«Les carnets d’Alberto»: le destin d’un Portugais emporté dans la guerre d’Espagne

Dans le cadre de sa rentrée littéraire, les éditions Chandeigne & Lima publient, dès le 4 septembre, «Les carnets d’Alberto. De Porto à la guerre d’Espagne», d’Alberto de Oliveira Martins, dans une édition établie par l’historien Victor Pereira.

Né au Portugal en 1915, Alberto de Oliveira Martins a connu l’émigration, la guerre d’Espagne, les camps français puis les prisons de l’Estado Novo. Des années plus tard, il décide de raconter son histoire. Son témoignage est aujourd’hui publié dans «Les carnets d’Alberto. De Porto à la guerre d’Espagne», avec une enquête de l’historien Victor Pereira.

C’est une histoire qu’Alberto de Oliveira Martins a décidé de raconter à la fin de sa vie. Devant la machine à écrire offerte par son fils, il revient sur sa jeunesse et sur un parcours qui l’a conduit bien au-delà du Portugal où il est né en 1915. À seulement 25 ans, Alberto avait déjà connu l’émigration en Espagne et en France, les arrestations, les expulsions et surtout la guerre d’Espagne. Il y combat du côté républicain et passe notamment par la colonne Durruti, qui rassemble alors de nombreux combattants anarchistes.

Son parcours le conduit ensuite en France au moment de la Retirada. Comme des milliers de personnes qui fuient l’Espagne après la victoire franquiste, Alberto connaît les camps français. Il est notamment interné à Septfonds, dans le Tarn-et-Garonne. Son retour au Portugal ne marque pas pour autant la fin de ses difficultés. Dans un pays alors dirigé par l’Estado Novo, il connaît également la prison.

Un témoignage retrouvé et confronté aux archives

Ce récit aurait pu rester une histoire familiale. Il est aujourd’hui au cœur de «Les carnets d’Alberto. De Porto à la guerre d’Espagne», édité par l’historien Victor Pereira.

Car le livre ne se contente pas de publier les souvenirs laissés par Alberto. Victor Pereira a voulu aller plus loin et retrouver les traces de cet homme dans les archives. Son enquête l’a conduit au Portugal, en Espagne et en France. Des documents retrouvés dans les trois pays lui ont permis de compléter certaines parties du récit, mais aussi de confronter les souvenirs d’Alberto à ce que les archives racontent de son parcours.

Un travail d’autant plus intéressant que le témoignage est rare. Plusieurs milliers de Portugais ont participé à la guerre d’Espagne, mais peu ont laissé un récit écrit de cette expérience. Alberto, lui, ne cherche pas à refaire les débats politiques qui ont divisé le camp républicain. Il raconte avant tout ce qu’il a vécu.

À travers son parcours personnel, c’est finalement une partie de l’histoire du Portugal, de l’Espagne mais aussi de la France qui apparaît.

Le Portugal pauvre de son enfance, l’arrivée de la dictature militaire en 1926, la guerre civile espagnole, la Retirada, les camps du sud de la France ou encore les prisons de l’Estado Novo: autant d’événements qu’Alberto n’observe pas de loin, mais qu’il traverse directement.

Victor Pereira résume d’ailleurs son travail comme une plongée «à hauteur d’homme» dans les bouleversements de la péninsule Ibérique entre 1915 et 1943.

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