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Rencontre avec l’écrivaine brésilienne Claudia Nina à l’Institut des études hispaniques

LusoJornal / Dominique Stoenesco LusoJornal / Dominique Stoenesco

Le 2 octobre dernier a eu lieu à l’Institut des études hispaniques (Sorbonne Université) une rencontre littéraire avec l’écrivaine brésilienne Claudia Nina, à propos de son roman «Paisagem de porcelana» («paysage de porcelaine», pas encore traduit en français), paru en 2014, aux éditions Rocco.

Ouverte au public, cette rencontre était organisée par Leonardo Tonus, Maître de conférences. Elle s’est déroulée dans le cadre du cours de Master 1, intitulé «La nouvelle poétique de la migrance», un thème que Leonardo Tonus développe depuis de longues années et qui est également présent dans son recueil de poèmes «Agora vai ser assim», publié en mars 2018. «Si le thème de l’immigration, explique Leonardo Tonus, occupe une place centrale au sein de la littérature brésilienne contemporaine, la migrance n’est pas uniquement de nature géographique ou géoculturelle. Elle est peut-être (et surtout) de nature ontologique et symbolique».

Précisément, à partir de son roman Claudia Nina se proposait d’aborder une réflexion sur la place de l’étranger qui s’installe dans un nouvel espace, sur le sentiment d’invisibilité et la nécessité de se réinventer, souvent dans la souffrance et à partir des bribes de la mémoire, une nouvelle identité.

Claudia Nina, née à Rio de Janeiro, est titulaire d’une thèse défendue à l’Université d’Utrecht (Hollande), journaliste, auteure de trois romans et de plusieurs livres pour la jeunesse, ainsi que d’un essai sur l’œuvre de Clarice Lispector. Par ailleurs, elle signe diverses rubriques dans la revue Seleções (Reader’s Digest).

«Paisagem de porcelana» raconte l’histoire d’Helena, une jeune brésilienne qui arrive à Amsterdam avec un objectif qu’elle-même était incapable de définir. Le silence fut son premier choc, dès l’arrivée à l’aéroport. Puis elle découvre qu’elle habite dans «un lieu plat et sans paysages». Elle veut croire que les choses vont s’arranger, mais l’illusion de devenir un jour «une Hollandaise typique» s’écroule en quelques semaines. «Dans un pays sans montagnes – dit Helena dès la première phrase du roman – les chutes sont métaphysiques». Elle se demande ce qu’elle faisait en ce lieu. Et au fil des pages le roman devient une métaphore de la fragilité et de l’incommunicabilité avec l’Autre. Helena a la sensation de marcher sur des sables mouvants, elle se perd constamment et par manque d’interlocuteurs (elle n’a appris que 6 mots en néerlandais…) elle a l’effrayant sentiment d’être invisible.

Écrit plusieurs années après son séjour de quatre ans effectué en Hollande afin d’achever ses recherches sur l’œuvre de Clarice Lispector, le roman de Claudia Nina, entre mémoire et fiction, entre réalité et égarements, entraîne le lecteur vers la ligne ténue qui sépare le sentiment d’exclusion du sentiment d’incapacité à s’établir quelque part. Ainsi, d’emblée la narratrice-personnage avoue «…moi aussi je crée des images qui ne sont pas vraies. Notre mémoire n’a pas de détecteur de mensonges, et il est normal que dans des cas comme le mien la confusion s’y installe».

«Comme pour Helena, nous explique Claudia Nina au cours de son intervention, j’avais entrepris ce voyage en mon âme et conscience. Mais, je ne pouvais pas imaginer qu’en plein milieu de mon parcours j’allais devoir affronter mon opacité devant le regard de l’Autre, pour qui je n’étais personne, pour qui ma langue ne voulait rien dire au-delà d’un bruit». Et elle conclut: «En élaborant ma réflexion sur la place de l’étranger à partir de ‘Paisagem de porcelana’, je me suis aperçue que l’histoire d’Helena était, d’une certaine manière, la transformation de ma thèse en un roman».

Dans une écriture proche de la prose poétique, avec des couleurs qui varient entre la grisaille de la grande ville et le bleu de Delft, sans oublier un détour par le fantastique lorsque le bien-aimé d’Helena se transforme en un inaccessible sanglier sauvage, Claudia Nina ne relâche jamais le fil conducteur de sa narration et maintient avec beaucoup de délicatesse et un humour fin le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page du livre.

 

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