LusoJornal | LuisSGonçalves

Saint Antoine de Lisboa à Bordeaux: le très beau triptyque de l’église Saint Paul

Que les Italiens nous pardonnent, mais nous, les Portugais, nous disons que Saint Antoine est de Lisboa! (lire ICI) C’est à Lisboa qu’il est né, le 13 juin 1195, sous le nom de Fernando de Bulhões, avant de devenir, après son entrée chez les Franciscains, celui que le monde connaît comme Saint Antoine de Padoue. Une précision historique s’impose donc sur la date: 1231 est l’année de sa mort, à Padoue, et non celle de sa naissance.

Saint Antoine est honoré pour de nombreuses raisons et son image nous est tellement familière qu’il semblerait, à première vue, qu’il soit toujours représenté de la même manière: le jeune franciscain, le livre, le lys et surtout l’Enfant Jésus dans les bras (lire ICI).

Mais les recherches et la collection photographique de Luís Gonçalves, photographe de LusoJornal, démontrent précisément le contraire.

Au fil de ses déplacements, de ses pèlerinages et de ses visites d’églises, Luís Gonçalves photographie les représentations de Saint Antoine qu’il rencontre. Nous sommes d’ailleurs plusieurs, lors de nos propres déplacements, à contribuer à cette collection en lui signalant ou en lui envoyant des images.

Sa collection compte aujourd’hui près de 800 photographies différentes de représentations de saint Antoine, provenant d’églises, de chapelles, de lieux de prière et de différents endroits où le saint est honoré.

Un tel ensemble constitue peut-être déjà un record… et pourrait bien être cité dans le livre du même nom.

«Antoine, le Saint superstar»

L’importance de Saint Antoine dans la culture et la religiosité portugaises n’est d’ailleurs plus à démontrer. La revue Historia, dans son numéro de mars consacré au Portugal, lui dédie un article au titre particulièrement évocateur: «Antoine, le Saint superstar».

Une petite rectification s’impose cependant dans cet article concernant le patronage du Portugal. Il est écrit que Saint Antoine «deviendra tardivement le patron du Portugal, en 1934». Cette formulation mérite d’être nuancée.

Notre-Dame de l’Immaculée Conception est la patronne et protectrice officielle du royaume du Portugal depuis 1646. Le roi Jean IV plaça alors le royaume sous sa protection, et les Cortes de Lisboa confirmèrent ce patronage le 25 mars 1646 (lire ICI). Saint Antoine de Lisboa fut, quant à lui, proclamé patron du Portugal par le pape Pie XI le 13 juin 1934.

Il faut donc distinguer les deux patronages: l’Immaculée Conception est la patronne et protectrice officielle du Portugal, tandis que Saint Antoine l’est par décision pontificale. Saint Antoine demeure surtout le Saint patron de Lisboa, où sa fête du 13 juin constitue l’un des grands moments de la vie populaire de la capitale.

Une découverte au cours du chemin vers Saint-Jacques

C’est précisément au cours de ses déplacements que Luís Gonçalves continue d’enrichir cette collection. Lors de sa marche annuelle qui le reproche de Saint Jacques-de-Compostelle, il effectue des visites, photographie les églises rencontrées sur son chemin et nous transmet régulièrement ses découvertes. Certaines deviennent ensuite matière à partager avec les lecteurs de LusoJornal.

C’est encore le cas aujourd’hui avec une œuvre particulièrement intéressante découverte à Bordeaux, dans l’église Saint-Paul-Saint-François-Xavier (parfois simplement nommée: Saint Paul). Cette fois, il ne s’agit pas d’une statue classique de Saint Antoine avec l’Enfant Jésus, il s’agit d’un triptyque consacré à un miracle de la vie du saint.

Le miracle de Saint Antoine à Verceil

Dans le transept de l’église Saint-Paul, un triptyque est consacré au Miracle de Saint Antoine à Verceil. L’œuvre est du peintre bordelais Émile Brunet (1869-1943), artiste formé à Bordeaux puis à Paris dans l’atelier de Gustave Moreau. Elle appartient à sa production religieuse et est généralement datée du début des années 1920. Bordeaux Tourisme la date de 1923 et la présente comme l’une des «petites merveilles» de l’église.

Le sujet représenté est particulièrement spectaculaire: Saint Antoine ressuscitant un jeune homme. Le Ministère de la Culture répertorie officiellement l’œuvre sous le titre: «Triptyque de l’autel Saint-Antoine: Saint Antoine ressuscite un jeune homme». Elle figure dans le patrimoine mobilier protégé de l’église Saint-Paul-Saint-François-Xavier de Bordeaux.

