
Les recherches conduisent parfois, là où on ne s’attend pas, déclenchant d’autres recherches, d’autres histoires, c’est le cas de Joachim Rodriguez que nous vous racontons, ici.
Joachim Rodriguez (ou Joaquim Rodriguez) (*) naît le 6 novembre 1784 à Guimarães, au Portugal. Issu d’une famille de marins, il s’installe à Dieppe, où il réside rue de l’Épée.
Il est lié à une figure importante de la course dieppoise : son cousin Antonin Pereira, dit Balidar, célèbre Capitaine corsaire, lui aussi d’origine portugaise.
En 1809 Joachim Rodriguez épouse Alexandrine Antoinette Linard, fille d’un maître boulanger de Dieppe. Le couple aura trois enfants.
Joaquim Rodriguez participe activement aux guerres maritimes napoléoniennes contre l’Angleterre. Il débute comme Lieutenant en 1808, son nom apparaît dès cette année comme premier Lieutenant sur le navire corsaire L’Embuscade, commandé par Balidar.
L’action de Joaquim Rodriguez est marquée en février 1809 par la capture du navire angalis Vauguard. Les registres indiquent que la prise a été de plus de 1,3 million de francs, une somme colossale, chaque membre d’équipage recevant environ 2.000 francs, une somme très importante.
En valeur comptable, si on compare avec aujourd’hui, la prise correspondrait entre 3 à 4 millions d’euros, en tenant compte de l’inflation et valeur réelle plutôt, entre 15 et 30 millions d’euros en pouvoir économique réel.
Les 2.000 francs par homme correspondant à 5 à 6 mil euros compte tenu de l’inflation et plutôt entre 30 et 60 mil euros en pouvoir économique réel.
Cela s’entend que ce type de prise pouvait changer la vie d’un marin, ce qui explique l’attrait et le risque pris pour la course au large.

Capitaine de L’Embuscade
La carrière de corsaire de Joaquim Rodriguez évolue très vite au vu de ses faits. Dès août 1809, Rodriguez prend lui-même le commandement du navire L’Embuscade.
Parmi les faits d’armes du corsaire d’origine portugaise, on recense : capture du Games Cock, avec une cargaison de café très précieuse, prises de navires anglais transportant rhum, beurre et lard.
Il est dit que Joaquim Rodriguez a navigué conjointement avec d’autres corsaires connus, notamment «Le Rodeur».
La vie d’un corsaire peut être riche et le rendre très vite riche, toutefois elle peut être courte, voire très courte. Le 24 septembre 1810, L’Embuscade est capturée par les Anglais, et Joaquim Rodriguez est fait prisonnier.
Sa trace devient floue vers 1820, on ne retrouve des indications sur lui qu’en 1835 avec l’indication dans les archives de Dieppe comme étant disparu depuis plus de 15 ans.

Autorisation royale de résider en France
Joaquim Rodriguez, comme d’autres marins étrangers, a bénéficié d’une ordonnance royale lui permettant de résider en France, de jouir des droits civils, à condition de continuer à y vivre.
Cela montre l’importance stratégique des marins étrangers dans la marine française, notamment pour la course.
Au début du XIXème siècle, Dieppe est l’un des ports les plus actifs de la guerre de course en France, aux côtés de villes comme Saint-Malo ou Dunkerque. Dieppe avait une position stratégique face à l’Angleterre, présence d’armateurs, tel Jean-François Quenouille, tradition maritime ancienne et activité commerciale et militaire intense.
Les corsaires dieppois ont participé activement à l’affaiblissement du commerce britannique.

Corsaire et Pirate : quelle différence ?
Un corsaire est un civil autorisé par l’État, muni d’une lettre de course, autorisation officielle, agissant en temps de guerre, qui attaquait uniquement les navires ennemis. Il est donc légal et considéré comme un auxiliaire de la marine militaire.
Un pirate agit sans autorisation, attaque tout type de navire, agit pour son propre profit et est considéré comme un criminel.
Rappelons que la piraterie existe encore aujourd’hui, notamment au large de la Corne de l’Afrique.
Joachim Rodriguez incarne parfaitement ces marins étrangers intégrés à la France, devenus corsaires au service de l’État. Sa carrière, marquée par des prises lucratives puis une capture tragique, illustre la réalité risquée de la guerre de course.
Dieppe, le port d’attache de Joaquim Rodriguez, fut un centre important de cette activité, contribuant à la guerre économique contre l’Angleterre.
(*) Informations transmises par Thierry de Longvilliers (lire ICI)






