Christophe Gonzalez, Président de l’Association pour le Développement des Études Portugaises, Brésiliennes, d’Afrique et d’Asie lusophones (ADEPBA) vient d’écrire au Ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, sur la décision «désastreuse» de ne pas ouvrir, deux années de suite, les concours essentiels de recrutement de professeurs de portugais du CAPES externe et de l’Agrégation externe. Il demande également le recrutement d’ins Inspecteur général de Portugais, dont le poste reste vacant.
LusoJornal transcrit la lettre:

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«Monsieur le Ministre,
L’ADEPBA (Association pour le Développement des Etudes Portugaises, Brésiliennes, d’Afrique et d’Asie lusophones) se doit d’attirer votre attention sur les effets désastreux de votre décision de ne pas ouvrir, deux années de suite (sessions 2026 et 2027) les concours essentiels de recrutement de professeurs de portugais que sont le CAPES externe et l’Agrégation externe.
Notre étonnement est grand face à la persistance d’une telle politique de recrutement qui ne pourra se solder dans les prochaines années que par la disparition progressive de l’enseignement du portugais en France. En effet, la situation de l’enseignement du portugais connait une crise grave, liée à la manière erratique et imprévisible dont sont ouverts ou fermés les concours de recrutement de professeurs depuis plusieurs années (à titre d’exemple l’Agrégation externe n’a pas été ouverte entre 2015 et 2024).
L’absence d’un recrutement régulier entraîne plusieurs conséquences graves:
– impossibilité d’offrir cette option dans les établissements où une demande réelle existe,
– recours à une part importante d’enseignants contractuels mal formés et précarisés,
– incapacité pour les universités de mettre en place des formations de haut niveau en raison de l’absence de prévisibilité de l’ouverture des concours,
– découragement des étudiants issus de l’enseignement secondaire qui se détournent des formations de moins en moins nombreuses.
À cette situation s’ajoutent les difficultés liées à l’absence d’un Inspecteur général qui ne permet plus depuis 2020 d’encadrer au plan national et international la discipline. De ce fait, le Ministre n’a plus d’interlocuteur institutionnel pour répondre à ses interrogations et l’informer de manière fidèle et cohérente.
Rappelons que l’enseignement du portugais en France s’inscrit dans une longue histoire: d’abord créé à la Sorbonne en 1920, puis dans l’enseignement secondaire en 1970 avec la création du CAPES suivi par l’Agrégation en 1974, soit une histoire de 56 ans ininterrompus. Le management des trois Inspecteurs généraux de l’Éducation nationale qui se sont succédé depuis 1977 durant de longues périodes (20 ans, 18 ans et 5 ans), a permis de développer un réseau cohérent d’établissements et d’enseignants de qualité au contact permanent de nos partenaires portugais avec lesquels ont été créées 26 Sections internationales sur le territoire national. C’est pourquoi il est absolument nécessaire qu’un Inspecteur général soit recruté en portugais afin de garantir l’efficacité et la cohérence du développement de l’enseignement du portugais.
Aujourd’hui, un important vivier de 14.192 élèves étudiant le portugais dans le premier degré constitue une base solide garantissant l’avenir. Ces élèves suivent des cours aussi bien en EILE (Enseignement International de Langue étrangère), qu’en ELVE (Enseignement de Langue Vivante Etrangère) ou en Section Internationale pris en charge par l’Institut Camões (Ministère des Affaires Etrangères portugais).
Aujourd’hui quelque 31.000 élèves sont concernés par l’enseignement du portugais en France avec 16.814 élèves dans le secondaire (60% collège, 40% lycée) et 14.192 élèves dans le primaire.
Le portugais n’est pas une langue régionale ni seulement européenne: c’est une langue de communication et de culture internationale parlée sur les cinq continents dans de grands pays (Brésil et Angola notamment) porteurs d’importants enjeux diplomatiques. La langue portugaise et les cultures lusophones méritent sans doute mieux que le sort qui leur est fait dans le système éducatif français depuis bientôt dix ans avec de sombres perspectives d’avenir.
Afin de conforter le présent et de ne pas obérer l’avenir, deux mesures essentielles nous semblent devoir être prises:
– le recrutement d’un Inspecteur général chargé d’encadrer au plus haut niveau l’enseignement du portugais
– l’ouverture régulière, voire a minima, du CAPES et l’Agrégation externes, deux concours sans lesquels le vivier de professeurs qualifiés s’amenuise, les formations universitaires disparaissent et l’enseignement du portugais sera bientôt voué à disparaître.
Monsieur le Ministre, espérant vous avoir convaincu sur les points abordés, veuillez recevoir l’expression de notre considération respectueuse».






