Né à Vila Nova de Famalicão et arrivé en Corse à l’âge de 10 ans, Pedro Carvalho Braz réunit ses deux cultures dans «Silenziu – Que o amor te salve». Un projet musical porté par l’association «Les Moments Magiques», dans lequel le pianiste et chanteur fait dialoguer des chansons en portugais, en français et en corse. Le format est intime: une voix, un piano et une place laissée aux silences.
Pour cet informaticien et agent de maîtrise territorial, la musique accompagne une histoire commencée au Portugal et poursuivie à Quenza, dans l’Alta-Rocca. Son engagement dans la culture portugaise a aussi pris une forme collective. Cofondateur du Rancho Folclórico Emigrantes Portugueses d’Ajaccio il y a une dizaine d’années, il est aujourd’hui Président et fondateur du Grupo de Bombos Portugueses d’Ajaccio.
Avec «Silenziu», Pedro Carvalho Braz aborde ce double héritage de manière plus personnelle. Le répertoire s’appuie notamment sur les chansons de Pedro Abrunhosa, dont il emprunte les mots «Que o amor te salve» comme fil conducteur. Pour LusoJornal, il revient sur son parcours, son engagement associatif et ce qu’il souhaite partager à travers cette création.
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Vous êtes né au Portugal, avant de grandir en Corse. Pouvez-vous nous raconter votre parcours?
Je suis né à Vila Nova de Famalicão et j’ai vécu à Porto jusqu’à l’âge de huit ou neuf ans, puis environ un an et demi chez ma grand-mère, à Macieira de Rates (Barcelos), lorsque mes parents ont émigré. Je suis arrivé en Corse à l’âge de 10 ans, où j’ai grandi à Quenza, un petit village de l’Alta-Rocca. Mon parcours personnel est donc marqué dès le départ par ces deux terres. Professionnellement, je suis agent de maîtrise territorial et informaticien, mais la musique occupe toujours une place importante dans ma vie. Je suis musicien, pianiste, chanteur, DJ et également impliqué dans la création et la production de spectacles à travers l’association «Les Moments Magiques». Pendant longtemps, la musique est restée quelque chose de très personnel. Aujourd’hui, j’ai envie de lui donner une autre dimension, notamment avec «Silenziu», un projet dans lequel je peux réunir mes origines portugaises, mon histoire corse et mon rapport à la musique.
Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance à Quenza et quelle place le Portugal occupait-il dans votre quotidien?
Quenza représente une partie essentielle de mon enfance. C’est un village, une montagne, une manière de vivre et surtout un environnement humain qui a contribué à construire la personne que je suis aujourd’hui. Avec le recul, je me rends compte que ces deux univers ont toujours coexisté en moi, même si je n’en avais pas forcément conscience lorsque j’étais enfant. Le Portugal appartenait à mes origines, tandis que la Corse était mon quotidien, mon enfance, mes souvenirs et mon environnement. Le Portugal a toujours été présent, notamment à travers ma famille, la langue, la musique, certaines habitudes et une culture qui faisait naturellement partie de mon environnement. Mais mon rapport au pays a évolué avec le temps. Quand on est enfant, on ne se pose pas forcément la question de ses origines. Elles sont simplement là. C’est en grandissant qu’on commence à comprendre ce qu’elles représentent.
Aujourd’hui, vous sentez-vous davantage portugais, corse, ou à la rencontre de ces deux identités?
Je ne ressens pas le besoin de choisir. Je suis né au Portugal, j’ai grandi en Corse. Les deux font partie de moi, mais de manière différente. Je ne cherche pas à additionner deux identités pour en fabriquer une troisième. Je crois plutôt que mon histoire s’est construite naturellement à la rencontre de ces deux cultures, qui, au fond, sont très proches l’une de l’autre. C’est justement cette rencontre qui est au cœur de «Silenziu». Pour moi, il ne s’agit pas de mettre le Portugal et la Corse face à face, mais de montrer ce qui peut circuler entre les deux: les émotions, les souvenirs, les langues, la musique, l’attachement à une terre et parfois aussi le sentiment d’être ailleurs tout en portant son pays avec soi.
Comment êtes-vous devenu pianiste et chanteur?
Je ne me définis pas comme quelqu’un qui a suivi un parcours académique classique de musicien. J’ai beaucoup appris par la pratique, par l’écoute et par l’envie de comprendre les morceaux que j’aimais. À l’adolescence, mes parents m’ont offert mon premier clavier. Avec un ami, nous avons commencé à jouer et à chanter pour les copains, puis dans les bars du village. Le piano me permet surtout de raconter quelque chose. Aujourd’hui, lorsque je chante et joue seul, je recherche davantage l’émotion et la sincérité que la démonstration technique. C’est aussi pour cela que le format de «Silenziu» est volontairement intime: une voix, un piano et beaucoup d’espace pour laisser vivre les mots et les silences.
Votre engagement passe également par les associations. Comment s’est-il construit?
