Saint-Martin-d’Hères: Discours du Collectif 25 Avril pour l’occasion des 52 ans du 25 Abril


Discours lu avec émotion par Adriana Dias de Carvalho, membre du Collectif 25 Avril dès la première heure, lors de la cérémonie commémorative des 52 ans du 25 Avril à Saint Martin d’Hères, dans la métropole de Grenoble. Le texte a été écrit par Roger Clamote au nom du Collectif 25 Avril et a été lu devant la plaque de la place “Révolution des Œillets au Portugal” en présence du Maire de la ville, David Queirós.

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«Mesdames et Messieurs les Élus,

Mesdames et Messieurs les Responsables associatifs,

Mesdames et Messieurs et Chers Amis,

Nous voici, Amis du Portugal, Amis de la Liberté, tous réunis à nouveau afin de célébrer le 52ème anniversaire de la Révolution des Œillets.

Mais au fait, pourquoi cette nécessité, pourquoi ce besoin de célébrer le 25 avril ?

Pourquoi célébrons-nous tous les ans la Révolution des Œillets, ce beau printemps portugais d’avril 74 ?

Tout d’abord, parce qu’il est de notre devoir de ne jamais oublier ce qu’a vécu tout un peuple pendant près de 48 ans. Près d’un demi-siècle d’une dictature ; dictature militaire tout d’abord entre 1926 et 1928, puis suivi d’une véritable dictature fasciste qui fut durablement installée à partir de 1933 avec la constitution de “l’État Nouveau” instauré par Salazar jusqu’en 1968 et poursuivi par Caetano jusqu’en avril 1974.

Oui, nous avons l’obligation morale du Devoir de Mémoire !

Ensuite, nous célébrons le 25 avril parce que cette cérémonie, nous la devons aux portugaises et aux portugais qui ont vécu dans leur chair et dans leur vie les conséquences désastreuses du salazarisme et du caetanisme, sinistres personnages qui ont mis le pays à genou, exsangue et miséreux !

À ce propos, le poète portugais Manuel Alegre, écrivit :

“Certains veulent t’ignorer et osent parler en ton nom, ô ma Patrie. Mais moi, je t’ai vue, tu étais crucifiée aux bras d’une misère noire !”

Chers amis,

Célébrer un tel événement à St. Martin d’Hères, terre d’immigration, cela a du sens !

Entre les années 60 et 70, des milliers de portugaises et de portugais ont fui la misère et la grande pauvreté causée notamment par une guerre coloniale de douze ans, autant ruineuse que désastreuse.

Parmi eux, nombreux étaient ceux qui furent persécutés par une police politique tenace et oppressive !

Ils furent également fort nombreux à venir ici à St. Martin d’Hères chercher une vie meilleure !

À ce propos, Manuel Alegre, alors exilé à Paris, écrivit ce poème, véritable témoignage poignant de vérité :

“Seul

Parmi la foule j’ai vu mon pays.

C’était une silhouette

De sel

Et d’avril.

C’était mon pays bleu, pur et prolétaire.

Un anonyme passait. Et c’était le Portugal

Qui passait parmi la foule, seul

Dans les rues de Paris.

J’ai vu ma patrie se répandre

Dans la gare d’Austerlitz. Des tas de paniers

Sur le sol. Des morceaux

De mon pays

Des restes.

Des bras.

Ma patrie sans rien

Sans rien

Déversée dans les rues de Paris…/…”

Si les uns sont venus chercher un peu de pain, d’autres étaient en quête de Liberté ! La liberté de parole, la liberté d’expression, car comme l’écrivit José Afonso : ”L’eau des sources et des rivières se sont tues” et il poursuivait ainsi :

“Eaux des sources

Taisez-vous !

Pleurez, ô rivières

Car jamais plus

Je ne chanterai”.

Au Portugal, les villes et les villages se vidaient de leurs forces vives. Et Manuel Alegre écrivit à ce sujet :

“Lui, il part, l’autre s’en va aussi.