Un autre visage de Saint Antoine

Voilà précisément ce qui rend cette découverte intéressante pour la collection. Lorsque nous pensons à Saint Antoine, nous avons presque tous en tête la même image, pourtant, les quelque 800 photographies réunies par Luís Gonçalves montrent une réalité beaucoup plus riche.

Saint Antoine peut être représenté avec des attitudes différentes, des visages différents, des vêtements différents et surtout avec des épisodes différents de sa vie.

À Bordeaux, Émile Brunet a choisi de raconter un miracle. Le saint n’est pas simplement présenté comme une figure pieuse tenant l’Enfant Jésus. Il est ici au cœur d’une scène narrative, dramatique et miraculeuse. Le sujet renvoie au séjour d’Antoine à Verceil, où il prêche le carême en 1224. La tradition rapporte plusieurs épisodes miraculeux associés à cette période.

Cette représentation permet donc de découvrir un Saint Antoine moins familier, mais finalement plus proche de la tradition hagiographique: le prédicateur, le thaumaturge, celui auquel sont attribués de nombreux miracles.

Une œuvre discrète dans une église remarquable

L’église Saint-Paul-Saint-François-Xavier constitue elle-même un lieu particulièrement riche du patrimoine bordelais. Construite dans le contexte de la présence jésuite à Bordeaux, elle conserve un décor religieux remarquable. Parmi ses œuvres les plus connues figure notamment l’Apothéose de Saint François-Xavier, de Guillaume Coustou.

Mais, dans le transept, une autre œuvre mérite que l’on s’arrête quelques instants: ce triptyque consacré à Saint Antoine, c’est précisément le genre d’œuvre que la photographie de Luís Gonçalves permet de faire sortir et d’ici mettre en évidence.

Photographier pour conserver une mémoire

Il y a finalement quelque chose de très particulier dans la collection de Luis Gonçalves. Luís Gonçalves ne photographie pas seulement des statues, il constitue, image après image, une mémoire visuelle de la présence de Saint Antoine dans les églises et les lieux de prière.

Une statue peut être ancienne ou récente, monumentale ou minuscule, classique ou surprenante. Elle peut avoir été réalisée par un artiste connu ou par un sculpteur dont le nom a disparu, toutes racontent pourtant quelque chose, elles racontent la manière dont les fidèles ont voulu représenter leur saint, leur manière de le reconnaître et de s’adresser à lui, et parfois, au détour d’une route ou d’une visite, elles permettent de découvrir une œuvre inattendue, c’est exactement ce qui s’est passé à Bordeaux. Une œuvre, peut-être passée inaperçue, pour beaucoup de visiteurs de l’église Saint-Paul, mais qui, grâce au regard d’un photographe portugais en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, retrouve aujourd’hui une place dans notre mémoire collective.

Saint Antoine, de Lisboa à Bordeaux

Nous pouvons donc continuer à discuter avec nos amis italiens, et avec nos amis de Padoue, sur les origines et le rayonnement de Saint Antoine, mais une chose est certaine: Lisboa, Padoue et désormais Bordeaux, participent toutes à cette immense histoire de représentations du saint, et, grâce à Luís Gonçalves, cette histoire s’enrichit chaque fois d’une nouvelle image. Cette fois, c’est un triptyque d’Émile Brunet, consacré au miracle de Verceil, qui vient rejoindre la collection.

LusoJornal | António Marrucho

Saint Albertus, un étonnant «faux» Saint Antoine

Nous faisons ici une parenthèse… pour nous une découverte personnelle.

Lors d’une récente visite de la cathédrale Saint-Martin d’Ypres, une statue a particulièrement attiré notre attention. À première vue, impossible de ne pas penser à Saint Antoine: un religieux portant dans ses bras l’Enfant Jésus, dans une attitude familière à tous les Portugais. Pourtant, le cartel indique bien «St-Albertus – Bid voor ons» («Saint Albertus, priez pour nous»).

Il ne s’agit donc pas de Saint Antoine, mais de Saint Albert de Sicile, religieux carme, dont la statue provient de l’ancien couvent des Carmes d’Ypres. Cette représentation est particulièrement intéressante car Saint Albert, comme Saint Antoine, peut être figuré portant l’Enfant Jésus dans ses bras. Une nouvelle preuve, s’il en fallait, que l’iconographie des saints peut parfois nous réserver de surprenantes ressemblances…

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