
Maria Adelaide Manuela Amélia Micaela Rafaela de Bragança van Uden, connue sous le nom de Maria Adelaide de Bragança, naît le 31 janvier 1912, à 8h00 du matin, à la Villa Briséis, boulevard Thiers, à Saint-Jean-de-Luz, en France. Fille du prétendant roi du Portugal, Miguel II de Bragança et de Marie Thérèse Van Löwenstein-Wertheim-Rosenberg, elle est la huitième enfant du couple, la sixième fille. Ses parrains sont le dernier roi du Portugal, Manuel II, et sa mère, la reine Amélie.
La déclaration de naissance de Maria Adelaide de Bragança, est faite à la Mairie par Julio Gabriel de Urquijo e Ibarra, écrivain espagnol, comte de Urquijo. Les témoins officiels de naissance, ce qui était courant à l’époque pour légitimer les actes administratifs, surtout pour des familles royales ou aristocratiques vivant à l’étranger, furent Terzo de Olazabal, propriétaire de la villa, âgé de 70 ans, et le Capitaine João de Almeida, en retraite, âgé de 45 ans, de passage à Saint-Jean-de-Luz.
Dès l’enfance, Maria Adelaide est témoin de bouleversements historiques majeurs : la chute des empires, la montée des idéologies extrêmes et les Guerres mondiales. Sa famille vit souvent dans des logements temporaires et prêtés, ce qui forge sa résilience, son indépendance et son sens pratique. Ces qualités seront déterminantes lorsqu’elle devra affronter le danger et le chaos de la II Guerre mondiale.
La II Guerre mondiale
Installée à Vienne, Maria Adelaide de Bragança poursuit ses études et obtient un diplôme d’assistante sociale, s’impliquant activement dans les quartiers pauvres et les villages de montagne. Mais le déclenchement de la II Guerre mondiale transforme sa vie.
Dès les premiers bombardements alliés sur Vienne, Maria Adelaide de Bragança se distingue par son courage exceptionnel. Elle raconte qu’au moindre son des sirènes, elle montait au grenier de sa maison pour repérer les zones touchées, notant l’endroit précis où les bombes tombaient. Une fois les avions dispersés, elle prenait une lampe à pétrole et courait vers les décombres pour secourir les blessés.
Une anecdote célèbre raconte qu’au cours d’une nuit particulièrement meurtrière, Maria Adelaide de Bragança sauva une jeune mère et son bébé coincés sous les décombres d’un immeuble effondré à Währing, un quartier de Vienne. Elle réussit à les dégager à elle seule, utilisant des planches et des pierres pour stabiliser les gravats, puis les conduit dans une tente de la Croix-Rouge, où elle passera la nuit à soigner leurs blessures. C’est là qu’elle rencontre Nicolaas Johannes Maria van Uden, jeune étudiant en médecine, qu’elle aide à prodiguer les premiers soins, et dont elle tombe amoureuse.
Ses actions ne se limitent pas aux interventions ponctuelles. Elle organise également des groupes de volontaires civils, fournissant des lampes, des couvertures et des rations aux victimes des raids aériens. Sa capacité à combiner audace et organisation fait d’elle un pilier discret mais central de la résistance civile.

L’opposition à Hitler et ses arrestations
Maria Adelaide de Bragança s’oppose fermement à Hitler dès les premiers signes de l’occupation nazie. En 1944, elle est arrêtée pour la première fois. Elle est détenue dans des conditions difficiles, passant par la cellule de solitude et subissant plusieurs interrogatoires. Elle partage sa cellule avec des complices de Claus von Stauffenberg, l’auteur de l’attentat manqué contre Hitler.
Son courage et son calme impressionnent même ses geôliers. Selon ses récits, elle reçoit un traitement “digne”, rare à l’époque, et parvient à garder la tête froide. L’intervention directe de Salazar, alerté par la famille royale portugaise, permet sa libération, ce qui lui sauve la vie.
Plus tard, Maria Adelaide de Bragança rejoint le groupe de résistance connu sous le nom de «Le Cinq», qui organise le sauvetage de prisonniers et la transmission d’informations aux Alliés. Elle échappe à un deuxième mandat d’arrestation en se réfugiant dans une maison à moitié détruite dans le district de Favoriten. Cependant, la Gestapo la découvre et elle passe un mois en prison. Cette fois, les conditions sont plus dures : la torture psychologique est intense, et plusieurs de ses camarades sont exécutés.
Lors de l’arrivée des troupes soviétiques à Vienne, Maria Adelaide de Bragança est menacée de déportation en Sibérie en raison de son appartenance à une organisation catholique. Elle échappe au pire grâce aux archives de la Gestapo, qui contiennent un rapport attestant qu’elle a sauvé un membre de la résistance communiste. Malgré le danger, elle continue à aider les victimes de la guerre, travaillant comme infirmière à la Croix-Rouge et secourant tous ceux qu’elle peut atteindre, y compris des enfants blessés et des familles entières piégées dans les ruines.