Tous partent, tous s’en vont…

Ô pays, il n’y a plus personne

Qui puisse récolter ton pain !”

Il y avait aussi tous ces jeunes qui ne voulaient pas aller se faire massacrer à la guerre, tout comme Pedro, ce soldat qui revint au village entre quatre planches.

Toujours de Manuel Alegre :

”Pedro le soldat est parti

Sur un navire de notre flotte

Et il a un nom brodé

Sur son sac rempli de vide

Pedro le soldat s’en va, triste.

Non, la tourterelle ne fait pas son nid

Sur les aiguilles des pins

Pedro n’est pas marin

Et l’océan n’est pas sa route.

Pedro n’était pas marin

L’océan n’était pas sa route

Il a laissé son nom brodé

Sur son sac

Ce soldat c’était Pedro”.

Voilà, Mesdames et Messieurs, pourquoi nous fêtons le 25 avril 74.

Pour le Portugal, c’est une date historique incontournable. Cette date a permis de tourner la page d’un chapitre lourd de souffrances et d’oppression.

Ce jour-là, en vingt-quatre heures à peine, de jeunes capitaines valeureux, incorruptibles et n’ayant plus rien à perdre, ont su, dans leur action déterminée, entraîner derrière eux une foule en liesse libérée et joyeuse dans la perspective d’un Portugal nouveau, d’un Portugal ouvert, tourné enfin vers l’Europe et la modernité.

Le 25 avril 1974, le Mouvement des Forces Armées, grâce à un coup d’État révolutionnaire et pacifique, a mis un terme à 48 ans d’une dictature paternaliste corporativiste et conservatrice !

Le Mouvement des Forces Armée a rendu aux portugais toute leur Dignité !

Des ténèbres est née la lumière. De l’obscurantisme, l’espérance !

Et, comme le disait le poète Manuel Alegre :

“Il y a toujours une lampe allumée

Au fin fond de notre propre malheur

Il y a toujours quelqu’un qui sème des chansons

Des chansons au vent qui passe

Et, même au cœur de la nuit la plus triste

Au temps de servitude

Il y a toujours quelqu’un qui résiste

Il y a toujours quelqu’un qui dit non !

Il y a toujours quelqu’un qui résiste

Il y a toujours quelqu’un qui dit non !”

Alors, debout ! Levons-nous et brandissons fièrement l’étendard des idéaux d’Avril ! Idéaux chantés par José Afonso dans cette belle chanson en hommage aux habitants de Grândola (ville du Sud du Portugal) dans laquelle et dans l’imaginaire utopique du Poète, règnent en maîtres les grandes Valeurs humanistes et universelles, que sont : la Liberté, la Fraternité, l’Amitié entre les peuples, la Démocratie participative et la Paix !

“Grândola, pays de la Fraternité, là où le Peuple est souverain, où à chaque coin de rue, il y a un ami, là où l’on peut se reposer auprès d’un vieux chêne vert, symbole de Justice !”

Chers amis, et, ce sera là notre conclusion, la Liberté et la Démocratie sont des biens précieux qu’il nous faut préserver !

C’est pourquoi il nous faut rester vigilants, en alerte constante, et nous devons sans cesse cultiver le Devoir de Mémoire pour que vive l’esprit du 25 Avril ! Et ceci est d’autant plus vrai aujourd’hui, car nous sommes à un moment où les forces populistes, dans le monde, en Europe, en France et dans nos villes ne cessent de croître et sont aux portes du pouvoir. Elles égrènent un discours xénophobe de haine et d’exclusion ! Ces idées néfastes pour les libertés vont à l’encontre des Valeurs du 25 Avril !

Voyez-vous, il ne tient qu’à nous de ne pas laisser flétrir les fleurs d’Avril car, pour citer à nouveau Manuel Alegre qui évoquait l’action humaine à travers les mains, il disait ceci : ”Nul ne peut vaincre ces épées / Dans tes mains commence la Liberté”.

Alors, VIVE LE 25 AVRIL et VIVE LA LIBERTÉ !»

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