturbablement droite, ce soir-là comme toujours. Tu ne m’as jamais parlé de la Médaille Vermeil que tu as reçue de la Ville de Paris, du temps de ta présidence à la CCPF [3] où tes idées ont donné naissance à bien des événements culturels importants pour une Communauté en quête de reconnaissance et d’affirmation durant de longues années où je grandissais doucement dans un pays où vivre ensemble (d’où qu’on vienne) était une réalité du quotidien, loin d’être un slogan politique.
Leader de la Section du PS portugais à Paris où ont milité des figures historiques exilées du 25 Avril, celle-ci était un lieu sacré où l’espoir invincible avait souvent crié contre des décisions absurdes de la Direction nationale lisboète arrêtées sans la diaspora, mais en leur nom. Autant sur le terrain des idées que sur celui des innombrables campagnes aux moyens picrocholines, tu as fait front courageusement pour tous les nôtres.
L’histoire le redira après moi, mais tu en auras été le plus grand et le plus digne dirigeant. D’ailleurs, un jour, en visite, tu m’as encouragé à créer une Section socialiste qui a bien grandi depuis lors, libre, fidèle aux valeurs que nous avons chéries. La Section de Metz est travailleuse sans pareille sur les chantiers ouverts, la plus importante sur la circonscription Europe.
– Camaradinha, bem te disse: vale a pena! Foste eleita! Parabéns Senhora Deputada! Isso, é para sempre, nem que o assento não seja eterno.
Nous fêterons bientôt nos 20 ans et tu seras des nôtres, ta joie de vivre dansera sur nos lèvres pour défendre l’essentiel… sempre a cantar:
«(…) Não te deixes murchar. Não deixes que te domem.
É possível viver sem fingir que se vive.
É possível ser homem/mulher.
É possível ser livre, livre, livre». [4]
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En 2007, j’ai même eu le bonheur de vous accueillir, ici, là où naissent les mirabelles pour m’écouter proférer une Conférence dans les environs de Metz sur le Portugal, avant d’être élue au Conseil municipal de Metz.
Puis, je revois Nanda, l’amour de ta vie, dans votre joli petit salon parisien, proche de la Place des Fêtes et c’était toujours une fête de vous retrouver. Un salon rempli de livres et d’œuvres qui avouait tout de vous: l’amour de l’Art. Lire, c’est partir à la conquête de soi-même et l’Art, sous toutes ses formes, nous transforment sans cesse. Et Nanda savait ouvrir tous les livres et nous apporter jusque dans nos mains la beauté perdue puis retrouvée.
Je pense à votre fille chérie, Maria Luísa, votre Mimi, toujours dans vos pensées, vos conversations, comme une fleur qui s’épanouit chaque jour, de son art aussi puisqu’elle avait choisi une voie où créer signifiait vivre! Un chance qu’elle soit née libre, disais-tu. D’autres viennent encore au monde, condamnés au malheur dès la naissance. Pourquoi? Parce qu’ils ne sauront jamais ce qu’est la Liberté.
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Fascismo, nunca mais! Et je sais à quel point tu avais raison au sujet de cette menace qui grandit inexorablement par vampirisme virtuel et télévisuel, en continu, 24h/24h. Ingénieur de formation, tu l’avais vu venir la nouvelle matraque à faire peur. Les mêmes méthodes d’avant (techniquement plus sophistiquées) pour nous réduire en miettes, notre discernement comme l’amour des autres, à rien. Tout le monde est fatigué. Mais il ne faut pas fatiguer contre ces monstres. E sempre a cantar:
«(…) Mesmo na noite mais triste
Em tempo de servidão
Há sempre alguém que resiste
Há sempre alguém que diz não». [5]
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Désormais, je fais fi des épisodes macabres liés à nos deux partis frères et à quelques faux camarades dont nous aurons été des cibles parfaites de leurs lâches bassesses répétées, sans effet sur notre vocation militante.
– Le jour viendra où ils rentreront à la maison. Toi, tu restes dehors, tu seras dehors.
– Há que seguir em frente. Deves seguir em frente. Pois, a luta continua. O povo é quem mais ordena!
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Na noite da tua despedida, quando voltei da festa de aniversário do meu sobrinho, ao querer fechar a janela entreaberta, à espreita estava uma borboleta graúda como tu, de asas castanhas escuras e cor-de-laranja no peito a entrar com ânimo sem sequer pedir licença. Lá tentei falar com o bicho destemido para que saísse, mas não quis. Não insisti de tanto querer ficar comigo e acontece que ficou escondido algures. De manhã, tinha desaparecido. Voou para outro destino. Reza uma crença popular e espiritual em várias culturas que a visita de uma borboleta é o sinal da presença da alma de um ente querido que vem para despedir-se. Será? Acredito. Adeus Aurélio, adeus meu camaradão!
Tenho o coração cada vez mais pesado. Pesado de novos alojados sem aviso prévio que não queria que ficassem já tão apertados cá dentro. Mas que fiquem à vontade nem que pesem demais no meu coração. Não tenho outro Panteão nacional para quem amei senão este: honrar o que me deram, honrar a ordem de ser feliz, lutando para o que é justo e perfeito.
Obrigada, merci Camaradão!
Nathalie de Oliveira
[1] Agora mesmo In Chegar aqui, Manuel Alegre.
[2] Zeca Afonso In A Presença das formigas.
[3] Acronyme de Coordination des Collectivités Portugaises de France (Association créée en 1982)
[4] Letra para um Hino, Manuel Alegre, In O Canto e as Armas.
[5] Trova vento que passa, In O canto e as Armas, Manuel Alegre






