
Parfois les chiffres surprennent, c’est le cas de ceux que nous venons de recevoir de la Fundação Francisco Manuel dos Santos, que nous analysons ci-dessous sur la population du Portugal, chiffres qui résument le Portugal fin 2025.
Le Portugal n’a jamais compté autant d’habitants. Avec 11,4 millions de résidents, le pays atteint un niveau historique. Mais derrière ce record démographique se cache une réalité bien plus complexe : le vieillissement de la population s’accélère, la natalité continue de reculer et la croissance démographique repose désormais largement sur l’immigration.
Les données présentées, dressent le portrait d’un Portugal en pleine transformation, où les défis économiques, sociaux et territoriaux se multiplient.
Une population record grâce à l’immigration
Le chiffre de 11,4 millions d’habitants constitue un record historique. Pourtant, cette hausse n’est pas due à une reprise des naissances mais essentiellement à l’arrivée de résidents étrangers.
Aujourd’hui, 1.597.539 étrangers vivent au Portugal, soit 14% de la population totale.
Plus significatif encore, 69,5% de ces étrangers proviennent de pays extérieurs à l’Union européenne, illustrant l’évolution récente des flux migratoires.
Les cinq principales communautés étrangères sont : le Brésil (574.195 résidents), l’Angola (103.140), l’Inde (93.683), le Cap-Vert (76.099) et le Népal (56.866).
Cette diversification témoigne d’une immigration devenue beaucoup plus mondiale qu’auparavant.
L’Algarve, laboratoire du nouveau Portugal
Le phénomène est particulièrement visible en Algarve.
Dans cette région, les étrangers représentent désormais 27,8% de la population, soit plus d’un habitant sur quatre.
Certaines communes dépassent largement cette moyenne : Odemira (52,1%), Vila do Bispo (41,7%) et Lagos (35,9%).
Ces chiffres illustrent l’importance croissante de la main-d’œuvre étrangère dans l’agriculture, le tourisme, la restauration et les services.
Ils montrent également combien certaines économies locales seraient aujourd’hui difficilement soutenables sans cette immigration.
Le vieillissement s’accélère
Parallèlement, le Portugal continue de vieillir à un rythme particulièrement rapide.
Le pays compte désormais : 7.346.647 personnes en âge actif et 2.665.777 habitants âgés de 65 ans ou plus.
La population âgée augmente cinq fois plus vite que la population active : augmentation de 0,3% de la population active entre 2024 et 2025 et de 1,6% pour la population âgée de plus de 65 ans.
Autre indicateur révélateur : on ne compte plus que 2,76 personnes en âge de travailler pour un retraité.
Les disparités régionales sont marquées.
Le nord du pays reste relativement plus jeune avec environ 3,24 actifs par personne âgée, tandis que l’Alentejo affiche seulement 2,38 et 2,24% ; la région Centre illustrant une pression démographique particulièrement forte sur cette région.
Cette évolution pose de nombreuses questions concernant le financement des retraites, les besoins en santé, les services de proximité et la disponibilité de la main-d’œuvre.
Une natalité toujours insuffisante
Le principal défi reste toutefois la faiblesse des naissances.
En 2024, la fécondité atteint seulement 1,4 enfant par femme, très loin du seuil de renouvellement des générations fixé à environ 2,1 enfants.
Le profil des mères évolue également.
L’âge moyen à la naissance continue de progresser : pour le premier enfant il est de 30,4 ans et pour l’ensemble des naissances il est de 32,4 ans.
La maternité plus tardive constitue une tendance lourde observée dans la plupart des pays européens.
Sans les mères étrangères, la baisse serait beaucoup plus forte, car l’immigration joue également un rôle majeur dans le maintien du nombre de naissances.
Alors que les naissances de mères portugaises continuent de diminuer, celles des mères étrangères ont fortement progressé.
La hausse atteint : 10% entre 2015 et 2019 contre 21,6% entre 2021 et 2025.
Certaines régions enregistrent même une augmentation des naissances uniquement grâce aux familles étrangères.
Les plus fortes progressions concernent l’aire métropolitaine de Porto (+44,7%), la péninsule de Setúbal (+8%) et l’Algarve (+0,8%).
À l’inverse, les naissances issues de mères portugaises reculent pratiquement partout, notamment à Lisboa et vallée du Tage (-11%), dans la péninsule de Setúbal (-14%) et en Algarve (-17%).
Ces chiffres montrent clairement que l’immigration contribue désormais non seulement à la croissance de la population, mais aussi au renouvellement des générations.
Des ménages plus petits et davantage de personnes seules
Les modes de vie évoluent eux aussi.
Le Portugal compte désormais 4,6 millions de logements familiaux, soit une hausse de 11,6% depuis 2015, toutefois cette augmentation vient en partie de la progression de 33% du nombre de personnes vivant seules.
Dans le même temps, les ménages deviennent plus petits : le pays recense 1,18 million de personnes vivant seules, soit 293.000 de plus qu’en 2015.
Par ailleurs, seulement 25,1% des ménages possèdent aujourd’hui un enfant, soit 5,7% de moins qu’en 2015.
La taille moyenne des familles continue ainsi de diminuer, reflétant le vieillissement, l’allongement de la durée de vie, l’évolution des structures familiales et les difficultés d’accès au logement.
Un nouveau visage du Portugal
Ces données dessinent un Portugal profondément transformé.
La croissance démographique masque un déséquilibre structurel : le pays dépend de plus en plus de l’immigration pour soutenir son économie, compenser le vieillissement et limiter le recul des naissances.
Dans le même temps, les écarts territoriaux se creusent entre les régions les plus dynamiques, capables d’attirer travailleurs et familles étrangères, et les zones de l’intérieur où le vieillissement et la baisse de la population active s’accentuent.
Le Portugal entre ainsi dans une nouvelle phase de son histoire démographique : plus cosmopolite, plus âgé et confronté au défi de concilier attractivité économique, cohésion sociale et renouvellement des générations.