«Les Moments Magiques» est une association que nous avons créée autour de plusieurs activités liées à l’événementiel, à la musique, au son, à la lumière et à la culture. L’idée était de réunir différentes compétences et différents projets dans une structure associative, avec une volonté de créer et d’accompagner des événements. Mon engagement dans le milieu associatif portugais en Corse ne date pas de la création de «Silenziu». Il y a une dizaine d’années, j’ai été l’un des fondateurs du Rancho Folclórico Emigrantes Portugueses d’Ajaccio. Aujourd’hui, je suis également Président et fondateur du Grupo de Bombos Portugueses d’Ajaccio, qui perpétue la tradition musicale populaire des groupes de percussions et de bombos. Ces expériences sont importantes parce que mon rapport à la culture portugaise ne se limite pas à mes origines familiales. Il s’est aussi construit à travers l’engagement associatif, la musique, les rencontres et la volonté de faire vivre cette culture ici, en Corse.
Comment est né «Silenziu – Que o amor te salve»?
«Silenziu» est né de plusieurs choses qui se sont progressivement rejointes. Il y avait d’abord mon envie de revenir vers mes origines portugaises à travers la musique, ensuite mon attachement à la Corse et à la culture corse, et enfin mon rapport personnel à certaines chansons qui m’accompagnent depuis longtemps. Le titre «Silenziu» est important parce que le silence peut être beaucoup plus qu’une absence de paroles. Il peut être un espace d’écoute, de réflexion et de rencontre. «Que o amor te salve» est devenu une sorte de fil conducteur du projet. Dans un monde où tout va très vite et où beaucoup de choses sont dites très fort, j’avais envie de proposer un moment plus calme, où la musique permet simplement de se retrouver. J’ai pris ces mots à Pedro Abrunhosa volontairement, car ses textes révèlent ce que je ressens au fond de moi, ce côté intime que je n’osais pas exprimer en public.
Pourquoi justement les chansons de Pedro Abrunhosa occupent-elles cette place dans le spectacle?
Ses chansons m’accompagnent depuis longtemps et certaines résonnent particulièrement avec ma manière de ressentir les choses. J’aime chez lui la place accordée aux textes, aux émotions et aux silences. Il y a souvent quelque chose de très humain dans ses chansons, avec des thèmes qui dépassent largement le contexte portugais. Je ne cherche évidemment pas à reproduire son univers. Je prends ses chansons comme une matière que je peux interpréter avec ma propre sensibilité et replacer dans mon histoire. Dans «Silenziu», elles deviennent une partie d’un récit plus large, celui d’un homme qui porte en lui deux terres.
Vous faites aussi référence à Michel Giacometti. Que représente-t-il pour vous?
Michel Giacometti, né à Ajaccio, est parti au Portugal et a consacré une grande partie de sa vie à recueillir, préserver et faire connaître les musiques et les traditions populaires portugaises. Son parcours me touche particulièrement parce qu’il crée, lui aussi, un lien entre la Corse et le Portugal, mais depuis l’autre rive. D’une certaine manière, nos trajectoires se répondent: lui est parti de Corse vers le Portugal, tandis que mon histoire m’a conduit du Portugal vers la Corse. Je ne prétends évidemment pas poursuivre son travail, mais son parcours rappelle que les liens entre ces deux cultures peuvent être profonds et qu’ils peuvent circuler dans les deux sens.
Le spectacle mêle portugais, français et corse. Quelle importance accordez-vous aux langues?
Les langues ne servent pas uniquement à transmettre des mots. Elles portent une histoire, une mémoire, une manière de ressentir et de regarder le monde. Le portugais représente mes origines. Le corse représente une partie fondamentale de mon enfance et du territoire dans lequel j’ai grandi. Le français est également une langue essentielle de mon parcours et de ma vie. Les faire coexister sur scène est donc quelque chose de très naturel pour moi. Je crois aussi que le public n’a pas nécessairement besoin de comprendre chaque mot pour ressentir une chanson. La musique, la voix, l’interprétation et l’émotion peuvent créer un lien avant même que les mots soient compris.
Qu’aimeriez-vous que le public retienne de cette rencontre musicale?
J’aimerais surtout qu’il reparte avec quelque chose qu’il n’avait pas en entrant. Pas forcément une information ou une connaissance précise, mais une émotion, un souvenir, une envie d’écouter autrement. J’aimerais qu’une personne portugaise puisse retrouver quelque chose de son pays, qu’une personne corse puisse reconnaître une partie de son histoire, et que quelqu’un qui ne connaît ni l’un ni l’autre puisse simplement être touché par ce qui se passe sur scène. Au fond, «Silenziu» parle de ce qui nous relie lorsque les mots ne suffisent plus.
Souhaitez-vous poursuivre cette démarche avec d’autres projets?
Oui, clairement. «Silenziu» est le premier projet qui concrétise cette envie, mais je ne le considère pas comme une finalité. J’aimerais développer d’autres formes de rencontres musicales, culturelles, peut-être aussi autour de la transmission, des lieux patrimoniaux ou des échanges avec des associations. Je souhaite cependant avancer progressivement. Pour moi, il est important que les projets aient un véritable sens et ne soient pas simplement construits autour de l’idée de «mélange des cultures». Une passerelle n’a de sens que si des personnes acceptent réellement de se rencontrer et de partager quelque chose.







