Conférence à Lille: Les Portugais dans la Grande Guerre, une histoire d’aujourd’hui


L’historien Marc Bloch soulignait: «L’histoire est une science des Hommes, qui a sans cesse besoin d’unir l’étude des morts à celle des vivants». C’est dans cet esprit de transmission, qu’une conférence s’est tenue le 15 octobre au Musée de l’Hospice Comtesse, rue de la Monnaie, dans le Vieux-Lille.

La conférence «Les Portugais dans la Grande Guerre, une histoire d’aujourd’hui» fut animée par Aurore Descamps-Ronsin, historienne et son ami Frédéric Dumoulin, journaliste. La conférence a affiché complet lors de sa représentation. Le public présent s’est montré attentif et curieux par l’exposé (parfois ému).

Cette rencontre, particulièrement émouvante, fut placée sous le joug de la fraternité, de la convivialité, de la solidarité symbolisée par une amitié franco-portugaise indéfectible.

La conférence a débuté par une série de discours officiels. Julien Poix, élu à la Mairie de Lille, attaché de conservation du patrimoine, de l’histoire et du devoir de mémoire, a inauguré cette conférence. Il met à l’honneur pendant son discours les liens forts qui unissent le Portugal et la France.

Pour cette rencontre, la ville de Lille a accueilli une délégation portugaise: le Général Joaquim Chito Rodrigues, Président de la Liga dos Combatentes du Portugal, accompagné du Général António Joaquim Ramalhão Cavaleira, représentant du Chef d’État-Major de l’Armée de terre portugaise. D’autres membres de la délégation portugaise étaient également présents.

Lors de son discours, le Général Joaquim Chito Rodrigues, remercie chaleureusement la ville de Lille pour son accueil, puis évoque les liens historiques qui unissent la France et le Portugal (notamment avec Jeanne de Flandre, Ferrand du Portugal et la bataille de Bouvines en 1214).

Bruno Cavaco, Consul honoraire du Portugal à Lille, a clos cette série de discours en remerciant la ville de Lille, ainsi que la présence de la délégation portugaise, tout en mettant en lumière les liens entre le Portugal, la France et principalement les Hauts-de-France.

Ces trois premiers discours soulignent l’importance et la nécessité du devoir de mémoire, pour les générations passées, présentes, et futures.

Aurore Descamps-Ronsin, poursuit la conférence en valorisant le cœur du sujet: Les Portugais dans la Grande Guerre. Elle commence son récit historique par la conférence de Berlin de 1885 et la Carte rose de 1890 qui permet de contextualiser le partage des colonies au sein des pays d’Europe. Elle évoque ensuite la mise en place de la République en 1910 puis l’entrée en guerre du Portugal en 1916. Elle décrit un tableau difficile pour les conditions dans lequel se déroule le déploiement des soldats portugais (entre mauvaises conditions dans les tranchées, sous-nutrition, nombreuses pertes au combat lors de la Bataille de La Lys, le 9 avril 1918). Le devoir de mémoire viendra clôturer son propos, avec un éclaircissement sur le fonctionnement des cimetières militaires (notamment celui de Richebourg).

C’est une historienne débordant de passion, ayant le souci du détail, captivant l’auditoire, avec une grande intensité dans son récit. Elle viendra conclure sur son lien avec le Portugal. Sa grand-mère fut la première femme porte drapeau en France. Aurore s’engage ainsi à perpétuer cette tradition familiale, au cœur du devoir de mémoire.

Son ami Frédéric Dumoulin interviendra dans la seconde partie de la conférence.

Passionné de généalogie depuis sa tendre enfance, il s’est questionné notamment sur l’absence du père de sa grand-mère en analysant son acte de naissance. Il posa de nombreuses questions à son père, qui n’avait pas de réponses claires à lui apporter, alors du haut de ses 14 ans, il partit dans la ville natale de sa grand-mère afin d’y trouver des réponses. Tel un historien, il posa de nombreuses questions aux habitants du village et obtint une piste de recherche. Quelques années plus tard, la décision de faire un test ADN s’imposa de façon à avancer dans les recherches. Le test ADN a révélé un match de 4% avec le cousin germain de son père. Grâce à cela, il a pu entamer des recherches approfondies et à découvert que son arrière grand-père était un Officier portugais, ayant rencontré son arrière grand-mère en août 1918.

Cette quête de toute une vie lui permet de renouer avec sa famille portugaise. C’est une histoire absolument bouleversante, remplie d’émotions, de rebondissements, mais surtout d’une détermination sans faille qui lui aura permis de parvenir à ses fins, après 43 ans de recherche: le 9 janvier 2026.

Cette histoire, ainsi que toutes les autres illustrent la puissance du devoir de mémoire et la nécessité de transmettre aux générations futures. Il n’est jamais trop tard pour lever le voile sur une partie de l’histoire enfouie. La conférence a suscité de la curiosité, comme en attestent les questions posées à la fin de la rencontre.

Cette dernière rappelle qu’au-delà de l’Histoire avec un grand H, la mémoire et sa transmission sont avant tout une histoire humaine, des expériences personnelles, et des souvenirs transmis.

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Inês Gonçalves

Historienne

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