
Dans le cadre de notre série «Le Portugal qui se meurt, le Portugal qui résiste», nous avions poussé les portes de Descoberto, ce petit village préservé où chaque pierre raconte le défi du dépeuplement rural. Aujourd’hui, un nouveau chapitre s’y écrit grâce à l’arrivée d’un couple franco-portugais, d’un père allemand et de son fils et d’une dame suisse.
Elle est Portugaise, profondément attachée à ses racines. Lui est Français, tombé sous le charme de ce coin du Portugal. Ils ont fait le pari d’investir à Descoberto. Est-ce le début d’une énergie nouvelle pour le village? Descoberto s’impose ici comme un exemple parmi d’autres de cette ruralité qui refuse de s’éteindre.
Rencontre avec ce couple franco-portugais qui nous parle de son aventure biculturelle au cœur d’un Portugal authentique.
Une transition de la métropole lilloise aux montagnes du Portugal
Originaire de Lille, Jérôme (48 ans), travaillant pour l’industrie High-Tech de l’automatisme et du digital et Cathy (43 ans), travaillant pour le diocèse de Lille, forment un couple uni depuis 20 ans, parents de trois enfants: Antoine (17 ans), Augustin (13 ans) et Anna (7 ans).
S’ils habitent déjà un village près de Lille (Wavrin), leur attachement au Portugal a une résonance toute particulière. Pour Cathy, dont les grands-parents avaient émigré avant de revenir s’installer au pays, les vacances d’enfance se sont toujours écrites ici, à une demi-heure de Descoberto, dans le village de Sao Franscisco de Assis.
«C’était évident pour que je fasse découvrir le pays à Jérôme. J’ai eu beaucoup de chance: Jérôme a eu un véritable coup de cœur pour les montagnes et pour la région», confie Cathy au LusoJornal.
Pourtant, le choix de Descoberto s’est fait sans racines familiales directes dans ce village précis. Après des années de recherches infructueuses autour des terres de la grand-mère de Cathy, le coup de foudre a opéré.
L’accueil des habitants: «Une petite famille»
L’un des aspects les plus marquants de leur installation a indéniablement été l’accueil reçue sur place. Dans un hameau comptant à peine 25 habitants, l’arrivée d’une famille de cinq personnes n’est pas passée inaperçue.
«On a été extrêmement bien accueillis. Tout le monde est venu frapper à la porte, en offrant le résultat de leur travail: des légumes, des fruits. On a vraiment pris soin de nous. De voisin à voisine, c’est une petite famille que l’on a trouvée ici», se réjouit Cathy.
Une intégration naturelle et chaleureuse confirmée par Jérôme: «C’est vrai qu’on a été accueillis à bras ouverts par tout le monde, avec en prime ce paysage magnifique».
Un choix à contre-courant et un rapport à l’essentiel
Alors que près de 80% des touristes se concentrent sur le littoral balnéaire, Cathy et Jérôme ont opté pour la quiétude de l’intérieur. «Pour certains, des vacances réussies, c’est le club avec animations. Et bien nous, c’est d’être tous les cinq. C’est un luxe d’être à cinq. On passe notre temps en France à courir. Ici, on vient se poser, on a trouvé notre idéal», explique Jérôme au LusoJornal.
Au-delà du calme, cet investissement résonne aussi avec leurs convictions profondes. Pour Cathy, la nature préservée de la région et le respect de la Création s’inscrivent en parfaite harmonie avec leur foi catholique: «La foi a une place importante dans notre vie. La Création nous est donnée de Dieu et ici, au village, elle est pleinement respectée. Nous ne sommes pas dans la surconsommation, nous prenons soin de la terre. Il y a quelque chose d’un lieu protégé, comme dans un écrin».
Implication et transmission: quel avenir pour Descoberto?
Face au constat d’un village marqué par le temps, où l’on dénombre l’absence de naissances depuis 38 ans et de nombreuses maisons abandonnées, le couple ne cache pas son envie de contribuer à la dynamique locale. Pour cela, Cathy et Jérôme ont rénové leur maison de manière à l’embellir pour eux et pour le village.
La décision d’acheter n’a d’ailleurs pas été prise seule: elle a fait l’objet d’un véritable conseil de famille, impliquant les enfants. Pour ces derniers, ce lieu représente bien plus qu’un simple pied-à-terre estival. Disposant de la double nationalité, ils s’approprient pleinement cette double culture, comme le souligne Cathy. «Les enfants ont la double nationalité, c’est leur laisser un choix pour l’avenir. On sait que notre aîné dit déjà ‘Ah, moi plus tard, peut-être que je viendrai travailler ici’. Ils se sentent pleinement français en France et pleinement portugais ici. C’est leur donner une double chance pour l’avenir».
Quant à la barrière de la langue, elle n’est qu’un tremplin: le prochain objectif de la famille est d’apprendre le portugais, par respect pour les habitants, et par amour de cette terre d’adoption. Et si l’avenir les y conduisait de manière plus définitive? Le couple garde toutes les portes ouvertes, prêt à suivre le chemin que leurs enfants décideront de tracer.
En redonnant des couleurs à une maison endormie, Cathy et Jérôme et leurs enfants participent, à leur échelle, à faire battre à nouveau le cœur de ce Portugal intérieur qui refuse de s’effacer.