Mariage et retour au Portugal
Après la guerre, Maria Adelaide de Bragança épouse Nicolaas van Uden, le 13 octobre 1945, à Vienne. Ils ont six enfants : Adriano Sérgio, Nuno Miguel, Francisco Xavier Damiano, Filipa Teodora, Miguel Inácio et Maria Teresa.
En 1949, la famille revient au Portugal avec l’autorisation de Salazar et s’installe à Murfacém, dans la Quinta do Carmo, près de Trafaria. Leur vie est modeste : pas de voiture, parfois pas assez de beurre pour le petit-déjeuner. Mais Maria Adelaide de Bragança ne perd pas de temps : elle reprend son engagement social dans les zones les plus défavorisées de la rive sud du Tage, en particulier Trafaria et Monte da Caparica.
Maria Adelaide de Bragança fonde la Fondation D. Nuno Álvares Pereira, destinée à soutenir les mères démunies en fin de grossesse et leurs enfants jusqu’à la puberté. Elle met en place des programmes d’alimentation, d’éducation et d’hygiène, en veillant à visiter personnellement les familles et à superviser l’administration des aides.
Parmi les initiatives notables nous pouvons citer la distribution de kits alimentaires pour les femmes enceintes, contenant lait, farine et huiles nutritives, organisation d’ateliers de formation pour jeunes mères, incluant des cours de soins aux enfants et d’hygiène domestique et création de programmes de parrainage individuel, permettant aux enfants de recevoir un soutien constant et personnalisé.
Maria Adelaide de Bragança adopte toujours une approche discrète et humble, estimant que l’efficacité de l’aide dépend de la non-médiatisation de ses actions. Elle disait que «par la discrétion, je ne dérange personne et je peux aider davantage». Cette philosophie la distingue dans une société souvent attachée à la visibilité sociale et au prestige.
Humaniste et catholique convaincue, Maria Adelaide de Bragança critique ouvertement certaines méthodes du régime du Estado Novo, tout en reconnaissant certains mérites de Salazar, notamment dans le redressement des finances publiques. Elle reste une figure indépendante, refusant toute compromission morale, ce qui lui vaut parfois des frictions avec les autorités locales et les élites sociales.

Reconnaissance et héritage
Le 31 janvier 2012, pour son centenaire, Maria Adelaide est décorée Grand-Officier de l’Ordre du Mérite Civil, lors d’un dîner au Centro Cultural de Belém, à Lisboa, par l’Ambassadeur Pinto da França, représentant le Président Aníbal Cavaco Silva.
Elle meurt, quelques jours plus tard, le 24 février 2012, à l’âge de 100 ans, dans sa résidence de São João da Caparica. Elle laisse un héritage durable : une vie marquée par le courage, l’abnégation et la solidarité envers les plus démunis.
Dans le texte de la motion de condoléances de l’Assemblée municipale de Lisboa du 2 mars 2012, à la suite du décès de Maria Adelaide de Bragança, on peut lire qu’elle fut «un témoin unique de l’histoire de l’Europe du XXème siècle en tant que membre actif de la Résistance au nazisme en Autriche et comme défenseure des plus démunis de la rive sud du Tage, au Portugal».
À Almada, elle est honorée en 2016 sur la frégate D. Fernando II e Glória, en présence du Duc de Bragança et de sa famille. La population locale la surnomme avec affection la «Bondosa Senhora Infanta», témoignage de l’amour et du respect que lui portait la communauté.
Maria Adelaide de Bragança est bien plus qu’une figure royale, elle est une héroïne discrète mais décisive, qui a risqué sa vie pour sauver des innocents pendant la II Guerre mondiale et a transformé la société autour d’elle grâce à son engagement social.
Son parcours montre que la grandeur d’une personne ne se mesure pas à son rang, mais à son courage, sa résilience et sa capacité à agir pour le bien d’autrui. L’Infante Rebelle reste un exemple universel d’audace, d’altruisme et de dignité, inspirant les générations futures à défendre leurs idéaux, même dans les circonstances les plus difficiles.






